Voir Tarde, Los Lois de l'Imitation^ p
2. Docteur A. Matteuzi, Les Facteurs de l'Écohition des Peuples (Paris. F. Alcan, 1900), p. 18.
138 t OMMENT LES SOt IÉTÉS ÉVOLUENT
aboutir à une impasse. Qu'est-ce que ce Keifnplasjn a immuable de génération en génération pour chaque espèce et chaque race? Que sont ces types de races à jamais immobilisés et soustraits à toute variabilité? Admettre de semblables principes nest-ce pas tomber en plein mysticisme biologique? Il faut pourtant que ces types primordiaux se soient formés, et comment se seraient-ils formés sinon par l'accumulation des actions du milieu et la transmission des variations individuelles ?
Suivant nous donc, il faut ajouter la transmissil)ilité des caractères acquis aux autres causes du progrès : la concurrence vitale et la survie des plus aptes.
Dans Tordre psychologique et moral, nous citerons deux facteurs importants du progrès. L'un est ce sentiment de iiK'fontontement qui pousse l'individu non satisfait à modifier son milieu et ses conditions externes d'existence. Ce sentiment joue un grand rôle dans les transformations sociales.
Un sociologue définit ainsi le rôle de ce sentiment : (( La maxime Plie et tais-toi peut, dans tel ou tel cas particulier exprimer le devoir... Toutefois, dans la marche de l'histoire, l'agent du progrès n'est pas cette résignation patiente, cette adaptation passive à la réalité donnée, mais plutôt ce sentiment de mécontentement, cette agitation inquiète qui aiguillonne les esprits et éclate parfois dans de sauvages révoltes ^ . »
Un second facteur psychologique du progrès n'est autre que la loi psychologique des idées-forces. Parce seul fait que l'homme conçoit un idéal social supérieur, il tend à le réaliser. Ici comme ailleurs, l'Idée n'est pas un facteur négligeable dans l'évolution. Comment se fait le Progrès?
M. Bagehot pose la continuité comme loi du progrès.
1. Zie^ler, Lfi Qiwstion sociale est kik' (jue.<tion inorah'. cli. i (Paris, F. Alcan).
LADAPTATIOX SOCIALE ET LE PfiOGHÈS 139
D'après lui, tout progrès pour être durable doit se faire lentement et suivant une évolution régulière, par une sorte de compromis entre les deux influences adverses : l'influence conservatiste et misonéiste et la tendance à la variabilité. « Une nation, dit-il, qui vient de gagner la variabilité sans perdre la légalité, a des chances toutes particulières de devenir une nation dominante'. » L'exemple de Rome offre, suivant ce sociologue, une vérification lumineuse de cette loi.
Toutefois aussi le progrès se fait parfois par révolution violente. (( Il y a une forme dynamiquement violente de la lutte collective, » dit M. Sighele. D'après ce sociologue, (( les sectes, ces associations de vaincus et de mécontents que les vainqueurs et les heureux regardent, par une illusion égoïste, comme le germe de la dissolution sociale, ne sont cependant que le germe d'une transformation et d'un renouvellement inéluctables' ».
Quel est maintenant le sens probable du progrès? •Plusieurs formules ont été proposées.
Suivant M. Tarde, le progrès d'une société est carac térisé par une augmentation d'organisation et une diminution de vitalité et d'activité. « A mesure qu'elle s'étend, s'accroit, perfectionne et complique ses institutions, une société perd de sa fougue civilisatrice et progressiste; car elle en a fait cet usage. Autrement dit, elle s'enrichit de croyances plus que de désirs, s'il est vrai que la substance des institutions sociales consiste dans la somme de foi et d'assurance, de vérité et de sécurité, de croyances unanimes en un mot quelles incarnent, et que la force motrice du progrès social consiste dans la somme de curiosités et d'ambitions, de désirs solidaires, dont il est l'expression. Le véri-
1. Bagehot, Lo/>- sricnti Tiques du (U'rt'Ioppt'iiwnt ch's \ations. p. 67.