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VII. La Politique

Cette classification hiérarchique comprend tous les phénomènes sociaux observables. On a objecté à tort son caractère linéaire ; il est inévitable dans toute classification analytique d'éléments abstraits, et nous verrons, dans la suite de notre étude, comment le caractère linéaire disparaît relativement dans la Structure et dans la Vie d'ensemble des Sociétés, structure et vie d'ensemble qui ne peuvent être connues au sens scientifique qu'après l'analyse et la connaissance de leurs éléments constitutifs.

On a aussi signalé comme lacunes le langage et les phénomènes militaires. Or, le premier fait partie du mécanisme de la psychologie collective ; quant aux faits militaires ils ne sont que les formes violentes des actions et réactions ou interactions sociales quelconques.

Notre classification dr s sciences sociales comme celle des sciences antécédentes est à la fois naturelle, logique, historique et dogmatique. C'est la vie économique qui est à la base de toute la vie sociale, c'est elle qui détermine de la façon la plus générale et qui dégage spontanément la série successive des autres phénomènes sociaux par une filiation véritablement naturelle, par des différenciations de plus en plus spéciales et cet ordre est en même temps logique ; il est corrélatif au développement de nos connaissances : c'est dès lors celui auquel il faut aussi se conformer dans l'enseignement d'autant plus qu'il correspond à l'ordre historique de l'évolution des sciences et de la société elle-même.

Toute classification consiste à réunir dans un même groupe les phénomènes qui présentent des caractères communs et à les distinguer de ceux qui offrent des caractères en partie différents.

Les sciences en général n'ont pour objet que l'étude et la connaissance des phénomènes, de leurs propriétés, de leurs rapports. La cause première ou finale, la substance, l'en soi, l'absolu sont inaccessibles à notre intelligence ; de l'inconnaissable nous ne pouvons rien nier, ni affirmer, ni son existence, ni sa réalité même transfigurée. Si la r^Jigion et la Métaphysique aboutissent à l'inconnaissable, la science n'y aboutit jamais. Comment le pourrait-elle ? Nous ne connaissons pas même et nous ne connaîtrons jamais les limites du connaissable !

On entend ^av phénomènes tout ce qui tombe sous les sens, tout ce qui est de nature à affecter notre sensibilité d'une manière quelconque.

Par propriétés, il faut comprendre les modes d'activité ou forces suivant lesquels les corps en tant que phénomènes agissent les uns à l'égard de's autres et par rapport à nous. Il y a ainsi des forces ou propriétés mathématiques, mécaniques, astronomiques, physiques, chimiques, biologiques, psychiques et sociales ; le concept de force ou ^.'énergie est

une abstraction, comme celui de matière. En réalité, il n'y a pas de forces absolues, intrinsèques, pas plus qu'il n'y a de valeur intrinsèque ; toute propriété exprime toujours une relation de forces ; par exemple l'impénétrabilité de la matière, l'égalité de tous les rayons d'un cercle.

Nous pouvons ramener indifféremment tout le monde phénoménal, par abstraction, soit à la matière, soit à la force ; le plus sage et le pins simple est de tout ramener au mouvement lequel, calculable mathématiquement en intensité et en étendue, ne suppose que des relations entre phénomènes et leurs propriétés.

L'observation et l'expérience nous apprennent qu'entre certains phénomènes et d'autres phénomènes, semblables ou dissemblables, simultanés ou successifs, il y a des rapports qui tous peuvent se réduire à des différences ou à des ressemblances y compris les rapports de simultanéité ou do succession dans l'espace et le temps. Nos jugements, nos raisonnements, nos idées, notre imagination, nos sensations, l'irritabilité physiologique commune à l'homme ainsi qu'à tous les organismes, sont eux-mêmes le résultat indirect des rapports de notre organisme avec tout son milieu extérieur y compris son propre milieu social. Toutes nos connaissances sont dès lors relatives, y compris nos concepts les plus abstraits, l'espace et le temps.

