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CHAPITRE II

LE SYSTÈME GKNÉSIQUE

Le système génésique a pour objet l'ensemble des institutions d'après lesquelles l'espèce Inimaino vivant en société, se conserve, se perpétue et se développe ; il n'a pas pour objet dir ',ct la nature de la population ; celle ci, sous ce rapport, est, avec le territoire, seulement une des données du phénomène social et spécialement du phénomène génésique. Ce dernier est déjà le résultat de la combinaison de ces deux éléments constitutifs, le plus général et le plus simple après la phénomène économique.

On étudia du reste la population elle-même et les problèmes qu'elle soulève avant de la considérer au point de vue de l'organisation sociale de la conservation et de la reproduction de l'espèce. Le problème préoccupa les penseurs de la seconde moitié du XVIIP siècle. D'après Montesquieu, Wallaco et le D'" Price, la population avait diminué depuis l'antiquité ; c'était aussi l'opinion du Marquis du Mirabeau dans son Traité de la population ; la statistique faisait défaut. Buffon concevait la vie comme étant toujours en quantité fixe. Malthus eut le grand mérite de rattacher le problème à celui des subsistances et ainsi d'en -faire une question sociale. Déjà dans Political Justice Godwin avait indiqué cette considération importante, développée et précisée plus tard i)ar Spencer, que dans l'avenirrintelligence l'emportera de plus en plus sur les instincts animaux et qu'un stade supérieur de civilisation sera nécessairement accompagné d'un degré inférieur de fécondité. Le point de départ de la théorie de Malthus avait été purement biologique : tout homme a une force génératrice égale à celle de son père. Or, cette donnée même est fausse. Dans la série animale en général, une grande fécondité est accompagnée d'une grande mortalité ; on l'observe môme dans les sociétés humaines comme en Russie, et en Hongrie, de même que dans les classes inférieures de chaque société. Plus l'organisme est parfait, moindre est son coefficient de multiplication ; l'organisme le plus parlait est le moins fécond, mais, étant le plus adaptable, il tend à supplanter ou tout au moins à dominer les autres. Chez l'homme

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principalement, le point de vue biologique se complique du point de vue sociologique ; la société la plus parfaite est aussi celle où il y a le moins d'inégalités au point de vue de la répartition des subsistances et où l'organisation méthodique de la production se rapproche le plus exactement des besoins de la consommation. Eq outre, la fonction génésique de reproduction s'affaiblit en proportion du travail musculaire et surtout nerveux des individus ; cet affaiblissement ne fera que croître "avec les progrès de la culture humaine et à un degré encore plus élevé à raison de l'élévation croissante de la femme à la vie mentale. Toute force dépensée dans d'autres directions, est en somme, une force soustraite à la reproduction de l'espèce. Le progrès social tend donc à limiter la population et à la mettre en équilibre avec les subsistances. La loi de la population de Malthus, fausse biologiquement, l'était aussi sociologiquement ; elle était abstraite outre mesure car lui-même ne la formulait dans sa rigueur qu'à condition que « rien ne vienne s'y opposer », or, en sociologie, tous les facteurs sociaux constants et même variables viennent limiter la loi malthusienne ; il n'est pas permis d'en faire abstraction.

Darwin emprunta à Malthus l'idée mère de la lutte pour l'existence, mais il accorda une plus grande influence aux luttes morales et aux sentiments moraux dans les sociétés avancées ; il déconseilla toute réduction artificielle de l'accioissement de la population ; il fallait laisser agir la sélection naturelle. Il perdait de vue que la sélection n'est pas seulement naturelle, mais sociale ; or, celle-ci bien qu'également uatiirelle opère souvent à rebours dans un sens nullement favorable au progrès.

LTne grande fécondité a pu, comme le signala dans la suite H. Spencer, être un facteur favorable au progrès en provoquant la concurrence et la sélection des plus aptes, mais quand le globe sera entièrement occupé et cultivé dans la mesure possible, la fécondité primitive aura perdu sa raison d'être.

Je voulais simplement indiquer ici que le problème de la population est non seulement biologique et psychologique, mais qu'il est surtout sociologique comme Malthus et Godwin l'avaient déjà compris en le rattachant, l'un à sa conception

individualiste, l'autre à sa conception communiste de l'économie sociale et par cette dernière à tous les autres phénomènes sociaux, plus spéciaux et plus complexes. Nous n'avons à considérer ici que l'ensemble des organes et d'appareils qui constituent le système génésique des sociétés.

