CHAPITRE II
qu'est-ce que la consciente sociale
Nous venons de passer en revue les différents facteurs qui ont été invoqués pour expliquer la formation, des sociétés. Nous avons écarté la conception biolo jf^ique du monde social ; nous avons insisté en revanche sur rimportance des facteurs économiques et des facteurs psychologiques, en subordonnant les premiersaux seconds. L'individu humain nous est apparu comme une force originale et relativement indépendante du mécanisme social. — De même que l'individu peut, par la seule puissance de Vidée, réaliser progressivement en lui un idéal de liberté intérieure, de même il peut, en vertu de la même loi des idées-forces, réaliser progressivement autour de lui un idéal de liberté extérieure et sociale. Pas plus dans Tordre social que dans l'ordre psychologique, l'individu n'est un simple reflet du mécanisme extérieur. Il est lui-même une énergie modificatrice et, dans certains cas, directrice de ce mécanisme.
Donc autre chose est la conscience individuelle, autre chose la conscience sociale. Cette dernière ne se saisit que dans le cerveau des individus. p]t pourtant il y a des antinomies irréductibles entre la conscience sociale et la conscience individuelle, entre le vouloir-vivre de la société.et le vouloir-vivre de l'individu. L'évolution même ne fait que mettre davantage en lumière ces antinomies et les marquer plus-
6i COMMENT LES SOCIETES SE FORMENT
fortement dans le cerveau des individus. Les penseurs Jes plus puissants d'une époque sont précisément ceux qui ont la plus claire conscience de ces antinomies.
Ainsi la conscience sociale, implique ces deux élé- 1^ d'une part conscience des influences sociales ambiantes ;2<^ conscience du conflit entre ces influences et le vouloir vivre individuel. Ce n'est que dans le cerveau de l'individu que le mécanisme social jusque-là inconscient s'éclaire et prend une signification morale. C'est alors seulement que la conscience individuelle est capable de juger ce mécanisme et au besoin de se révolter contre lui. Ceux qui attendent de l'avenir une conciliation ou plutôt une identification complète de la conscience individuelle et de la conscience sociale sont dupes d'une grossière illusion (Monisme social). Nous lavons dit, la lutte est éternelle.
Comme nous l'avons dit également, cette conscience .«sociale n'est pas également claire et consciente d'ellemême chez tous les membres du groupe. — D'après M. Novico\v,il y a une élite qui, en un certain sens, joue le rôle de cerveau de la société, M. Xovicow, remarque justement que cette élite ne doit pas être identifiée avec le gouvernement. « Quand on compare le cerveau au gouvernement, dit-il, on fait preuve d'ignorance de la physiologie et de la sociologie. C'est à l'élite et non au gouvernement qu'il faut comparer le cerveau. Celui- •ci a exactement les fonctions de l'élite. Sa grande affaire est d'élaborer les j^ensées et les sentiments de l'agrégat social. Elle préside aussi- dans une certaine mesure aux mouvements sociaux ; mais les personnes qui font partie du gouvernement ne sont presque jamais celles qui élaborent les idées et les sentiments \ »
Pour M. Xovicow, le rôle du gouvernement est tellement différent à cet égard du rôle de l'élite que tandis .^lue, d'après lui, cette dernière est appelée dans l'avenir