‹ Précis de sociologieChapitre 17 sur 49 · G.50 1871-80 7.18 1901-OG · texte numérisé non relu

G.50 1871-80 7.18 1901-OG

La période de 184G-50 ou du minimum de mariages fut la période de dépression économique la plus lourde, celle de 1901 06 ou du maximum de mariages fut une période de prospérité économique. Malgré tout, il y a une stabilité relative dans la proportion des mariages. L'instabilité se manifeste surtout dans l'évolution de la proportion des divorces par rapport aux mariages et par rapport à la population.

Divorces par rapport à la population

1830 1 divorce pour 1,019,000 habitants

La moj'^eime annuelle des divorces a été :

Nombre des divorces par rapport aux mariages

1830 1 divorce pour 6621 mariages » » 1175 "

On iDeut dire que le divorce se développe en tout état do cause aussi bien dans les périodes de prospérité que dans celles de crise économique. Néanmoins le divorce n'est pas indépendant de l'état économique ; la vérité est que celui-ci est également mal équilibré dans l'une et l'autre périodes ; la crise est en réalité permanente à tel point qu'on peut défier un économiste impartial de dire quelle est la période la plus désirable pour l'ensemble de la Société.

Quelles sont, en résumé, les lois tendancielles de l'évolution du système génésique ? Elles peuvent se ramener à la loi fondamentale que toutes les fonctions sociales sont équivalentes; il y a équivalence sociale des fonctions do l'homme et de la femme dans la société. La supériorité historique du premier découle de la structure militaire des sociétés, structure résultant elle-même principalement des inégalités intercollectives et accessoirement de certaines inégalités intracollcctivesorginaires ; c'est surtout sa supériorité militaire qui, dans ces conditions, a remis entre les mains du sexe mâle la direction de la société ; c'est elle qui a conformé le système génésique à la structure générale, en développant, suivant le môme plan, la puissance maritale et paternelle et en donnant pour base à cette dernière la puissance absolue non seulement sur les biens acquis en commun mais sur les biens propres de la femme et des enfants. L'évolution pacifique des sociétés, la réduction progressive do leurs inégalités surtout économiques, auront nécessairement pour conséquences l'équivalence

des deux sexes, l'affaiblissement du principe d'autorité maritale et dès lors aussi une moindre contrainte exercée vis-à-vis des enfants ; les parents n'ont en réalité que des devoirs matériels et moraux vis-à-vis de leurs enfants ; l'amour et le resi^cct de ceux-ci vis-à-vis de ceux là ne se commandent pas; ils n'en deviendront que plus forts.

La loi économique de la famille a toujours en réalité été communiste : à chacun suivant ses besoins ; à chacun selon ses forces. Cette loi n'a pas varié depuis le groupe primitif indivis où presque tout était en commun y compris les femmes et les enfants jusqu'à la petite famille moderne de plus en plus réduite, par évolution différenciée, à sa fonction spéciale. La communisme est resté et restera sans doute la loi du ménage.

La question du tien et dumien,en ce qui concerne les époux et leurs enfants n'est que l'aspect historique et accessoire de la lutte économique des classes, lutte, qui sous les formes les plus diverses, a toujours été accompagnée de la lutte des sexes.

Peut-être est-il possible que, dans l'avenir, la structure de la famille revête des formes moins étroites. H. Spencer souhaite une permanence plus grande des rapports familiaux entre ascendants et descendants. Peut-être aussi les conseils de famille joueront-ils un rôle plus grand par exemple en matière de séparation ; l'intervention de la collectivité en faveur de l'instruction, du bien être des enfants, pourra s'étendre comme déjà actuellement en vue de leur alimentation si la famille n'est pas à môme de les assurer d'une façon convenable et même d'une façon plus générale si les établissements d'instruction et d'éducation arrivent en fait à être le séjour le plus constant des enfants.

Toutes ces fonctions d'instruction et d'éducation peuvent être considérées comme n'étant pas essentiellement inhérentes à la fonction familiale môme ; historiquement les fonctions familiales ont varié sauf en un point ; une seule fonction est restée constante et s'est de plus en plus dégagée de toutes les autres au cours de l'évolution : la fonction géncsique elle-même, c'est à dire celle qui a pour objet la conservation et le développement de l'espèce humaine vivant en société, en un mot la fonction de reproduction.

Toutes les autres forces sociales concourent à cette fonction en se combinant avec elle ; au besoin elles assument l'office que la famille ne remplit plus, ou ne remplit pas encore.

Les liens de l'affection peuvent être certainement plus solides que ceux imposés par l'autorité, mais le principe d'autorité repose lui-même sur la constitution économique de la soc^iété, il est proportionnel aux inégalités économiques et autres ; des femmes et des enfants dépendant économiquement, en vertu des institutions et conditions économiques, du chef de la famille, lui obéiront lors même que cette obéissance ne serait pas formulée en termes de loi. C'est aussi le régime économique qui imprime au mariage contemporain son caractère mercantile ; ce caractère apparaît jusque dans les couches les plus modestes de la société où il existe, comme dans les plus élevées, une hiérarchie basée sur le plus ou moins de richesse économique et de dignité de la profession exercée. A mesure que les conditions et les formes des unions sexuelles deviendront moins inégalitaires et autoritaires, la sélection sexuelle se fera par des modes contractualistes basés sur des choix éclairés ; chaque individu deviendra plus conscient de sa responsabilité ; avant de procréer des enfants, il tiendra compte des tares qu'il a héritées de ses ancêtres, de celles qu'il a pu y ajoutei- lui-même et de sa propre responsabilité vis-à-vis des générations à venir. Le problème de la population ne consiste pas seulement dans la production d'une grande masse d'individus à apparences plus ou moins humaines, mais dans celle d'êtres doués dans la plus large mesure possible des caractères distinctifs de l'humanité. Dans de bonnes conditions sociales, l'indissolubilité du mariage, l'harmonie du couple androgyne, le respect des enfants vis-à-vis des parents s'imposeront d'eux-mêmes. Dans de telles conditions, l'importance et la grandeur de la fonction de la femme dans la société au point de vue de l'hérédité, de l'éducation, de la moralité, de la justice mutuelle et des relations pacifiques ne feront que se fortifier et l'inégalité actuelle des sexes se fondra dans leur équivalence, de même que celle des âges et des professions.

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