Uéalisation de ces idées
Le processus en vertu duquel les « idées » exercent leur
force effective en faveur des faibles et des opprimés ne se déroule cependant pas d une façon aussi simple; car, premièrement, il ne sufdl pas de faire appel à ces idées pour que les boulevards juridiques des puissants s abattent comme les murailles de Jéricho, — et, secondement, les classes sans possessions et sans puissance ne sont pas les premières à brandir ces armes intellectuelles. Pour que les masses s'en approprient le maniement, un petit détour est nécessaire, et ceci prouve à nouveau que l'égoïsme des diverses classes ne profile qu'au développement social. Au début, ces idées générales de droit ne sont invoquées que par les classes possédantes, luttant entre elles pour plus ou moins de puissance et d autorité. La classe possédante moyenne, la bourgeoisie, est la première qui s'appuie sur la logique du droit, invoque les droits généraux de l'homme, réalité et la liberté, et qui se donne Fapparence de ne pas combattre pour elle, mais pour le peuple tout entier. Elle remporte la victoire, non sans 1 appui des masses qu'elle a flattées et aux yeux desquelles elle a fait miroiter, comme des buts à atteindre, la liberté et Tégalité.
ËD appuyant sur le droit son pouvoir et son autorité, elle s'est mise dans la situation où se trouvait autrefois la classe qui, étant alors seule à dominer, étayait déjà sur le droit sa puissance et sa domination.
Elle a bien obtenu un avantage momentané, mais, en môme temps qu'elle arrivait à avoir une égale part de puissance et d'autorité, elle se passait autour du cou le lacet de la logique juridique et subissait la fascination qu'exercent les idées.
LA LUTTB POUR L*ÉHANCIPATION. 267
Quant aux classes inférieures, en prenant part à la lutte
elles ont été à bonne école ; du reste, elles ont gagné d'être un peu moins foulées. De plus, quelques lueurs ont surgi k leur horizon.
A la vérité, les conditions matérielles, l'inexorabilité de l'ordre politique qui est basé sur la possession des biens matériels et pour lequel la classe moyenne intervient maintenant de toutes ses forées, tout cela ne permet guère aux masses de commencer la lutte sociale en n'ayant d'autre appui que des idf^es. En outre, la fausseté et l'incousistance de ces idées apparaissent chaque jour davantage.
Malçrré tout, il n'est pas si facile de les renier, de les expulser du monde social. Elles sont de puissantes auxiliaires, ces idées, dans la lutte pour Témancipation du quatrième état, — car, en dépit do beaucoup d'exagérations, elles sont des conséquences de ces principes de droit que les gouvernants ont su mettre en œuvre pour eux, que la classe moyenne a su exploiter pour elle, et que, peu de temps auparavant, elle proclamait comme étant et devant être désormais appliqués à tous.
EUles ont donc, à ce titre, une puissance qui fanatise les masses, et la lutte pour l'émancipation réussit; les « idées » d'égalité et de liberté se réalisent; le droit de la horde primitive tente ainsi de s'acclimater dans une masse qui comprend de trop nombreuses sociétés pour être sociable.