MA.RIAGE Â LA SLITE DE KAPT
Ainsi, on passa partout de la gynêeoeratie à VandroeraHe :
c'est un fait. Comment cela eut-il lieu? Quels facteurs naturels amenèrent ce bouleversement de la constitution sociale primitive? Cette question n'a pas été soulevée, à notre connaissance, jusqu'à présent. Cependant les recherches préhistoriques, non moins que les recherches ethnologiques et anthropologiques, nous révèlent un fait qui explique suffisamment cette révolution et qui même la montre comme étant une conséquence nêeessaire. Ce fait, c'est le mariage à la suite à' enlèvement^ si on le considère sous le seul jour sous lequel il faille le considérer, c'est à dire comme une union exogame : une union avec une femme étrangère.
La coutume du rapt des femmes^ aussi hien dans les temps primitifs que chez les peuples contemporains restés à l'état naturel» est un fait qui a été souvent décrit et établi par les ethnographes et les ethnologistes. Cependant on a trop négligé une circonstance qui est le pivot de celle coutume, qui fait partie de son essence proprement dite : c'est que ce rapt a toujours pour objet les femmes d'une horde étrangère^ d'une tribu étrangère.
Ce caractère du rapt des femmes nous i^paralt avec une irrésistible clarté, lorsque nous nous représentons Tétat d'une horde sous la domination primitive des femmes. Pareil rapt, évidemment, ne pouvait avoir lieu à t intérieur de la horde où les femmes possédaient la suprématie, où existaient la famille maternelle et le droit maternel; il ne pouvait donc s'exercer qu'à l'extérieur, sur les femmes des hordes étrangères^ et la constitution gynécocratique incitait à le pratiquer.
Sous l'empire de la constitution gynécocratique, la femme
184 âLtiMBNTS SOCUUX ET LBURS COMBINAISONS.
enlevée à une horde étrangère était d'autant plus appréciée par le ravisseur que celui-ci pouvait revendiquer pour elle uue position exceptionnelle vis-à-\is des femmes de sa propre horde et conserver cette conquête exclusivement pour lui, à litre de propriété individuelle. Tandis que les femmes indigènes étaient communes à tous les membres de la horde et que leur position prédominante était consacrée par la coutume, la femme enlevée n'appartenait qu'à un seul et, loin d'avoir des privilèges, était obligée de servir son maître, d'accepter un rôle d'esclave. La femme étrangère devait donc être considérée, avec le bétail et les aliments, comme le butin le plus précieux que pussent procurer les expéditions de pillage et les guerres, choses si naturelles entre hordes de souche différente ; c'est là, du reste, une manière de voir qui aujourd'hui existe encore chez beaucoup de peuples.
Tant d'avantages ne pouvaient manquer de pousser au rapt des femmes. Les traditions que nous rencontrons partout au début des temps fiistoriques témoignent de Tuniversalité de celte coutume. L'enlèvement d'Hélène par un prince de l'Asie mineure n'inaugure- 1- il pas l'histoire grecque et l'enlèvement des Sabines n'est-il pas le début de l'histoire romaine? Hérodote, le père de l'histoire d'Europe, ne commence-tril pas son ouvrage en nous narrant un enlèvement réciproque de femmes entre les Grecs et les Asiatiques?
Le fait du rapt des femmes entraîna de la façon la plus simple le développement de rinsiitutioji du mariage à la suite de rapty institution qui se répandit sur toutes les parties du monde, ainsi qu'en témoignent les vestiges (pii se sont conservés presque partout jusqu'aujourd'hui (1).
Ce genre de mariage devint le levier de 1' <c émancipation »> des hommes; c'est avec son aide que fut renversée la gynécocratie. Les femmes indigènes ne purent conserver leurs privilèges en présence de la concurrence étrangère, car le charme de ce qui était nouveau et exotique assurait
(1) Poaf, Ideo eiiato, p. S4 et suivantes. Daroph, UutUrrtdit und Baubeh^ Droit maternel et nuuiiage par mpQ, p. 78 et soivaiites.