Le temps lui-même est fonction de l'espace et celui-ci l'est du temps ; l'un peut se mesurer par l'autre. La distance entre deux localités se mesure par le temps normal du parcours ; de même le temps se mesure par l'espace parcouru par exemple par l'aiguille de l'horloge.

En dernière analyse nous ne connaissons rien que par le changement et le mouvement, en comprenant dans ce dernier le repos qui est lui aussi une forme de mouvement ; tout état de conscience suppose une mutation ; sans mouvement il n'y aurait ni connaissance ni science. C'est i^ourquoi les sciences mathématico-mécaniques sont de toutes les plus générales ; elles sont à la base de toutes les autres et l'idéal théorique serait d'y ramener toutes les sciences y compris les sciences sociales, mais cela ne dispenserait pas d'étudier toutes les sciences spéciales ; cela servirait surtout à la constitution de leur unité philosophique.

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Quand un phénomène se produit régulièrement en môme temps que d'autres phénomènes ou qu'il leur succède régulièrement, nous disons qu'il existe, entre ce phénomène observé et les autres phénomènes observés simultanément ou successivement, un rapport constant et nécessaire. Nous appelons causes d'un phénomène l'ensemble des conditions qui déterminent l'apparition de celui-ci considéré dès lors comme effet.

Parmi les causes, les unes sont plus générales que les autres et les unes peuvent être antérieures aux autres dans leur apparition. Par exemple, le bien-être économique d'une société est une cause générale de la diminution de sa mortalité ; la hausse des salaires sera une cause spéciale de cette diminution , ces deux espèces de causes sont évidemment antécédentes à l'effet puisqu'elles ne feront sortir leurs conséquences que postérieurement à leur propre apx3arîtion.

Cet accroissement du bien-être général et spécialement cette hausse des salaires pourront d'un autre côté être accompagnés d'une diminution simultanée des naissances illégitimes, tandis que la tendance à une progression de la natalité elle-même ne sera que consécutive.

La loi est le rapport constant et nécessaire qui existe entre un phénomène et les conditions où celui-se produit. Ainsi, en géométrie, l'égalité de tous les triangles qui ont un angle égal compris entre deux côtés égaux chacun à chacun est une loi, c'est un rapport constant et nécessaire ; le j)hénomène égalité des triangles se produit invariablement toutes les fois que les conditions d'égalité d'un angle et des deux côtés entre lesquels ce dernier est compris se trouvent réunies.

Dans les sciences sociales, il en est de même. J'ai donné plusieurs exemples de lois sociales dans mes Lois sociologiques, par exemple, au point de vue du transport, la loi de la réduction constante du i^oids mort relativement à l'effet utile qui est peut être une des lois les plus générales du progrès. De môme le rapport constant et nécessaire qui existe entre la proportion des naissances illégitimes relativement aux naissances en général eu égard aux salaires (Lois sociologiques, 4« éd., pp. 108, 109, 183 et 184).

On a observé de même le rapport constant et nécessaire entre la moralité, la criminalité et le taux des salaires.

les prix des denrées alimentaires, la profession plus ou moins dépendante exercée. De ce dernier cas, nous avons un exemple frappant dans l'infanticide.

Conditions sociales des infanticides en France de 1826 à 1880.

Le sexe. — Femmes : 93 p. c.

Femmes célibataires : 99 p. c. des femmes. Femmes illettrées : 72 p. c. des femmes. Ouvriers agricoles et domestiques de fermes : 50 p. c. » » Servantes en ville et à la campagne : 20 p. c. » » Femmes exerçant des professions qui assurent leur indépendance : 1 p. c. femmes.

Entre ces conditions et la production des infanticides il y a un rapport constant et nécessaire. C'est ce qu'a fort bien compris le jury puisque la proportion des acquittements et des circonstances atténuantes a été en moyenne pendant cette longue période de 99 pour cent poursuites, c'est-à-dire exactement égale à la proportion des femmes célibataires. De telle sorte que, d'après le jury, dans le phénomène infanticide qualifié de criminel, la part de responsabilité sociale directe serait de 99 p. c, tandis que la part admissible de responsabilité individuelle ne serait que de 1 p. c. La loi scientifique de l'infanticide pourrait donc se formuler mathématiquement comme suit :

Dépendance Aeqiiitt. et cire, attéu. 91) 99

Infanticide poursuites 100 100.