A. Comte, partant de la sociabilité fondamentale de l'homme dont la spontanéité était d'après lui démontrée par la biologie, énonçait comme attributs généraux les plus importants de la nature humaine individuelle : 1° la prépondérance des facultés affectives, 2" la prépondérance des intérêts égoïstes. En affirmant la première, il semble être en contradiction avec lui-même puisque toute sa dynamique sociale est basée sur le développement des idées et être au contraire d'accord avec Spencer qui attiibue une importance supérieure aux sentiments et aux émotions. Comte et H Spencer se trompent, l'un et l'autre, en ne voyant pas qu'au plus bas degré, il y a l'activité résultant des besoins économiques et génésiques lesquels du reste, suivant ma théorie, ne sont jamais exclusivement matériels, mais en même temps psychiques et idéologiques. De la prépondérance des intérêts égoïstes. Comte déduisit sa formule moi-ale considérée d'abord par lui comme parfaite : « aimer nos semblables comme nous-mêmes », formule que plus tard, dans sa sociologie subjective, il remplaça par : « vivi'C pour autrui ».

A. Comte considère la famille, comme constituant, avec le couple androgyne en tant que base élémentaire, l'unité sociale. Il ne vit pas que la famille elle-même telle qu'elle était de son temps, n'était qu'une forme différenciée des sociétés plus ou moins homogènes primitives et réduite de plus en plus, au cours de l'évolution, par différenciation croissante, à une fonction spéciale : la conservation, la continuation et le développement de l'espèce. Cette ccmception ne pouvait du reste apparaître que postérieurement aux observations capitales qui résultèrent des études entreprises dans la suite sur les sociétés primitives.

Comte avait reconnu cependant que la constitution de la famille n'est pas universelle. Il avait distingué la famille polygamique, la famille antique, comprenant les esclaves, la famille moderne réduite à la parenté directe. Seulement sous riiirinonce de sa conception hiérarchique générale de l'ordre

statique des sociétés, il proclamait que toutes ces formes de famille étaient, dans tous les cas, caractérisées d'une façon permanente : a) par la subordination du sexe féminin au sexe mâle, la femme représentant une espèce d'enfance continue ; il reconnaît qu'entre les deux sexes il y a coopération. Comment concilier cela avec sa théorie de la prédominance des sentiments affectifs ? Dès lors, Saint-Simon n'était-il pas plus logique en proclamant la supériorité de la femme ? b) par la subordination des enfants aux parents ; c) par une certaine subordination entre les frères.

Nous admettons aujourd'hui que ces caractères prétenduement fixes sont historiquement très variables, comme toutes les formes sociales, et que la fonction seule est constante dans ses tendances tout en se conformant toujours au point de vue de son organisation à la structure d'ensemble de chaque société. L'inégalité et le principe d'autorité avec leurs corollaires, le commandement et l'obéissance, tendent à dis • paraître de l'ordre économique et de l'ordre génésique au même titre que de l'ordre psychocollectif, moral, juridique et politique.

A la différence du système économique qui a pour objectif ou fonction, aussi bien lu vie nutritive de l'individu que celle de la société, le système génésique a surtout pour fonction la conservation et le développement de l'espèce et par eux de la société elle-même. Le système génésique de l'espèce n'est cependant pas en antagonisme avec la vie inviduelle ; il l'est dans tous les cas beaucoup moins que chez beaucoup d'espèces animales où la fonction de reproduction se rapproche de fort pics de la fin de la vie individuelle. Chez l'homme, non seulement le mariage, et par là j'entends toute forme d'union sexuelle devenue relativement régulière et plus ou moins permanente, tend à proU)ngcr la vie individuelle, mais cette prolongation concorde avec une période plus longue consacrable à l'éducation des enfants. 11 est en outre à remarquer ([ue, tandis (juc l'organisation du système économique évolue dans le sens de l'iigrandissement de ce système, celle du système génésique évolue dans le sens de la spécialisation de la fonction et de la réduction progressive du groupe familial à un nombre de plus en plus réduit de membi'es. Cependant, ainsi réduite, chaque famille, dans les sociétés eontempo-

faines les pliiS évoluées, est en somme reliée à toutes les autres familles par une foule d'autres liens spéciaux, autres que les liens génésiques.

