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CHAPITRE PREMIER

Le terme Sociologie semble trop clair pour avoir besoin cVètre défini. Il signifie étymologiquement science de la société ou des sociétés. Toutefois, cette clarté n'est qu'apparente. On peut en effet prendre cette expression « science des sociétés » dans plusieurs sens différents.

Un premier sens, le plus large de tous, consiste à entendre par sociologie l'ensemble des sciences sociales : Économie politique, Politique, Ethnologie, Linguistique, Sciences des Religions, des Arts, etc. Il est manifeste qu'une semblable science, manquant d'objet distinct, n'a aucun droit à l'existence. On peut en second lieu entendre par Sociologie la systématisation des sciences sociales particulières, ou, si l'on préfère, la science des rapports qu'ont entre elles ces diverses sciences. La Sociologie serait aux diverses

Z PRELIMIXAIRES

iiciences ^^ociales ce qu"est, d'après le positivisme, la philosophie, par rapport aux sciences particulières qu'elle systématise. Elle montrerait les relations des sciences sociales entre elles et comblerait leurs lacunes. Ce sens est déjà plus précis que le précédent. Toutefois, il n'est pas encore satisfaisant. Car on ne sépare pas suffisamment ici les phénomènes sociaux proprement dits des phénomènes ethnologiques, économiques, juridiques, politiques, etc., qui les accompagnent ou les engendrent. — De plus, la prétention de combler les lacunes de l'Économie politique, du Droit, de la Morale, etc., ne serait pas plus justifiée, de la part des sociologues, que la prétention qu'ont eue certains philosophes de combler par des hypothèses plus ou moins contestables les lacunes des sciences physiques et naturelles.

Une autre solution consiste à assigner pour objet à la Sociologie l'étude des formes sociales, abstraction faite de leur contenu. « Une armée, une famille, une Société d'actionnaires ont, quelle que soit la différence de leurs origines et de leurs fins, certains traits communs, la hiérarchie, l'interdépendance, la différenciation, etc., qui peuvent être étudiés à part. — Le seul fait que des individus s'associent produit sur eux certains effets spécifiques. Qu'il s'agisse de phénomènes économiques, ou juridiques ou moraux, ils sont soumis à l'action du milieu social \ )) — (( On pourra, dit ailleurs le même auteur, classer les différentes espèces de milieux sociaux; on remarquera que si leurs propriétés, comme leur valeur, leur densité, la coalescence de leurs unités varient, l'action qu'ils exercent sur les individus est soumise à des variations concomitantes. On obtiendra ainsi une science où observation, classification et explication seront purement sociologiques.»

1. Bougie, /-'-'.>• Srii.'ncc's sociales en Allemagne, p. 160 (Paris, F. Alcari).

Cette conception, soutenue en Allemagne par Simmel, et en France par M. Bougie, renferme une part de vérité. Elle a l'avantage de mettre en lumière c& fait que le nombre, la masse, la population des groupements sociaux exercent par eux-mêmes une grande influence sur l'évolution de ces groupements. Toutefois on peut adresser à cette définition les objections suivantes : 1° Cette sociologie sti-icto sensu, comme l'appelle M. Bougie, ne peut se constituer que concurremment avec les différentes études particulières, dont l'ensemble composerait la Sociologie lato sensu. — On ne peut déterminer les lois abstraites qui régissent les modalités des groupements sociaux en général, qu'après avoir étudié dans le détail ces groupements eux-mêmes. 2^ Il est un contenu dont il est impossible de faire abstraction : c'est le contenu psychologique des groupes étudiés. Car c'est en idées, en croyances, en désirs, que se traduisent finalement tous les phénomènes statiques ou dynamiques dont se compose la vie des sociétés. La notation psychologique reste celle à laquelle se ramènent en définitive toutes les autres. Faire abstraction, comme le demande M. Bougie, des « idées des unités sociales » pour s'attacher aux lois purement formelles des groupements, c'est abandonner de gaieté de cœur ce qu'il y a de plus réel et de plus concret dans la vie sociale; c'est lâcher la proie pour l'ombre^

A nos yeux, la Sociologie n'est autre chose que la Psychologie sociale. Et nous entendons par Psychologie sociale la science qui étudie la mentalité des unités rapprochées par la vie sociale.

Nous n'éprouverons aucun scrupule si l'on nous objecte que cette définition ramène au fond la Psychologie sociale et par suite la Sociologie elle-même à la Psychologie individuelle. — A nos yeux, c'est à cette dernière qu'il faut toujours en revenir. Elle reste, qu'on

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