Les lois sont statiques ou dynamiques. Les exemples ci-dessus sont surtout statiques.

Comme exemples de lois surtout dynamiques on peut donner celles relatives au progrès dans le transport (Lois sociologiques, p.p. 100 et suiv.).

Autre exemple : la loi que plus, dans un phénomène considéré, les variations se multiplient moins ces variations deviennent excessives. Cette loi est du plus haut intérêt en ce qu'elle nous montre que tout se réduit à une transformation des mouvements sans déperdition absolue. J'en ai signalé un cas dans les variations du taux de l'escompte (Le Crédit commercial, p.p. 401 et suiv.) ; en voici un autre

relatif aux variations du prix du blé en Belgique et à la réduction progressive de l'écart entre le prix maximum et le prix minimum au fur et à mesure que le marché du blé est devenu mondial postérieurement à 1850.

Prix du blé en Belgique calculé par hectolitre (à raison de 78 k. par hectolitre).

Prix moyen

Maximum

Minimum

Ecart

de chaque période

Un exemple plus général sur lequel nous avons particulièrement insisté dans La Structure générale des Sociétés, est la loi de fusion progressive des sociétés par la multiplication de leurs différenciations.

On entend par loi de causalité que tout effet a une cause, c'est-à-dire des conditions qui en déterminent invariablement l'apparition ; ces causes nous son^^ souvent inconnues au moins en partie ; le i:)rogrès scientifique consiste à les découvrir et à les préciser de plus en plus.

La loi peut être abstraite ou concrète. Les lois de la physique générale sont abstraites ; celles de la Minéralogie, de la Géologie sont concrètes ; abstraites sont les lois de la Biologie, concrètes celles de la Botanique, de la Zoologie. En Sociologie, abstraite est la loi que la natalité est toujours en rapport avec l'état social spécialement économique ; concrète est la loi du rapport existant entre le taux des salaires et la natalité ; le salariat n'est en effet qu'une forme historique concrète.

La loi peut être aussi qualitative ou quantitative. Elle est purement qualitative par exemple quand nous énonçons que tpus les corps s'fittirent entre eux ; elje devient quantitative

quand nous ajoutons : en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de leurs distances. Dans ce dernier cas, le rapport est mesuré. La loi est scientifique au plus haut degré quand son énoncé est à la fois qualitatif et quantitatif. C'est surtout dans les sciences antécédentes à la Sociologie et principalement dans les premières constituées, qu'on est parvenu naturellement à dégager des lois à la fois qualitatives et quantitatives ; on y est déjà parvenu en physio-psycliologie mais beaucoup moins en Sociologie. Cela s'explique par le fait que les sciences sociales sont plus complexes ; mais déjà cependant on peut signaler commy lois à la fois qualitatives et quantitatives celles relatives au transport et par exemple également la célèbre loi de Grégory King qui a été de mieux en mieux précisée en ce qui concerne l'influence de la rareté sur les prix. Les lois quantitatives sont cependant relatives surtout à la sociologie concrète, comme lorsque, dans la loi du transport, nous formulons mathématiquement le rapport de l'effort à l'effet utile en tenant compte de la nature de la voie, du véhicule, etc.

Il ne faut pas confondre les lois avec les causes. La pesanteur et la gravitation sont des lois ; les causes sont les conditions mêmes qui accompagnent ou précèdent invariablejnent l'apparition du phénomène. Par exemple, le printemps, c'est-à-dire l'ensemble des conditions extérieures, soit antérieures soit simultanées, que nous nous embrassons sous cette dénomination, est la cause de la floraison du lilas ; mais le plant du lilas est pour quelque chose dans cette floraison ; la loi formulera le rapport entre les conditions ou causes dites printemps et l'effet qui est la floraison de l'arbuste.