Comme dans tous les autres pliénonomènes sociaux, les facteurs an organiques, physiologiques et psychiques entrent dans la composition du phénomène gcnésique et concourent à son organisation systématique.

a) Les conditions du milieu anorganitiuc exercent une influence sur la vie familiale de tous les mammifères au point de vue de Tunion sexuelle, des formes soit de promiscuité, soit de i)olygamie ou de polyandrie, soit de monogamie : de même, au point de vue de la durée de ces unions, ainsi que des rapports des parents avec leurs petits, de la durée et dn caractère de ces rapports ;

b) Les différences biologiques des sexes, des âges, les aptitudes physiologiques en général font partie du milieu qui conditionne tout système génésique ;

c) Sous l'influence des deux facteurs précédents, se forment des besoins, des instincts, des sentiments, une mentalité, une activité, soit égoïstes, soit altruistes, plus généralement mixtes. Parfois les parents vont jusqu'à immoler leurs enfants ou ceux-ci leurs parents. Dans les sociétés les plus évoluées, le sentiment altruiste domine chez les parents, au point de redevenir organique et dès lors, en somme, égoïste ; les parents arrivent à se considérer comme ayant surtout vis-à-vis de leurs enfants des devoirs d'entretien, de protection, d'éducation ; au contraire, leur esprit d'autorité disparaît. Du reste, la formation des sentiments altruistes a ses origines les plus profondes, entre parents et enfants, dans des sensations très égoïstes, telles que le contact, l'habitude, la ressemblance, et même dans la grandeur et la durée des sacrifices et des soins consentis en faveur de la progéniture.

Beaucoup de causes sont destructives des sentiments égoaltruistes naturels auxquels donnent naissance les rapports génésiques : la guerre, l'insuffisance des subsistances, la propriéU' individuelle, le droit de succession. Les inégalités économiques favorisent la prostitution et les unions incohér. ntes, les séductions, les parricides, les infanticides, etc. sous les formes les plus diverses. La nature animale et plus encore la nature animale, dite humaine, se prêtent à tout: cer-

tains animaux mangent leurs petits ; ils les aiment à leur façon ; d'autres, et c'est une forme d'amour évoluée, les lèchent, les caressent, les soignent. L'origine la plus bestiale, se trouve au fond de nos affections les plus pures : on se dévore de baisers ; c'est une forme atténuée de la faim primitive ; dans les grandes famines du raoyen-âge des parents ne dévoraient-ils pas leurs enfants?

Après les. facteurs anorganiques, biologiques et psychiques qui se combinent toujours dans tout phénomène génésique, ce sont les conditions sociales et tout d'abord les conditions économiques, celles-ci également et à la fois, matérielles, biologiques et psychiques qui exercent leur influence sur les formes génésiques dans une proportion correspondante à leur degré de généralité.

D'une façon constante et générale, tout le système économique agit directement sur les phénomènes génésiques. Nous pouvons donner, comme exemple, la proportion de la mortalité suivant les sexes en Belgique.

Proportion des décès féminins p. c. décès.

Avant 18G0, il y avait à peu près égalité ; dans toutes les périodes décennales suivantes, Ifj proportion des décès féminins a été inférieure à celle des hommes. Il faut, il est vrai, tenir compte qu'il naît plus de garçons que de filles et qu'il en meurt aussi davantage jusqu'à vers l'âge de 15 ans où l'équilibre est rétabli ; mais l'amélioration de la situation féminine dans les dernières périodes n'en reste pas moins établie et elle ne peut être attribuée qu'au changement économique, résultant notamment de l'entrée de la Belgique dans le stade do la grande industrie à partir de 1860.

Il y a des rapports constants entre la natalité, la matrimonialité, la mortalité d'un côté et les prix, la richesse et la pauvreté de l'autre. La reproduction de l'espèce est en praport étroit avec l'alimentation des individus ; physiologiquemeut la reproduction est un phénomène de croissance.

Toutefois, la reproduction do l'ospèce dépend de toute l'or-

ganisation sociale et non pas uniquement de la quantité des subsistances. Les lois de la population sont très complexes ; la formule la plus générale semble être que nos forces physiologiques et nerveuses étant limitées, toute dépense de ces forces dans une direction limite nécessairement les dépenses dans d'autres directions. Ceci explique comment les espèces inférieures sont en général plus fécondes; c'est aussi, pour elles, le meilleur moyen de se conserver et de perpétuer malgré rénorme mortalité de leurs individus résultant de la simplicité de leur adaptation. Aucontraire, les espèces supérieures et les sociétés humaines supéiieures sont plus différenciées, mieux organisées ; leurs fonctions sont plus complexes, plus si>écialisées : aucune fonction ne tend à y absorber toute la vie et à faire dépendre celle-ci uniquement de celle-là. On s'explique dès lors que le développement même de la civilisation tend à modérer la natalité, tout en réduisant d'un autre côté la mortalité ; une gi-ande fécondité y devient impossible et inutile ; il s'y opère une économie de forces avec le même résultat et même un résultat supérieur.

