‹ Précis de sociologieChapitre 84 sur 99 · LOIS DE LA RÉGRESSION SOCIALE · texte numérisé non relu

LOIS DE LA RÉGRESSION SOCIALE

Ce que nous avons dit nous permet de comprendre le sens de cette expression: la Régression sociale.

Les sociologues ont distingué avec raison l'évolution progressive et l'évolution régressive.

L évolution progressive renferme, d'après MM. Demoor, Massart et Vandervelde, des idées de marche en avant, de développement, de perfectionnement, de différenciation croissante et de coordination progressive des fonctions et des organes différenciés.

L'Évolution régressive, au contraire, c'est le retour en arrière, la décadence, la dégénérescence ; exemples : l'atrophie des organes de la vue chez les animaux qui vivent dans l'obscurité, la réduction des feuilles chez les plantes parasites, la décroissance des corporations à la fin du moyen âge.

Une première loi de Régression sociale est la suivante : « Le regrès accompagne toujours le progrès. » Il faut entendre par là que la destruction des vieilles structures est la conséquence nécessaire du développement des institutions nouvelles. Toute transformation des organes et des institutions a pour corrélatif une régression partielle'.

Une seconde loi est ce qu'on pourrait appeler la loi des survivances.

De même que tout progrès s'accompagne d'une

1. V. Demoor, Massart et Vandervelde, L'Éeolution regrcssœe en biologie et en sociologie (Paris, F. Alcan.)

G. PALANTE 11

régression partielle des organes et des institutions devenus inutiles, de même tout progrès suppose la survivance pendant un certain temps au moins de vestiges plus ou moins importants du passé. Sous la législation de plus en plus uniforme dans sesgrandes lignes qui régit les peuples modernes, nous retrouvons à l'état de survivances plus ou moins effacées et déformées, mais néanmoins reconnaissables, toutes les institutions qui ont été prépondérantes à des époques antérieures. Ainsi dans la famille actuelle il reste des survivances des formes anciennes de la famille, telles que le matriarcat.

Un état social renferme toujours un certain nombre d'institutions anachroniques. M. Demoor et Vandervelde expliquent ainsi ce fait : (( Une institution inutile se maintient souvent par coaction, lorsque sa conservation présente des avantages pour ceux qui en font partie... On pourrait faire une liste interminable des sinécures radicalement inutiles que certains gouverments s'obstinent à maintenir, de peur de mécontenter ceux qui les occupent'. » On pourrait citer les avoueries à la fin du moyen âge et combien d'exemples plus modernes !

Demandons-nous maintenant quel est lesens suivant lequel a lieu la régression.

D'après M. de Greef, l'évolution régressive s'opère dans un ordre déterminé ! Elle constitue un retour vers l'état primitif.

On sait que le savant belge distingue dans une société sept propriétés : propriétés économiques, gêné siques (familiales), artistiques, scientifiques, morales, juridiques et j^olitiques. On sait aussi que pour lui cet ordre, en même temps qu'il représente la hiérarchie logique représente aussi l'ordre de formation historique de ces propriétés. Partant de là, M. de

Page 1