La notion de causalité implique un ordre régulier de succession entre les conditions de production du phénomène et ce dernier considéré dès lors comme effet : il y a un enchaînement de causes et d'effets tel que toute cause est effet et tout effet cause. Il n'y a donc pas de cause première et finale ; toute cause est effet et tout effet cause.

La nécessité et la constance des lois sociologiques comme de toutes les lois scientifiques sont essentiellement relatives :

a) par le fait même qu'elles sont la généralisation de rapports entre les phénomènes observés ;

b) en ce que les conditions ou termes de ces rapports ne sont jamais ni absolument fixes, ni absolument variables.

Les conditions de production dites causes des phénomènes j)euvent être divisées en causes relativement constantes, relativement variables et relativement accidentelles. Ces distinctions s'appliquent aux causes des faits sociaux.

Peuvent être considérées comme conditions ou causes relativement constantes des phénomènes sociaux les facteurs astronomiques, géographiques, géologiques, botaniques, zoologiques et anthropologiques.

On peut considérer comme facteurs relativement variables, les conditions ou causes psychiques et la totalité des conditions ou causes sociales elles-mêmes en tant que constituant une partie même du milieu où le phénomène dit social se produit.

Par facteurs accidentels il faut entendre ceux dont l'ordre d'existence est insuffisamment déterminé : les guerres, les épidémies, les cataclysmes, les disettes, la production d'hommes de génie ou de monstruosités exceptionnelles quelconques, etc.

Les conditions ou causes accidentelles sont négligeables dans les sciences abstraites et dans la Sociologie abstraite. On a reconnu que leurs effets se neutralisent dans la mesure où les périodes que nous étudions sont plus étendues, en ce sens que ces effets sont comme dilués proportionnellement au nombre do nos observations. Quetelet donne comnte exemple la loi mathématique de sortie de 600 boules blanches mélangées avec 400 boules noires, c'est-à-dire versées au hasard dans une urne. La loi de sortie sera :: 3 : 2.

On peut prendre un exemple plus en rapport avec les phénomènes sociaux. Ainsi en Belgique il y a à peu près régulièrement 105 naissances féminines pour cent naissances masculines. La loi de sortie sera dès lors :: 1.05 : 1. Il en sera ainsi malgré les accidents qui peuvent par exemple se produire au cours de la grossesse et lors de l'accouchement. La Statistique démontre que les événements dits accidentels ne modifient guère les moyennes périodiques ni surtout les tendances exprimées par la succession de ces moyennes.

Cetce considération est applicable à la vie historique des sociétés : la transformation de l'empire romain dans le

régime du moyen-âge et dans le système féodal se serait effectuée môme sans les invasions des barbares, sauf certaines modalités accessoires. Dans cet exemple, les invasions peuvent être envisagées comme relativement accidentelles, bien qu'elles fussent elles mêmes déterminées par des causes beaucoup mieux connues par nous que par les contemporains de l'époque où elles se produisirent. C'est ce qu'a parfaitement démontré Fnstel de Coulanges.

Cependant, au sens absolu, il n'y a rien d'accidentel car il n'y a pas d'effet sans cause ; seulement les plus générales, les plus constantes sont les plus influentes. Nous appelons accidentels non seulement les faits anormaux, c'est-à-dire ceux dont nous ignorons les conditions et les lois, mais ceux dont la causation est trop spéciale et trop minime pour perturber d'une façon appréciable les effets dus aux causer plus régulières et plus générales.

Parmi les causes constantes, il y a lieu de comprendre les causes vaiiables elles-mêmes du moment que leurs variations se produisent d'une façon constamment régulière. Les causes variables en effet sont périodiques ou non. Leurs effets sont également d'autant plus limités qu'on les observe sur une plus longue période de temps, sur une plus grande étendue de l'espace et sur une plus grande masse d'individus.

Comme exemple de causes variables périodiques on peut citer les saisons ; chacune d'elles exerce constamment sur la mortalité une influence spéciale.

Moyennes mensuelles des décès en Belgique.