A son tour, le régime génésique exerce une influence sur toute l'organisation sociale et sur son développement. 11 assure la conservation de la société dans l'espace et le temps. Il est par lui-même un facteur de différenciation en ce qu'il transmet aux descendants des caractères toujours en partie différents de ceux de leurs parents ; certaines de ces variations, si elles sont avantageuses, s'accentueront. L'hérédité, sous ce rapport, n'est pas seulement un agent de conservation et de transmission, mais un facteur de progrès dans la continuité du développement social. L'hérédité, contrairement à ce que pensait Tarde, n'est pas seulement i)hysi()logique ; elle est aussi sociale ; les institutions, les doctrines se transmettent d'une génération à une autre, d'une société à une autre Même, en sociologie, les caractères acquis se transmettent, ce qui paraît plus contestable en biologie. Par sélection, les formes génésiques les plus avantageuses sont utilisées et transmises tout en variant dans le sens du progrès.

En ce qui concerne les institutions et les appareils d'institutions génésiques, il faut tout d'abord insister sur ce que la famille, au sens moderne de ce mot, n'est pas à l'origine de

la société ; elle n'est pas, comme on l'a dit, la cellule sociale. La famille est une l'orme génésique différenciée par évolution de sociétés primitives indifféreuciées ou pins exactement très peu différenciées. L'évolution sociale a abouti à la constitution d'un organe, la famille, de plus en plus réduit à une fonction spéciale, la fonction génésique, ayant pour objet spécial la conservation, la perpétuation et l'amélioration de l'espèce et, par cette fonction spéciale, la coopération au progrès de l'espèce et de la société entières. Les formes successives de la famille sont issues elles mêmes des communautés plus ou moins indivises et confuses primitives et elles ont, dans tous les cas et toujours, été subordonnées à la structure et à l'évolution d'ensemble de chaque société historique.

Dans les sociétés primitives, le lien matrimonial et filial est très faible. Chez celles qui vivent des produits naturels, le mariage, comme toute la société, est, à vrai dire, communiste. Tous les hommes d'un groupe sont les maris des femmes d'un autre groupe. (Morgan et Engels). Cela même est déjà un progrès relativement à la promiscuité à peu près complète des hordes confuses qui, sans doute, constituèrent les premières agglomératio.is humaines. Les unions intercollectives, comme les échanges d'abord aussi intercollectifs, peuvent être considérées comme une importante différenciation, comme un développement de l'organisation sociale. Les unions sexuelles, comme le commerce, s'organisent tout d'abord entre groupes différents. L'exogamie peut être pacifique ou guerrière ; dans tous les cas, les enfants ne connaissent pas leur père, mais seulement leur mère ; ils suivent dès lors la condition de cette dernière ; mais les filles en se mariant perdent tout droit dans leur groupe originaire. L'endogamie, ou mariage à l'intérieur du groupe, de même que l'échange et le commerce intérieurs n'apparaissent que lorsque la différenciation entre groupes s'est complétée par une suffisante différenciation interne ; alors ces différences intérieures, donnent naissance à des unions sexuelles également intérieures, relativement à l'ensemble de chaque société particulière, mais en réalité, basées elles-mêmes sur des groupements spéciaux et différenciés.

C'est l'exogamie surtout qui donne naissance au stade du matriarcat. Dans les sociétés à base de communauté notam-

ment territoriale, le système génésiqiie tend Ini-mème à être communautaire. C'est à tort que Engels distingue deux périodes historiques : la première où l'organisation sociale repose essentiellement sur les liens du sang et non sur l'organisation économique, la seconde où elle repose sur cette dernière et non sur les liens du sang ; dans l'un et dans l'autre cas, c'est au contraire l'ordre économique qui détermine de la façon la plus générale l'organisation génésique ; si celle-ci est communiste à l'origine, c'est que sa base l'est également.

Dans le matriarcat, la paternité étant incertaine, les enfants demi-frères, demi-sœurs entre eux appartiennent à la mère ; toute la parenté est basée sur cette dernière.

