NOTION, PROBLÈMES, ETENDUE DE LA SOCIOLOGIE
sens étroit du mot, la botanique, la zoologie et la minéralogie 86 sont développées ayant la géologie, la géognosie et la paléontologie, bien que ces dernières sciences soient la base des premières. De même enfin la médecine est antérieure à la physiologie, bien qu'aujourd'hui celle-là soit basée sur celle-ci.
Ce phénomèue s'explique très simplement. Les choses, institutions et relations que nous rencontrons sous forme concrête sont les premières que nous observions et étudiions. A l'égard de la façon dont elles ont pris naissancei nous nous contentons de l'hypothèse la plus commode ou de l'explication la plus simple. Prenons un exemple. On vit sous des lois qui constituent un droit» On étudie l'essence de ce phénomène, on l'explique et on l'interprète, on le compare avec d'autres droits, en en constitue Thistoii-e, etc. Au sujet de son commencement et de son origine, une explication nous suffit : le législateur nous Ta donné un beau matin. Il en est dé même pour la religion : en ce qui la concerne, l'explica- ' tion provisoire de l'origine est celle-ci : c'est une chose révélée par Dieu au prophète ou fondateur de la religion.
Or il ne peut manquer d'arriver qu'au furet à mesure des progrès do la réflexion et de l'iavestigation les diverses sciences se mettent à contrôler les opinions admises sur l'origine de leurs ohjels respectifs et trouvent des résultats contredisant les explications dont on s'était contenté provisoirement. C'est ainsi que la science du droit a découvert au droit une origine historique : 1' « esprit populaire ». C'est ainsi que la science des religions est arrivée à ce concept : fa religion est une émanation d'un besoin de l'âme humaine. Et ainai de suite.
Une conséquence ultérieure do l'examen de plus en plus approfondi de ces diverses sciences sociales a été qu'elles se sont rencontrées peu à peu sur un terrain commun où se trouvaient déjà, rapprochés les uns des autres, les germes * de toutes ces formes psychiques sociales : ce terrain commun, auquel on ne donna pas immédiatement la désignation • commune, c'est ia science sociale.
En effet, lorsqu'en partant de chacune de ces sciences on
eut découvert que leurs objets respectifs, c'esl-à-dirc les formes psychiques sociales du droit, de la religion, du langage, de l'art, de la philosophie, se rencontrent chez tous les peuples, avec plus ou moins d'étendue, dans un état imparfait ou parfait, selon le degré de développement du
j)ouple ou de la tribu consitlértîs, on fut forcé d'ubserver ces diiïérenceschez ces divers peuples et de comparer ces formes psychiques sociales de même ordre chez les uns et chez les autres.
C'est ainsi que Ton arriva d'ahord à étudier comparativement le droit, la religion, le langage... et, par cette étude, à explorer ce terrain commun duquel paraissaient jaillir les sources des diverses sciences.
On le nomma dabord liisloire de la civilisation, ethnographie, etlmologie (Bastian'i ; on l'appelle maintenant science sociale, et c'est le meilleur nom qui lui convienne, car c'est celte science... qui, tout uniquement en s appliquant k reconnaître Fcssence des sociétés humaines, décou^TO la véritable origine de toutes ces formes psychiques sociales déjà devenues antérieurement autant d'objets de sciences spéciales.
Nous devons donc voir dans la sociologie la base philosophique de toutes ces sciences qui se révèlent sciences sociales. C'est donc à la sociologie qu'il incombera do démontrer, d une part, comment toutes ces sciences se réunissent sur leur terrain commun et, d'autre part, quels rapports existent entre chacune d'elles et lui.
Substrata des lois sociales.