De 1S41 à l'JOO De 1841 à 18<.K) De 181)1 à 1900 Eu 11)05

Janvier 11,421 11,114 12,21)0 12,585

Mars 11,390 11,210 12,959 11,377

Février 10,425 10,209 11,504 11,112

Avril 10,215 10,134 10,622 10,239

Décembre 9,838 9,654 10,758 9,965

Mai 9,639 9,545 10,111 9,862

Août 8,696 8,553 9,412 9,654

Septembre 8,538 8,372 8,984 8,573

Juin 8,488 8,839 9,373 8,671

Juillet 8,456 8,371 8,882 8,656

Novembre 8,438 8,314 9,062 8,890

Octobre 8,424 8,257 9,260 8,759

Moyennes des décès par mois.

De i841 à 1900 De 18U à 1890 De 1891 à 1900 En 1905

Dans cet exemple, nous voyons que les saisons (ensemble de causes périodiques à la fois variables et constantes) agissent d'une façon régulière sur la mortalité ; celle-ci est toujours la plus élevée pendant la saison d'hiver et la plus faible en juin, juillet, novembre et octobre ; il se produit il est vrai, des variations soit annuelles soit décennales, mais ces variations accessoires peuvent être considérées comme attribuables à des causes spéciales.

Il y a donc entre les saisons et la mortalité un rapport constant et nécessaire, c'est une loi et ce rapport est un rapport de causalité.

Plus les observations sont étendues à do longues périodes, c'est-à-dire plus nos observations sont nombreuses, plus nous constatons que le nombre de celles qui correspondent à la loi exprimée par les moyennes se rapproche de ces dernières.

Les tableaux statistiques publiés dans mes Lois sociologiques relativement au rapport entre les salaires et les naissances illégitimes sont également des exemples de variations reliées entre elles par une relation de cause à effet ; ces variations sont constamment concomitantes.

On peut y ajouter cette autre constatation que les grandes agglomérations où l'existence est moins stable influent constamment sur la proportion des naissances illégitimes ; leur proportion au chiffre absolu des naissances y dépasse toujours même celle qui a été observée dans ses rapports avec les salaires des bouilleurs. C'est ce que nous montre le tableau suivant relatif à la proportion des naissances illégitimes, à diverses époques p. c. naissances dans les quatres principales villes de Belgique et les communes de l'agglomération

Bruxelloise:

Bruxelles

Comm. de l'agglom.

Liège

Anvers

Gand

Les causes sont plus ou moins générales, plus ou moins spéciales, La population do la Belgique s'est accrue constamment de 184C à 1900.

Accroissement de la population en Belgique.

Cet accroissement général tient évidemment à des causes générales constantes.

Toutefois nous observons des variations dans l'intensité de cet accroissement : le maximum s'est .produit pendant la la période de 18CG-187G, époque de grande prospérité ; voilà donc une cause relativement spéciale à laquelle nous i)ouvons relier le maximum d'accroissement.

Autre observation : de 1816 à 1900, seuls les arrondissements de Thielt et d'Ath ont perdu respectivement 1 et 2 p. c. de leur population et de 188J3 à ICOO la population a diminué dans quatre arrondissements : Pliilippeville, Virton, Ath et Marche. Ici donc ont agi, en sens inverse, des causes spéciales. Une de ces causes peut être l'émigration.

La i^rogrcssion générale de 1816 à 1900 a été de 54 p. c. mais elle a varié de 2 à 188 p. c. suivant les localités et les régions. Ces variations dépendent de causes spéciales. Le maximum a été atteint par exemple par Charleroi, grande agglomération industrielle.

Toutes les variations concomitantes ne sont pas cependant reliées entre elles par une relation de cause à effet ; elles dépendent souvent de causes étrangères qui peuvent leur être communes en tout ou en partie, ou bien de causes différentes dont les effets peuvent être les mêmes. Comme exemple on peut donner la natalité et la mortalité.

Naissances et décès par loo habitants en Belgique.