Au matriarcat se rattachent en partie les coutumes et institutions polyandriques, le rachat de la femme par une prostitution périodique, plus tard unique, puis remplacée par une indemnité, les cérémonies matrimoniales rappelant le rapt de la femme, etc.

Le mariage par vente et les cérémonies qui continuèrent longtemps à le rappeler appartiennent davantage au stade du patriarcat.

L'endogamie et aussi la polygamie caractériseut des sociétés déjà plus considérables et plus différenciées. Elles se développent dans les sociétés pastorales et agricoles, déjà moins communautaires. L'évolution nous y montre la pluralité des femmes dans la mesure des ressources, puis une femme principale avec des concubines. Dans ce stade, la parenté est basée sur les mâles ; déjà les moins riches sont monogames ; les unions entre frères et sœurs ne se rencontrent plus que chez les chefs représentant l'ordre ancien.

Avec le développement de la propriété familiale et puis individuelle, la monogamie tend à devenir la forme la plus générale. La monogamie elle même est d'abord successive, à temps, périodique, pour certains jours de la semaine, pour les divers habitats du père du famille, etc.

Une institution spéciale du patriarcat fut le levirat. Le mariage du beau-frère avec la belle-sœur fut ordonné notamment l^arla loi juive (Deutéronome XVI et suiv.) ; cette loi ne fit que formuler légalement le coutume déjà mentionnée dans la Genèse : « lorsque des frères demeureront ensemble et que l'un d'eux mourra sans laisser de fils, la femme du défunt ne

se mariera point au dehors à un étranger, mais son beaufrère ira vers elle, la prendra pour femme et l'épousera comme beau-frère. Le premier né qu'elle enfantera succédera au frère mort et portera son nom, afin que ce nom ne soit pas effacé d'Israël. » Le but de l'institution était évidemment d'assurer le sort de la veuve et la continuité de la famille, mais surtout de cons^îrver à la famille paternelle l'héritage économique base de tout le reste. Il fallait empêcher l'héritage de sortir de la famille. La même institution se retrouve en Perse, dans l'Inde, à Sparte, à Athènes, etc.

Toutes ces formes, la promiscuité, l'éxogamie, l'endogamie, lapolj'andrie. In polygamie et môme la monogamie (perruches) se renoncent chez les animaux.

La forme génésique actuellement la plus évoluée est la monogamie tempérée surtouc chez les riches et les puissants par le divorce et par certaines survivances polygamiques et polyandriques désignées sous le nom d'adultère et, chez les pauvres, le plus souvent par une période d'union libre qui cesse généralement quand les conditions économiques permettent de régulariser la situation des parents et des enfants. Les mariages sont au surplus rares entre classes différentes, comme autrefois entre castes différentes ; cependant chez celles-ci la prohibition était légale ; cette prohibition ne résulte plus actuellement que des frontières économiques qui séparent en fait les classes.

Il est inutile de s'appesantir sur les rapports du système génésique avec la structure militaire et hiérarchique des sociétés. Le droit romain, le droit canonique, le Code Napoléon ont imposé l'obéissance de la femme et des enfants visà-vis du mari et du père avec une rigueur suffisamment significative.

Le régime du matriarcat ne semble pas du reste avoir été beaucoup plus favorable à la femme asservie aux occupations intérieures et cela même confirme que ce sont surtout les conditions économiques qui déterminent les relations génésiques.

A Rome, c'est la confarreutio qui est la forme la plus solennelle, la plus noble et la plus ancienne du mariage, le fait de manger ensemble le gâteau de farine. Elle n'est elle-même que le dernier acte dont les deux premiers sont la traditio et la deductio in domum. La coemptio, la vente-achat, est une

forme plus moderne, moins aristocratique en rapport avec l'économie de l'échange. La femme est in manu mariti comme l'est toute chose que l'homme a achetée. Dans la forme plus évoluée du mariage, dans le mariage Jiiris gentiiim, la femme n'est plus in manu. L'évolution se fait dans le seus de la liberté et de l'équivalence.

Le mariage monogamique représente une supériorité même biologique ; dans les pays à régime monogamique, il y a une moindre mortalité des mariés que des célibataires, une plus grande mortalité des veufs ; la monogamie comporte un équilibre physique et moral plus parfait. La famille monogamique évolue du reste elle-même ; la grande famille, en rapport avec l'économie domestique et autonome se suffisant à elle-même, s'est de plus en plus réduite à un nombre décroissant de membres ; cette réduction a été conforme à la division progressive du travail. Un autre effet capital de cette double différenciation a été que, même entre époux, le principe de l'autorité maritale a été s'affaiblissant sans que cejiendant cet affaiblissement rende plus faible le lien conjugal.

