‹ Précis de psychologieChapitre 9 sur 348 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

livre qui s’engage à ne point le dépasser : qu ils le dépassent eux-mêmes et le complètent de leurs spéculations plus profondes. Une étude incomplète est souvent une nécessité pratique. D’ailleurs, si l’on voulait traiter tous les problèmes que soulèvent les données et les postulats « scientifiques » que s accordent d’ordinaire les psychologues, ce n’est pas un volume mais un rayon de volumes qu il faudrait écrire, — et je ne me sens nullement la vocation de ce travail.

Une dernière restriction : ce livre se confinera dans l’étude de la conscience humaine. Ce n’est pas qu’en ces derniers temps la vie psychique des animaux n’ait fait l’objet d’observations intéressantes ; mais nous la négligerons ici, faute de place, nous contentant d’une allusion deci delà, chaque fois que la psychologie des bêtes pourra jeter quelque lumière sur la psychologie des hommes.

Pour bien étudier la conscience il faut la placer dans le milieu physique qu’elle a pour mission de connaître ; l’en séparer, c’est la fausser. La grande faute de l’ancienne psychologie rationnelle a été d’ériger l’âme en un être absolu, pur esprit doué d’un certain nombre de facultés qu’il ne devait qu’à lui-même, et qui suffisaient à expliquer seules les diverses fonctions de la mémoire, de l’imagination, du raisonnement, de la volonté, etc., sans presque qu’on éprouvât le besoin de rapporter ces fonctions aux phénomènes particuliers de l’univers auxquels elles ont pratiquement affaire. Mais la psychologie moderne, plus riche et plus profonde, saisit entre nos facultés intérieures et la constitution des choses une adaptation qui va jusqu’au détail, et à laquelle nous devons de pouvoir vivre et nous développer au milieu de la nature. On peut remarquer déjà que nos aptitudes à contracter sans cesse de nouvelles habitudes, à nous rappeler

INTRODUCTION

des séquences, à abstraire les propriétés générales des choses et à leur associer leurs conséquences ordinaires, sont précisément les facultés qu il nous fallait pour nous gouverner dans un monde où Tuniformité et la variété se mêlent constamment. Mais il n’est pas jusqu’à nos instincts et à nos émotions qui ne témoignent d’adaptations à des détails fort précis de ce même monde. En principe tout phénomène intéressant notre bien-être nous « intéresse » et nous, excite dès une première rencontre . un objet dangereux nous remplit de crainte malgré nous ; un poison nous soulève le cœur ; un objet indispensable provoque nos désirs. Bref, le monde et l’esprit ont évolué de compagnie, ce qui leur vaut comme un ajustement réciproque. Cette harmonie, telle qu’on la constate, semble résulter d’un long échange d’influences et «d’interactions» entre le dedans et le dehors. De là nombre de théories évolutionnistes, dont on ne peut certes pas dire encore qu’elles sont définitives, mais qui ont au moins valu à tout notre sujet un renouveau de fraîcheur et de richesse, et qui ont fait naître une foule de questions nouvelles.

La conséquence principale de ce pointde vue plutôt moderne est la conviction fortifiée de jour en jour, que la vie mentale est avant tout finalité, c est-à-dire que nos diverses manières de sentir et de penser sont devenues ce qu’elles sont parce qu’elles nous servent à modeler nos réactions sur le monde extérieur. Parmi les formules récentes bien peu, en somme, ont rendu autant de services à la psychologie que celle de Spencer ; la vie psychique et la vie physique ont une même essence, « l’adaptation des rapports internes aux rapports externes » . Chez les animaux inférieurs et chez les enfants, la conscience s’adapte à des objets immédiatement présents. Mais à mesure qu’elle progresse et se développe, elle s’adapte à des objets de

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