‹ Précis de sociologieChapitre 91 sur 99 · Sighele, op. cit., p · texte numérisé non relu

Sighele, op. cit., p

chapithp: V

Nous pouvons maintenant aborder la question qui domine la Sociologie tout entière : celle des rapports de l'individu et de la société. Nous trouvons ici aux prises les deux doctrines du socialisme et deTindividualisme.

Au sens général, le mot socialisme désigne toute doctrine sociale qui subordonne l'individu à la collectivité. Tel est le sens du socialisme platonicien. Dans un sens plus précis et plus moderne, le socialisme est une doctrine qui, par une réforme économique du régime de la propriété, prétend assurer à l'individu une plus grande indépendance matérielle et morale.

L'individualisme est une doctrine qui, au lieu de subordonner l'individu à la collectivité, pose en principe que l'individu a sa fin en lui-même ; qu'en fait et en droit il possède une valeur propre et une existence autonome, et que l'idéal social est le plus complet affranchissement de l'individu. L'individualisme ainsi compris est la même chose que ce qu'on appelle encore la philosophie sociale libertaire.

Dans un sens plus étroit, on entend par Individualisme la théorie économique du Laisser-faire (École de Manchester). Quand nous parlerons ici de l'Individualisme, il s'agira de l'individualisme entendu comme philosophie libertaire.

Quels sont les rapports du Socialisme et de l'Individualisme?

SOCIALISMi: ET LNDIVIDLALISMI-: 175

11 y a beaucoup de points de contact entre le Socialisme et rindividualisme. Le Socialisme s'inspire dans une large mesure de l'Individualisme, et sur beaucoup de points s'efforce de lui donner satisfaction. — Il se propose l'émancipation économique de l'individu et veut l'arracher aux étreintes du capitalisme. Bien plus, il veut détruire non seulement le capitalisme comme régime économique, mais les institutions et fondations sociales qui sont les conséquences de ce régime : le droit capitalistique et bourgeois qui nous régit, la morale propriétaire et bourgeoise faite dans un intérêt de classe et oppressive de l'individu. Un sociologue allemand a dit à ce sujet : (( Sans le libéralisme le socialisme est absolument inconcevable : le socialisme est essentiellement libéral; il s'inspire des idées d'af franchissement et d'émancipation qui sont, de nos jours, la condition et la garantie la plus sûre de son existence. Ce qu'il s'efforce d'obtenir n'est rien moins que l'affranchissement des travailleurs vis-à-vis de la toute-puissance du capital'. »

Ce n'est pas tout. Aujourd'hui le socialisme est encore dans la phase militante. Il est encore un parti d'opposition et de lutte. Aussi défend-il la liberté sur le domaine politique, social, moral, toutes les fois qu'il en trouve l'occasion. Il favorise toutes les lois, toutes les motions, toutes les mesures propices à l'émancipation matérielle, intellectuelle et morale de l'individu. Il cherche volontiers à briser les cadres sociaux et moraux du passé. C'est ainsi que, sur le terrain moral, beaucoup de socialistes sont partisans de l'union libre. C'est ainsi que dernièrement en Allemagne le parti socialiste tout entier a voté contre la vexatoire et quelque peu ridicule loi Heintze. Il est donc incontestable qu'aujourd'hui le socialisme repré-

1. Ziegler, La Question sociale est une question n. orale (Paris, F. Alcan, p. 11).

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>ente Tlndividualisme et en est l'incarnation sociale la plus puissante. M. Jaurès a très bien mis en lumière cette vérité dans son article de la Revue de Pavia: Socialisme et Liberté \

Mais en sera-t-il toujours ainsi? Quand il sera par- A' enu au pouvoir, quand il sera un parti gouvernant, le socialisme sera-t-il encore libéral et individualiste?

C'est la question qui se pose. Car peut-être alors les germes d'anti-individualisme contenus dans le socialisme se développeront-ils .

Quels sont ces germes?

Il y en a qui sont évidents et sur lesquels les adver saires du Socialisme ont depuis longtemps insisté. Citons par exemple la manie probable d'administration et déréglementation à outrance; la prétention accrue delà société au droit de contrôler l'activité des individus, l'omnipotence de plus en plus grande de l'opinion qui deviendrait dans le régime socialiste la principale sanction morale. Or, on sait combien l'opinion est aveugle, tyrannique, accessible aux préjugés de toute .sorte, combien enfin elle est anti-individualiste.

Un autre point par où le Socialisme semble en contradiction avec l'Individualisme, c'est le dogmatisme unitaire, le monisme social et moral où il semble tendre infailliblement. On sait en effet que beaucoup de socialistes croient à un monisme final, à une uniformisation économique et morale de l'humanité. M. Jaurès lui-même semble accepter ce point de vue. Il parle de la «grande paix socialiste », de « l'harmonie qui jaillira du choc des forces et des instincts'». Ce sont là de beaux rêves. Mais on sait aussi que tout dogmatisme et tout conformisme social, toute doctrine sociale unitaire sont un péril pour ladiversité individuelle, pour la liberté et l'indépendance de l'Individu ; car elles

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