Bougie, Les Idées égaUtaires, p. 18 (Paris, F. Alcan
le veuille ou non, la clef qui ouvre toutes les portes. L'énergie sociale par excellence reste toujours le psychisme, non le psychisme collectif dont parle M. de Roberty\ mais le psychisme tout court, ou psychisme individuel. C'est ce dernier qui peut seul donner un sens à cette expression de psychisme collectif.
La Psychologie sociale aura ainsi un double objet :
lo Rechercher comment les insertions des consciences individuelles interviennent dans la formation et dans révolution de la conscience sociale (Nous entendons ici par conscience sociale l'ensemble d'idées, de croyances et de désirs qui composent la mentalité dominante d'une société et qui imposent aux unités associées un conformisme intellectuel, émotionnel et moral plus ou moins conscient). La Psychologie des grands hommes est ici d'un haut intérêt.
2^ Rechercher comment inversement cette conscience sociale agit sur les consciences individuelles. Quelles modifications ou dégradations, parfois dépressions, ce conformisme social exerce-t-il sur les intelligences et les caractères individuels ? Quels sont les effets psychologiques de la solidarité qui unit les unités humaines, que cette solidarité soit professionnelle, économique, religieuse, morale, etc? — Comme le remarque avec raison ^L Barth, (( chaque transformation de la société entraîne une transformation du type humain et des cliangements corrélatifs dans la conscience des individus qui constituent la société, changements qui réagissent à leur tour sur la société elle-même' ». Ces actions et ces réactions constituent l'objet propre de la Psychologie sociale.
Quand ^L Lebon fait la psychologie du socialisme, quand ^L Sighele écrit ses livres sur la psychologie
1. De Robertv, Morale et Psyrholofjie [Reçue philosophique^ octobre 1900).
2. Barth, Die Pldlosophic des Geschichte als Sociologie, p. 10.
des Foules et des Sectes, quand M. Max Xordau étudie de près ratmosphère de mensonge dont la société contemporaine enveloppe l'individu; quand M™'' Laura Marholm' suit les variations de la mentalité féminine d'après les variations du milieu social ; lorsque Schopenhauer analyse la mentalité de (( la Dame », et son rôle dans la société actuelle, lorsque Nietzche étudie les conséquences sociales de la généralisation du sentiment de la Pitié dans notre civilisation européenne, ou encore lorsqu'il analyse la nature morale et les effets sociaux du renversement de l'échelle des valeurs opéré par le christianisme, il n'est personne qui puisse méconnaître le haut intérêt sociologique de semblables recherches psychologiques.
Dune manière générale, la psychologie sociale recherche les rapports de la conscience- individuelle et de la conscience sociale. Tantôt elle met en lumière les points de contact qui peuvent se rencontrer entre ces deux consciences, tantôt elle insiste sur leurs contradictions et les conflits qui en résultent.
Il y a de profondes et délicates analogies entre l'âme des individus et celle des sociétés. Telle est par exemple cette vérité aperçue par Nietzche que parfois un heurt violent, une rupture énergique avec le passé est, pour les peuples comme pour les individus, une condition du renouvellement de la vitalité. « Il y a, dit Nietzche, un degré d'insommie, de rumination, de se7is historique, qui nuit à l'être vivant et qui finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation. »
De telles intuitions, empruntées à la psychologie la plus pénétrante nous font saisir sur le vif les conditions les plus délicates de la vie des sociétés.
Les luttes qui se livrent au sein des consciences individuelles ne sont souvent que le reflet d'antago-