Décès

Naissances

Ecart en faveur des naissances

En général, la natalité la plus forte correspond aune plus grande mortalité ; la Belgique reproduit sous ce rapport le même phénomène que la plupart des pays notamment la Russie et la Hongrie, mais entre cette natalité et cette mortalité, malgré leurs variations concomitantes et concordantes, il n'y a pas de lien causal ; le rapport peut être considéré comme une loi, mais les causes en sont ailleurs.

En Belgique, par exemple pendant la crise de 184G-1848 par cent naissances, il y a eu en 1840, 90,2 décès ; en 1847, 101,7 décès ; en 1848, 89.9 décès.

De même nous avons vu dans Les lois sociologiques qu'il y a une plus forte mortalité des enfants illégitimes que des légitimes et même plus de morts-nés illégitimes que légitimes, (2'n« édit., pp. 115, 118, 183 et 184).

Les conditions ou causes constantes et les plus générales impriment aux sociétés humaines leur structure et leur évolution fondamentale.

Les conditions les plus générales et les plus constantes sont :

a) Le milieu astronomique, géographique, géologique, climatérique ;

b) le milieu organique (flore, faune) et psychique.

Ces conditions, les plus générales et les plus constantes à nous plus ou moins connues, ne sont pas cependaut absolument fixes et immuables, elles sont elles-mêmes variables ; seulement leurs variations sont très lentes relativement aux autres et en outre elles sont contenues dans des limites très étroites. Dès lors nous pouvons considérer ces conditions comme surtout constantes par rapport aux autres.

Une application importante de l'existence des causes, en sociologie, se rencontre notamment dans la structure géographique successive des diverses civilisations en rapport avec la latitude géographique.

Les régions semi-tropicales, humides et chaudes, par conséquent les régions semi-tropicales maritimes, ont été le le berceau probable de l'humanité primitive. Quant aux grandes sociétés connues antérieures à notre ère, y compris les deux grandes civilisations du Pérou et du Mexique de formation postérieure, elles sont toutes au nord de l'Equateur et toutes ont évolué de plus en plus vers le Nord et iKiis des zones semi-tripocales du nord et du sud de l'Equateur et

mêmes des zones tempérée vers le sud de l'Equateur. (Voir le tableau dans Structure générale des sociétés, t. 1, pp. 166-168).

Sous l'Equateur, c'est l'Afrique qui a la température moyenne la plus chaude, 29° à 50°, condition à peu près aussi défavorable à l'extension de la civilisation que le froid excessif ; ceci, avec le moindre déveloi^pement de ses côtes maritimes relativement à sa surface continentale, développement inférieur à celui de tous les autres continents et surtout de l'Europe, explique le retard de civilisation de la plus grande partie de ce continent, sauf dans C(>rtaines régions favorisées, du Nord et du ^Jidi et sauf en Egypte beaucoup plus favorisée encore, mais qui peut être considérée comme une dépendance Asiatique.

Les causes sociales les plus constantes et en même temps les plus générales de tous les phénomènes sociaux sont le milieu et l'espèce humaine. Nous les désignons sous les noms de territoire et de population ; territoire et population sont les données du phénomène social ; c'est pourquoi nous les désignons sous le titre de facteurs sociaux. Tout phénomène social résulte de la combinaison de ces deux facteurs que les sciences antécédentes aux sciences sorciales étudient isolément en faisant abstraction de leurs combinaisons spéciales dites sociales.

Les facteurs constitutifs des sociétés, territoire et population, étant comme. nous venons de le voir, relativement les plus constants et les plus généraux dont l'influence s'exerce sur les phénomènes sociaux, on comprend dès maintenant l'importance et la réalité de cette grande loi sociologique que nous exposerons plus tard, celle d'après laquelle tous les faits sociaux étant étroitement limités dans leurs variations par la fixité relativement constante de leurs facteurs constitutifs sont en réalité universellement homogènes et représentés par des structures et des fonctionnements homogènes, malgré toutes les variations accessoires que l'histoire des sociétés particulières nous révèle. Bibliographie :

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