CHAPITRE \TII
donnent une confirmation objective très satisfaisante au postulat de Meynert et de Jackson (cf. page 133) qui nous a servi de point de départ : selon toute probabilité il ny a dans les centres supérieurs que des combinaisons nerveuses, les unes correspondant aux sensations et aux mouvements, les autres reliant les premières pour les faire fonctionner synergiquement. Les courants afférents venus des sens actionnent certaines de ces combinaisons, qui à leur tour en actionnent d’autres, jusqu’à ce qu’enfin se produise la décharge qui fera descendre un courant efférent vers le corps. Ceci une fois bien compris, il n’y a plus guère lieu de se demander si la zone motrice est exclusivement motrice, ou si elle est en même temps une zone sensitive. Toute l’écorce est à la fois motrice et sensitive, en raison des courants qui la traversent ; car il est bien probable que tout courant s’accompagne de quelque phénomène de conscience et aboutit tôt ou tard à quelque mouvement. Partant, chaque centre est à la fois afférent et efférent, selon les points de vue ; et il n’est pas jusqu’aux cellules motrices de la moelle épinière qui ne présentent ces deux aspects indissolublement unis. Manque, Exner et Paneth ont prouvé qu’en faisant avec le scalpel une incision circulaire autour d’un centre moteur, autrement dit en l’isolant du reste de l’écorce, on produit les mêmes désordres qu’en l’arrachant complètement du cerveau. C’est qu’en réalité, comme je l’ai déjà dit, il n’est qu’un canal où le courant nerveux, venu d’ailleurs, ne fait que passer. Toujours une conscience accompagne ce courant : conscience de vision, s’il a sa plus grande intensité dans les lobes occipitaux ; conscience d'audition, si dans les lobes temporaux ; conscience de toucher, etc., si dans la zone motrice. Formules bien vagues et bien imprécises évidemment, mais les seules à mon avis que nous permette encore Fétat actuel de la
LES FONCTIONS DU CERVEAU
science ; au moins nous offrent-elles quelque solidité et pouvons-nous espérer que de nouveaux progrès ne les renverseront pas. Ce n’est pas elles évidemment qui nous diront le détail de ce qui se passe dans le cerveau, quand telle pensée donnée occupe la conscience. Qu’il s’agisse des types généraux de rapports entre objets : identité, ressemblance, contraste, etc. ; qu’il s’agisse des différents caractères de l’activité conscientielle elle-même, au jeu tantôt facile et tantôt pénible et embarrassé, tantôt agréable et tantôt déplaisant, tantôt attentif et tantôt distrait ; qu’il s’agisse enfin des phénomènes d’intérêt et de sélection, etc., etc.., nous ne pouvons que répéter la monotone et vague — combien vague — formule : tout cela s’explique par des courants nerveux qui relient les centres entre eux. — Bien plus, certaines régions du cerveau échappent à toute formule ; tels les lobes frontaux inférieurs. On peut les détruire chez les chiens sans occasionner le moindre trouble de sensibilité ou de motricité ; on peut les exciter ou les couper chez les singes sans provoquer le moindre symptôme. Un singe auquel Horsley et Schaefer les avaient enlevés se montrait aussi apprivoisé et faisait aussi bien ses tours après qu’avant l’amputation.
En résumé, il est évident que la connaissance de nos états mentaux dépasse infiniment la connaissance de leurs conditions cérébrales. Sans l’analyse introspective des éléments psychiques de la parole, la théorie de l’aphasie, c’est-à-dire le plus brillant joyau de la physiologie, eût été complètement impossible. Il nous faut donc toujours tenir pour un simple postulat rhypothèse que nous avons émise page 7, à savoir que les états psychiques sont dans une dépendance absolue vis-à-vis de leurs conditions cérébrales. Nous pouvons évidemment lui accorder une adhésion de principe ; mais de. dire et de voir exactement