Worms. Orr/anismc et Société, p
«i. Dans ce chapitre, nous nous sommes inspirés, pour l'historique des classilications, de la substantielle étude de M. Steinmetz : Classifîcatio7i des types socialise (Année socioloyique, 1898-1899. Paris, F. Alcan).
nous devons essayer de les ramener à quelques groupes essentiels. Nous distinguerons ainsi : 1*^ les classifioations morphologiques; 2» les classifications économiques; 3" les classifications géographico- ethnographiques ; 4« les classifications psychologiques. Les classifications morphologiques sont caractérisées par l'importance fondamentale attribuée au fait de la différenciation.
La première de ces classifications est celle de Spencer. Il divise les sociétés d'après leur degré de complication (intégration) et de différenciation. La différenciation croissante n'est d'ailleurs qu'un corollaire de la complication croissante. Sur ce principe, Spencer constitue quatre classes de sociétés : sociétés simples, sociétés simplement composées, sociétés doublement composées, sociétés triplement composées. Ailleurs, Spencer propose une autre classification : la division en sociétés militaires et industrielles, les premières caractérisées par la coopération forcée, les secondes par la coopération volontaire (compulsory coopération, voluntary coopération).
On ne voit pas suffisamment peut-être comment cette dernière classification cadre avec la première. De plus, on peut se demander si le militarisme ou l'industrialisme d'une société sont bien propres à servir de base aune classification. «Ce caractère, remarque M. Steinmetz, n'est pas très stable ; les Etats-Unis nous semblaient l'Etat le moins militariste du monde, et pourtant la manière dont ils se sont emparés des colonies espagnoles a révélé chez eux un militarisme extrême, révélation dont le sens a été encore accentué par la tentative qu'ils ont faite pour supprimer la liberté des Philippines. » « Nous ne connaissons jusqu'ici, continue plus loin M. Steinmetz, aucun peuple civilisé qui ne soit plus ou moins militaire\ » — Le caractère
1. Steinmeiz. Classification des types sociaux (Année soelûlofjique, 1898-99, p. 90.
industriel ou militaire d'une société ne peut donc fournir un principe de division.
Quant à la division fondée sur la complication et la différenciation des sociétés, elle offre un principe plus exact et plus essentiel. Aussi se retrouve-t-elle, plusou moins modifiée, dans les classifications de M. Durcklieim et de M. Giddings.
AI. Durckheim abandonne à bon droit la distinction en sociétés militaires et industrielles. Il admet* la division d'après le degré de composition. Il distingue ainsi dans les sociétés deux formes de solidarité : la solidarité mécanique et la i^oWàdiiiié organique. La première résulte des similitudes, l'autre de la division du travail. Les sociétés du premier type sont des sociétés non différenciées, dont les éléments ressemblent aux cellules homogènes des organismes primitifs ; les secondes sont des sociétés différenciées, dans lesquelles les éléments spécialisés pour des fonctions différentes ressemblent plutôt à des organes hétérogènes. — M. Durckheim remarque de plus que la solidarité mécanique esten raison inverse, la solidarité organique en raison directe de la personnalité individuelle (Durkheim, Division du travail social, ch. m).
La division de M. Giddings ressemble beaucoup à celle de M. Durckheim. — Elle distingue deux types de société : la composition et la constitution 'iiOQÂ^\Q(.[\\\ répondent àpeu près aux deux solidarités de M. Durckheim. Une différence toutefois est à noter : M. Giddings ne conçoit pas de la même façon que M. Durck heim les rapports des individus à l'intérieur du groupe dans les deux systèmes de société. Il croit que les individus sont plus dissemblables à l'intérieur des groupes qui font partie d'une société composée (solidarité mécanique) plus semblables à l'intérieur des groupes qui font partie d'une société constituée (solidarité organique). Les faits semblent donner raison à M. Durckheim contre M. Giddings. Car il estincon-
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testable que le progrès de la civilisation, correspondant à la substitution des sociétés constituées aux sociétés composées, a partout eu pour résultat de différencier les individus eux-mêmes'.
Les classifications économiques sont fondées sur l'organisation économique des sociétés. Citons ici la classification d'Hildebrand fondée sur le mode de distribution des produits : 1^ organisation économique marquée par l'échange naturel [Naturalwirthschaft]; 2o celle que caractérise l'usage delà monnaie [Geldicirthschaft); 3^ enfin celle où le crédit domine et pénètre toutes les relations économiques (CV'e<:/iï W7z>^/ischqft).
M. Karl Bûcher, professeur àlUniversité de Leipzig, distingue quatre phases économiques, d'après l'organisation générale de la vie économique : l"^ la phase dans laquelle la vie économique était caractérisée par la recherche individuelle de la subsistance'; la seconde phase est celle de la geschlossejie Hausicirthschaft^ où chaque famille au sens le plus large forme un ménage tout à fait séparé de ceux des autres et pourvoit elle-même à sesbesoins; la troisième phase serait celle de l'économie communale ( Stadtwirthschaft) à laquelle aurait apjmrtenu surtout notre moyen âge. Enfin, la quatrième et dernière phase est celle de l'Economie nationale {Volkswirthschaft), où les produits passent par plusieurs mains avant d'arriver au consommateur. Avant de quitter le domaine des classifications économiques, mentionnons la division de Grosse et de Hahn fondée sur le développement de la technique.
Les auteurs des classifications géographico-ethnographiques croient pouvoir distinguer des domaines séparés où un seul principe de civilisation domine. On
1. Voir sur ce point Bougie, Analyse de Giddings [Année <ociolo(iique, 1896-97).