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Point contesté par M. Steinmetz

détermine ainsi des zones définies de civilisation. Katzel insiste surtout sur linfiuence du milieu géographique dans la formation de ces zones.

Les classifications psychologiques ont j^our type la classification de Comte, qui croit pouvoir déduire tous les changements sociaux de la loi de développement des états successifs de l'esprit humain (loi des trois états . Cette conception est diamétralement opposée à celle de Marx, qui regarde le processus économique comme la base de tous les autres'. Au contraire, d'après Comte, la conception du monde, à un moment donné, met son empreinte sur tous les autres faits sociaux. M. Steinmetz se place aussi au point de vue psychologique pour classer les types sociaux. Il distingue les sociétés humaines en quatre embranchements, selon le caractère prédominant de leur vie intellectuelle.

Le premier embranchement est celui qu'on pourrait appeler en allemand celui des Urmenschen (hommes primitifs). « Il faut entendre* parla des êtres qui ne pensent pas d'une manière bien différente des bêtes, qui ne se forment pas d'idées sur les choses inconnues, des matérialistes purs, des positivistes comme il n'y en a plus. Ce n'est pas la religion seule qui leur manque, mais aussi l'idée d'âme, d'esprit, de fétiches ; ils n'ont pas encore conçu l'animisme. Peut-être y a-t-il encore des traces de cette phase. En général, elle est préhistorique et par là hypothétique. Mais inévitablement elle doit avoir précédé la seconde » (Steinmetz). Le second embranchement est celui des sauvages ou des sociétés primitives. Le type dominant de leur vie

1. Ce point de vue matérialiste est aussi développé par M. de Greef, d'après lequel les formes économiques soutiennent les formes familiales qui précèdent les formes artistiques et les instituticms scientitlques ; au sommet de l'échelle apparaissent les formes sociales les plus complexes: morales, juridiques et politiques.

intellectuelle est marqué par la naïveté ' ; ils ne pensent que par asî^ociation. Ces hommes n'ont pas encore besoin de système dans leurs conceptions ; leur force intellectuelle est trop faible pour un tel effort.

Dans le troisième embranchement apparaît l'aptitude à systématiser et à unifier les idées. Les premières mythologies, théogonies, cosmologies, poèmes philosophiques apparaissent. Mais lesprit humain n'est pas libre encore.

Dès la Renaissance et le XVP siècle, le quatrième •embranchement prend naissance. Il est caractérisé par la libre critique, l'attitude méthodique et scientifique •envers le monde entier. Une morale humanitaire, des Téformes sociales méthodiques et point spasmodiques, •des progrès scientifiques réguliers sont l'effet nécessaire de ce développement de Tintelligence.

Après la classification de M. Steinmetz, nous pourrions mentionner plusieurs classifications psychologiques proposées par des sociologues contemporains. Ce genre de classification fondée sur les différences ■de mentalité des sociétés tend à prévaloir de plus en plus de nos jours, ce qui confirme ce que nous avons •dit plus haut de l'orientation nettement psychologique que prend la Sociologie.

1. Carlyle a marqué en traits d'une admirable i)oésio cette naïveté de l'intuition chez les premiers hommes : « L'homme se tenait nu devant le monde tace à face; tout était divin ou Dieu. Jean-Paul encore le trouve ainsi, le géant Jean-Paul (jui a le pouvoir de s'échapper des oui-dire ; mais il n'y avait alors nuls oui-dire. Canope brillait den haut sur tout le désert avec :sa splendeur bleue de diamant. Cette sauvage splendeur bleue pareille à un esprit ide beaucoup plus splendide que rien de •ce que nous contemplons jamais ici-basl perçait jus(iu'au fond •du cœur du sauvage Ismaélite quelle guidait à travers le désert solitaire. A son cœur .sauvage qui contenait tous les •sentiments, qui n'avait de parole pour aucun sentiment, elle pouvait sembler un petit œil, cette Canope, jetant sur lui son regard du sein de la grande et profonde Eternité, lui révélant l'intérieure splendeur... Tel est pour moi le secret de toutes les formes du Paganisme » (Carlyle, Le Héros et l'Héroïque dans l'Histoire, trad. Izoulet, p. 14).

Nous dirons un mot seulement de la classification de MM. Sighele et Bagehot et de celle de Nietzche. M. Sighele, dans son livre : La Psychologie des Sectes, distingue deux types de civilisation : la civilisation reposant sur la violence et la civilisation reposant sur le dol. A la civilisation du premier type appartiennent ou ont appartenu la Corse, une partie de la Sardaigne, le Monténégro, les villes italiennes du moyen âge et en général presque toutes les civilisations primitives. A la seconde, au contraire, appartiennent tous les peuples civilisés modernes, c'est-à-dire ceux dont le régime capitaliste bourgeois a entièrement envahi toutes les parties de l'organisme. A ces deux types de civilisation répondent deux types distincts de criminalité : la criminalité atavique, retour de certains individus à des moyens violents dans la lutte pour la vie, moyens supprimés désormais par la civilisation : l'homicide, le vol et le viol ; et la criminalité évolutive qui est également perverse et qui l'est peut-être davantage en intention, mais qui est beaucoup plus civile dans ses moyens, puisqu'elle a substitué à la force et à la violence l'astuce et le dol ' .

M. Bagehot, dans son livre : Les Lois scientifiques du développement des nations, distingue deux âges dans révolution historique des sociétés : l'âge de la contrainte et l'âge de la libre discussion. Il regarde le régime de la discussion comme l'organe essentiel du perfectionnement du genre humain-.

Nous terminerons la revue de ces essais de classification par la célèbre distinction nietzchéenne qui a soulevé et soulèvera encore tant de débats. Nietzche distingue les sociétés où domine la morale des Esclaves et celle où domine la morale des Maîtres. La première morale est caractérisée par le triomphe de l'Esprit

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