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LOI GÉNÉRALE DE LA CONSERVATION SOCIALE

Une société, une fois formée, tend à se maintenir:.

Voyons donc à présent quelles sont les lois qui président à la conservation des sociétés .

Suivant une remarque de Schopenhauer, la viesociale est la forme la plus énergique du vouloir vivre universel. «L'État, dit quelque part ce philosophe, est le chef-d'œuvre de l'égoïsme humain. » Le mot est vrai non seulement de l'État, mais de toute société. Un groupe social, quel qu'il soit, est férocement attachéà l'existence. Il déploie, pour se défendre et s'accroître une avidité, une astuce, une ténacité, une cruauté, uneabsence de scrupule, absolument inconnues de la psychologie individuelle. Joignez à cela l'exposant d'hypo crisie dont s'affecte tout égoïsme collectif. Comme il s'agit de la défense d'un Intérêt général qu'on érige en. dogme sacré, toutes les fourberies et toutes les immoralités deviendront légitimes au nom de la Raison. d'État, au nom de l'Impératif vital du groupe.

Toutes les énergies individuelles seront, sur tous les-

domaines, — économique, politique, juridique, moral, — étroitement subordonnées à l'utilité commune.

Salus societatis supreina lex esto. Malheur aux énergies qui ne se plient pas à cette discipline. La société les brise ou les élimine, sans hâte comme sans pitié. Elle apporte dans cette exécution le mépris le plus absolu de l'Individu. Elle agit comme un instinct aveugle, irrésistible et implacable. Elle représente sous une forme terriblement concrète cette force brutale que Schopenhauer a décrite : la Volonté de Vie séparée de l'Intellect.

La plupart du temps en effet, elle accomplit d'une façon presque inconsciente sa loi de conservation. Elle ment, tue, vole, usurpe avec une souveraine tranquillité.

En dépit des utopies optimistes, toute société est et sera exploiteuse, usurpatrice, dominatrice et tyrannique. Elle l'est non par accident, mais par essence. (( Le corps social, dit Nietzche, devra être la volonté de puissance incarnée, il voudra grandir, s'étendre, attirer à lui, atteindre la prépondérance, — non par un motif moral ou immoral, mais par ce qu'il rit, et par ce que la vie est précisément volonté de puissance. En aucun point cependant la conscience générale des Européens n'est plus réfractaire aux enseignements qu'ici. On s'engoue maintenant partout, même sous le déguisement scientifique, pour un état futur de la société auquel manquerait» le caractère exploiteur )), — cela sonne à mon oreille, comme si l'on promettait d'inventer une vie dépouillée de toute fonction organique. L'(( exploitation » ne fait pas partie d'une société corrompue ou imparfaite et primitive : elle appartient k l'essence de \2iYie, comme fonction organique fondamentale, elle est une conséquence de la véritable volonté de puissance, qui est précisément la volonté delà vie, — admettons que, comme théorie, ceci soit une nouveauté, — comme réalité, c'est le fait primitif

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