‹ Précis de sociologieChapitre 30 sur 99 · H. Mazel. La Synerf/ic sociale, p · texte numérisé non relu

H. Mazel. La Synerf/ic sociale, p

même le communisme seront approuvables quand ils développeront l'effort, comme dans un ordre de Trappistes défricheurs, ou dans un essaim de pionniers. Mais dès que la contrainte aura pour but de restreindre, la réglementation de modérer, le communisme de supprimer, le résultat sera mauvais. L'expansion est le besoin même de la monade-âme et le travail est la grande loi de l'humanité... Les peuples en qui une quantité suffisante d'amour maintient la concorde se hiérarchiseront suivant leur énergie, c'est-à-dire toujours ou presque toujours dans nos sociétés occidentales par la prédominance de la synergie sur la coaction'. »

Il faut se garder de confondre cette synergie, cette solidarité indépendante, active et libre, essentiellement respectueuse de l'hidividu, avec cette solidarité grégaire, passive et moutonnière, — essentiellement tyrannique et oppressive des individualités, — qui constitue l'àme mobile et instable des foules et plus encore la mentalité rabougrie et encrotitée de nos corps constitués et de nos administrations.

La Sociologie montrera de plus en plus la vanité sociale des prétentions administratives comme des appels aristocratiques à la Force. (( Que chacun dans sa sphère, dit M. H. Mazel, porte sa propre action à son maximum d'intensité, et le bien social jaillira san^* qu'il soit besoin de pressoirs financiers, ni de chevauchées nobiliaires. »

Il ne faut pas d'ailleurs attendre d'un principe social quel qu'il soit le Paradis sur la terre. La lutte sur le terrain social restera, quoi qu'on fasse, éternelle. Lutte des cercles sociaux antagonistes; lutte aussi de l'Individu contre son milieu social pour le dépasser et s'en

1. H. Mazel. Lrt Synert/io sociale, p. 340. Remarquons qu'un Ordre trappiste n'est peut-être pas un bon exemple de libre .synergie; car là, la Règle est tout et l'Individu n'est rien.

affranchir, pour, secouer les influences grégaires de toute espèce.

Le monisme social rêvé par certains penseurs est une chimère. L'élément fécond dans la vie des sociétés, ce n'est pas la passivité de l'Individu, sa soumission moutonnière au principe social ; c'est au contraire sa réaction et parfois sa résistance. C'est surtout dans le monde social que la lutte est mère de tout bien ; TÔ/Eao; -avTcov ;^r'-:T,c. — Si l'homme, comme l'a dit Aristote, est un animal politique, il est aussi un ani mal autarchique. C'est pourquoi, en dépit de ce qu'affirment les conceptions monistiques et unitaires de la société, les facultés par lesquelles l'Individu affirme sa personnelle volonté dévie jouent un rôle bienfaisant, en tout cas, essentiel et nécessaire. Nietzche a raison de voir dans un vouloir-vivre individuel le principe de toute action, de toute construction ayant même un caractère impersonnel et collectif. Les dogmatismes religieux, philosophiques et sociaux, sont-ils autre chose, malgré leur apparence d'impersonnalité, que l'expression des instincts vitaux de leur auteur? Les penchants qu'on appelle mauvais et antisociaux, dit Nietzche, (( sont des tendances essentielles à la vie. Ils sont quelque chose qui, dans l'économie générale de la vie, doit exister profondément, essentiellement, par conséquent quelque chose qui doit être renforcé si l'on veut renforcer la vie' ».

Faire disparaître la lutte et l'action individuelle est une illusion et une impossibilité. Il faut affirmer l'éternité de l'élément lutte, de l'élément di\'ersité. Une société parfaitement homogène s'évanouirait dans l'insipide amorphisme grégaire. C'est parla lutte que l'Individu échappe à la mentalité grégaire et que la synergie reste avant tout, dans les âmes individuelles» liberté et énergie.

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