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CHAPITRE PREMIER

lieu de cet idéal, nous n’avons guère que des ébauches de connaissances, recueillies en différents domaines, et groupées sous des rubriques distinctes pour de simples raisons de commodité pratique, en attendant que leurs progrès ultérieurs les fassent s’intégrer au corps de la Vérité absolue. Ces ébauches provisoires sont « les Sciences », au pluriel. Pour alléger son programme, chacune de ces sciences doit se limiter aux problèmes qu’elle s’est artificiellement choisis, et ignorer tous les autres. C’est ainsi que chacune d’elles accepte sans discussion certaines données, laissant à d’autres branches de la « Philosophie » le soin d’en approfondir le sens et la vérité. Toutes les sciences naturelles, par exemple, indifférentes à ce fait qu’une réflexion qui les dépasse mène à l’idéalisme, s’accordent l’existence d’un monde matériel objectif et indépendant de l’esprit qui le perçoit. La mécanique suppose que la matière a une « masse » et met en jeu des « forces », deux termes dont elle donne une définition purement empirique, sans se soucier des contradictions qu’ils présentent à y regarder de plus près. La mécanique reconnaît également au mouvement une existence indépendante de l’esprit, malgré les difficultés impliquées dans ce postulat. Pareillement la physique se donne les atomes, 1 action a distance, etc., sans critiquer ces hypothèses; et, sans discussion encoré, la chimie adopte toutes les données de la physique, et la physiologie celles de la chimie. C’est sous le même angle étroit et provisoire que la psychologie envisage les choses. En plus de l’existence du monde matériel avec toutes ses déterminations, que se donnent les autres sciences de la nature, elle s’accorde de nouveaux postulats qui lui sont propres, laissant toujours au progrès de la philosophie le soin d’en éprouver le sens et la vérité.

INTRODUCTION

Voici ces postulats :

1° Il y a des états de conscience instables, connus sous le nom de pensées et de sentiments, ou sous tel nom que l’on voudra.

2° Ces états nous font connaître des choses qui sont ou des objets et phénomènes physiques, ou d’autres états de conscience ; ces objets physiques peuvent être près ou loin de nous, dans l’espace et le temps ; ces états de conscience peuvent être ceux d’autres hommes ou nos propres états passés.

Ces deux postulats de la psychologie soulèvent deux problèmes critiqués, celui de la « théorie de la connaissance » : comment un être peut-il en connaître un autre? et celui de la « psychologie rationnelle » (en tant que distincte de la psychologie empirique ) : comment peut exister cette chose singulière, un « état de conscience » ?

Sans doute on n’aura pas la pleine vérité sur les états de conscience tant que la théorie de la connaissance et la psychologie rationnelle n’auront pas dit leur dernier mot. Mais en attendant l’on peut assembler une somme énorme de vérités provisoires sur les états de conscience, et ces vérités sauront, quand le moment sera venu, s’intégrer à la plus large vérité et recevoir d’elle leur interprétation. L’idée que je me fais de la psychologie envisagée comme science naturelle est précisément celle d’un corps provisoire de vérités relatives aux états de conscience et aux connaissances qu’ils ont le privilège de nous donner. Quelque théorie que l’on soit amené à adopter dans la suite sur la matière, sur l’esprit et sur la connaissance, les faits et les lois de la psychologie ainsi comprise ne peuvent manquer de garder leur valeur. Si, maintenant, des critiques trouvent que ce point de vue de science naturelle écourte par trop arbitrairement les choses, je les prie au moins de ne pas blâmer un

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