‹ Précis de sociologieChapitre 92 sur 99 · Ihid., ],. 508 et · texte numérisé non relu

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visent plus OU moins directement à réclamer le sacrifice de l'Individu à la communauté. Suivant nous, il y a contradiction entre le point de départ individualiste de M. Jaurès et son point d'arrivée, le monisme social final. Parti d'une prémisse libertaire, il aboutit à une espèce de mysticisme social. Proudhon qu'il qualifie de poète et de sophiste a raison contre lui, quand il proclame l'éternité et Tindestructibilitédela catégorie de la diversité et de la lutte. Au fond, Jaurès est un platonicien, malgré son inspiration individualiste initiale. Chez lui, le Socialisme revient finalement à sa forme antique: la subordination de l'Individu à la communauté. — Pour nous, nous sommes les adversaires résolus de tout dogmatisme, de tout monisme -ocial, parce que nous les considérons comme une menace pour l'Indépendance de l'Individu et pour l'énergie individuelle. Pour nous dogmatisme et monisme sont synonymes d'absolutisme, de coaction et de contrainte. Tous les dogmatismes sociaux et moraux ont une tendance à devenir tyranniques. Et c'est pourquoi Xietzche a eu raison de protester contre eux au nom de l'instinct de beauté et au nom de l'instinct de grandeur. Ces dogmatismes autorisent le contrôle autoritaire de la conscience individuelle par la conscience sociale, au nom de prétendues règles infaillibles et la mise en quarantaine sociale de ceux qui contreviennent à ces règles. Nous ne disons pas que toutes ces conséquences soient contenues dans la conception socialiste de M. Jaurès. Mais des esprits moins libéraux que lui pourraient les en déduire, et en tout cas elles constituent au sein du Socialisme un péril pour l'Individualisme.

Il importe ici de dire un mot des arguments qu'invoquent les partisans du dogmatisme social, en entendant par dogmatisme social la doctrine de ceux qui posent l'existence de la société comme antérieure et supérieure à celle de l'Individu.

(;. PALANTE 12

178 CONXLUSION

On a invoqué en faveur du dogmatisme social deux sortes d'arguments, les uns a priori les autres a posteriori. Et on pourrait ainsi distinguer deux sortes de dogmatismes sociaux: les dogmatismes sociaux a priori -et les dogmatismes sociaux a posteriori.

Le dogmatisme social a priori a pour premier et principal représentant Platon qui restera le type éternel de la philosophie sociale unitaire. Platon, on ie sait, invoque l'idée rationnelle d'unité, et il croit que cette idée plane au-dessus des Individus, qu'elle leur •est antérieure et supérieure. Par conséquent, la cité est supérieure aux citoyens. La cité est tout; l'individu n'est rien. Aristote a fait justice de cet argument. Réfutant Platon, il montre qu'une déduction logique •de l'idée d'unité conduirait à diviniser l'individu plutôt que la cité. (( En effet, dit-il, Socrate regarde «comme fin de la cité l'unité absolue. Mais qu'est-ce qu'une cité? C'est une multitude composée d'éléments divers; donnez-lui plus d'unité, votre cité devient une famille; centralisez encore, votre famille se concentre •dans l'individu : car il y a plus d'unité dans la famille que dans la cité et plus encore dans l'individu que dans Ja famille' . )) Ainsi, il n'y a pas d'unité plus réelle, plus complète que l'Individu. C'est donc lui qui, d'après les principes mêmes de Platon, incarnerait le mieux l'idée d'unité. C'est aussi par la voie a priori que certains kantiens et néokantiens arrivent à poser 3e dogmatisme social et croient pouvoir affirmer la subordination nécessaire et légitime de l'individu à la rsociété. Mais leurs arguments n'ont pas plus de valeur -que l'argument platonicien qu'on retrouve plus ou moins dans tous les autres.

Les dogmatiques sociaux à posteriori prétendent tfonder cette subordination sur un fait d'expérience ^généralisé et interprété comme une nécessité naturelle.

L Aristote, Politique, livre II.

Telle est la méthode de ceux qui subordonnent l'Individu à la société au nom de la loi de l'adaptation au milieu ou de la loi de symbiose (M. Izoulet) ou encorede la loi de solidarité, etc.

Les théories de ces philosophes pourraient être désignées sous le titre commun dVH'y/'ori'.s-;??^ (expression de Nietzche). Car elles regardent l'Individu commeune simple résultante, un simple reflet de son milieu historique.

C'est contre cet historisme que Nietzche a protesté:. C'est lui, qui avec plus de vigueur que n'importequel autre penseur, a voulu secouer ce filet qu'on voulait lui jeter sur la tête et dont les mailles s'appellent: le milieu, l'hérédité, la tradition, la moraleconvenue'.

Nietzche a raison. Ces philosophes érigent en dogmel'absolue passivité et comme le néant de l'Individu.. Ils oublient que l'individu est lui-même une force, un> facteur important de son milieu et qu'il peut le transformer aussi bien que s'y adapter docilement, a II est vrai, dit M. Sighele, que les hommes de génie sont plus qu'acteurs, qu'ils sontauteurs du drame humain '. » Mais ceci peut s'appliquer, toutes proportions gardées, à chaque individu humain. Nous rappellerons de plus la distinction que nous avons faite entre les deux pointsdevue statique eXdynamique pour envisager la sociétés Si au point de vue statique, c'est-à-dire à un moment donné de l'évolution le milieu impose une limite inévitable aux activités de l'Individu, au point de vuedynamique, c'est-à-dire au point devue de l'évolutioa et de l'ascension sociale, l'Individu reprend ses droits. Car il est à ce point de vue le principe des initiatives^ l'agent du progrès, le moteur de l'histoire.

1. Voir sur cette attitude de Nietzche : Th. Ziegler, Z)tc geistujeii und sozialen Strômungen des 19' en Jakrhunderts..

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