NOTION, PROBLÈMES, ÉTENDUE DE LA SOCIOLOGIE
Il n'y en a point! Ensuite, du point de vue du succès atteint, on reconnaît pour la meilleure politique la politique qui a conduit à ce succès. Néanmoins, si l'on v est arrivé, ce n'est point par des pensées, par des raisons, mais par une supério!'il<' de puissance; cette supériorité est donc finalement la meilleure politique, dans l'état actuel des choses.
La sociologie, forcément, donnera un autre cours à la politique : à la politique considérée, bien entendu, comme faisant partie de la science et non comme une pratique.
C'est que la fonction de la sociolof^ie est d'extraire de Fobservation du j)rocessus social les lois sociales, par conséquent aussi les lois du développement de la vie politique. Ces lois, — bien reconnues, d'abord, — ne peuvent manquer de se vérifier dans la marche actuelle et à venir de tout développement politique; elles doivent régir le développement politique actuel et tout développement futur, comme elles ont régi le développement passé, ainsi qu'on l'a constaté sans qu'il y ait doute possible. Or, c'est précisément là ce qui fera succéder aux vagues combinaisons de la politicaillerie les calculs froidement établis sur des connaissances sociologiques positives et par suite la prévision de f avenir.
Ces derniers mots provoquent sans doute un sourire d'incrédulité. Gela se conçoit. Les promesses de ce genre ont si souvent été du verbiage, sinon même de la charlatanerie, que l'on n'a plus l'habitude de prendre au sérieux les hommes qui viennent encore parler de semblable politique scientiliqae, calculant l'avenir. Auguste Comte n'a-t-il pas déjà parlé d'une» politique positive », laquelle « au lieu de juger et d'améliorer » est appelée à créer « un ordre de conceptions scientifiques qui n'a jamais été ébauché, ni môme entrevu, par aucun philosophe »? Et cependant que d'erreurs Comte lui-même ne nous donne-t*i] pas sur le développement de la situation politique de ces derniers temps ? Combien peu il a reconnu la vérité en politique! Et Tliomas Buckle! Avec toutes ses prétentions à reconnaître détiniti\ cment les « lois de l'histoire », il a fini par prophétiser la cessation des guerres et une paix étemelle, universelle. Quel a été le sort de ces prophéties ?
142 BAS£S ET NOTIOr>iS FONDAMENTALES.
A ces objections, à ces doutes parfaitement justifiés, nous ferons une brève réponse. — Comte et Buckle et de
plus quelques autres fi^ands penseurs ont avec raison affirmé la possibilito d'une science sociale et soupçonné avec une quasi-certitudtî Texistence de lois sociales. Néanmoins les sociologistes, jusqu'à présent, ne sont pas allés au delà de ces suppositions, ils ne sont pas parvenus aux véritables bases de cette science ; à plus forte raison ne sont~ils pas arrivés à reconnaître les lois sociales. Bien plus I ils ne sont pas arrivés à trouver le point où commence la voie qui mène k ces bases. Le point de départ, c'est le polyginéîisme. Quant & !a \ oie à suivre, c'est Tobservation et letude des relations naturelles entre les groupes humains liétérogènes. Nous avons déjà pris ce chemin dans La Lutte des races. Nous ne l'abandonnerons pas ici.
Science de la société humaine et des lois sociales, la sociologie est apparemment la base de toutes les sciences qui traitent des diverses parties de la société humaine, des diverses branches de l'activité sociale, enfin des diverses manifestations de la vie sociale. Ces sciences qui rentrent dans le rayon de la science f/rnéraic de la société, comme les espèces dans le rayon de la notion de genre, sont: lu science des hommes considérés comme individus, ou anthropologie, la science qui décrit, caractérise et compare les divers peuples et tribus humaines existants, ou ethnographie, la science qui s'occupe des communautés sociales établies par domination organisée, ou science politique, — les sciences des diverses institutions sociales appehîes à satisfaire les besoins psychiques sociaux (les hommes, telles que les sciences du langage, de la religion, du droit, de l'art, etc., — entin les sciences des institutions provoquées par les besoins matériels de rhomme, considéré comme unité sociale : économie de la nation, etc. Toutes ces sciences se sont développées longtemps avant la science sociale dans laquelle elles sont appelées à enfoncer leurs racines et sur laquelle elles prendront leur appui : rien de surprenant : cela correspond à la marche normale de l'esprit humain avançant dans ses recherches.
De même, sur le domaine des sciences naturelles dans le