Comme toujours, les formes génésiques archaïques tendent à persister chez les puissants, les princes, les riches. Beaucoup de rois francs devenus chrétiens restèrent polygames : les classes supérieures actuelles, tout au moins les classes riches, sont en fait polygames ; l'adultère du mari, d'après le Code Napoléon, ii'est une cause de divorce, que s'il est accompli dans le domicile conjugal. Le cumul et la coexistence du mariage et du concubinat persistèrent officiellement en France jusqu'au XV siècle.

Quant aux formes du mariage, l'Eglise chrétienne réalisa certains progrès sur le Droit romain : le consentement mutuel suffit pour valider les fiançailles et le mariage ; jusqu'au concile de Trente, même la présence du prêtre ne fut pas indispensable. Puis il se fit un retour vers le Droit romain quiritaire ; cette réaction s'affirma dans le Code Napoléon aussi bien dans le régime économique que dans le système successoral et familial. L'institution des fiançailles e: des promesses de mariage tomba en décadence alors, au contraire, qu'en matière de propriété, promesse de vente valut vente.

La puissance paternelle évolue dans le même sens que la puissance maritale. Pas plus que celle-ci, la puissance paternelle n'est originaire ; celle-ci est également une forme différenciée de la société primitive. Dans les hordes plus ou moins confuses, dans les tribus, dans les phratries, dans les génies et les clans et sous tout le régime matriarcal, l'enfant appartient pour le moins autant au groupe qu'à la mère et au père. Dans le régime patriarcal et là où existe une économie domestique déjà agricole, comme à Rome, les enfants comme la femme et comme tous les biens économiques sont in manu du chef du famille. En Germanie, se rencontre le Mund ou muni, la propriété est ce qu'on a en bouche, cette propriété s'étend aux enfants : le père est mainboiir au moyen-âge ; de même le roi aie mundiiim. Il est inutile de rappeler les droits du Seigneur, droits de première nuit, etc. rappelant les droits primitifs de la communauté qu'il s'est appropriés comme chef ; de même nature sont les mariages, si fréquents, par ordre du prince.

Le droit paternel de correction fortement atténué aujourd'hui était encore en pleine vigueur au XVIIP siècle, surtout dans les classes élevées ; Mirabeau père, faisait emprisonner son fils bien que majeur ; ce droit a été maintenu en partie par le Code Napoléon, conforme en cela aussi à la structure militaire, hiérarchique et autoritaire de toute la société.

En ce qui concerne la majorité, il est à observer qu'elle est précoce chez les peuples primitifs et jeunes, de même qu'actuellement chez les héritiers du trône. Chez les animaux supérieurs et dans les sociétés civilisées il s'opère un prolongement des soins, de l'éducation, en un mot de la minorité. En sens inverse, il faut toutefois signaler un retour à une émancipation phis hâtive notamment au point de vue de la capacité de contracter mariage ; (;eci est une application de la loi évolutive de l'affaiblissement du principe d'autorité dans le droit paternel et n'est pas en contradiction, bien au contraire, avec les devoirs des parents et les droits des enfants.

Toutes les formes économiques influent directement sur les institutions et la vie génésiques, par conséquent elles influent aussi sur le régime des biens dans le mariage. L'infériorité

générale de la femme vis-à-vis do l'homme est consacrée par le Code Napoléon, non seulement au point de vue de l'administration des biens communs, mais même au point de vue de l'administration des biens propres à la femme ; cette môme infériorité est consolidée par le droit successoral qui postpose la femme aux collatéraux les plus éloignés, ne lui donnant le pas que sur l'Etatrt^présentant la société, laquelle par conséquent est considérée comme d'iaiportance à peu près négligeable.

Actuellement le mariage monogamique revêt le caractère mercantile de notre régime capitaliste ; comme lui, il est sujet à des crises continues, à une instabilité croissante en rapport avec l'inéquilibrc économique et moral. La fonction du divorce devient de plus en plus importante ; le divorce sert à régulariser une situation de fait beaucoup plus générale que les cas exceptionnels officiellement constatés par les décisions judiciaires.

Mariages par mille habitants en Belgique

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