CHAPITRE IV
La question de méthode est importante en toute science. Toutefois, en Sociologie, nouscroyons qu'il ne faut pas exagérer cette importance. La raison en est que la Sociologie en est encore à sa période de formation, c'est-à-dire dans la période où le chercheur a le plus besoin de liberté. Il faut se garder des disciplines trop tyranniques et des règles trop minutieuses que certains sociologues ont cru devoir tracer.
Nous nous bornerons donc à quelques indications.
D'après ce que nous avons dit plus haut, il est clair que la méthode delà sociologie ne peut être la méthode à priori. Cette méthode pouvait être employée à une époque où la sociologie était subordonnée à la métaphysique ou à la morale. — Il n'en est plus ainsi aujourd'hui. Il ne peut être question ici quede la méthode d'observation avec les différents procédés qui la composent. Quant à l'application de cette méthode et àlamise en œuvre de ses procédés, elle doit rester l'affaire de chaque chercheur et peut se diversifier beaucoup suivant les problèmes étudiés.
Il est pourtant une méthode qui nous semble difficile à admettre, précisément à cause de son caractère exclusif. C'est laméthode tout objective que M. Durckheim a proposée dans ses Rcglca de la métltode sociologique. Le sociologue devrait, d'après M. Durckheim, traiter les phénomènes sociaux dune façon objective
et en les observant dans les choses extérieures, car c'est là seulement où ils peuvent être mesurés, connus quantitativement. Comme nos sentiments sont variables et discutables, nous devons chercher dans le monde extérieur des phénomènes fixes, vraiment objectifs qui nous serviro;it à mesurer les phénomènes sociaux.
Les règles juridiques par exemple rempliront ce rôle. En considérant les variations du nombre des règles relatives à certains délits dans certaines sociétés nous pourrons étudier objectivement les variations de la solidarité sociale. Comme le fait remarquer' M. Bougie, (( il faudrait, pour que cette méthode fût exacte, qu'il y eût entre les phénomènes sociaux proprement dits et ces phénomènes matériels une correspondance exacte, et que les variations des codes par exemple, fussent parfaitement parallèles aux variations des sentiments juridiques. Or, il n"est pas facile, en science sociale, de démontrer de pareilles correspondances. Jhering remarque que bien des sentiments juridiques restent sans expression, sans symbole sensible. Certains sentiments très forts peuvent ne pas s'objectiver dans une forme définie. Bien plus, n'est-il pas souvent juste de dire que le moment où un sentiment commence à s'exprimer, à entrer dans les choses, marque le moment où il commence à décliner, à sortir des consciences? Jhering a montré qu'on s abuserait si on jugeait des rapports réels entre père et fils à Rome par l'expression juridique de ces rapports^ ». M. Max Nordau a montré dans son livre : Lea Mensongea conventionnels de notre cirilisation, quel écart existe souvent entre nos institutions et nos croyances véritables, entre notre pratique sociale et notre pensée intime. Notre vie sociale est en grande partie symbole, simulacre, mensonge. C'est précisément au moment où les pouvoirs sociaux et les institutions sociales