‹ Précis de sociologieChapitre 71 sur 124 · FORMATIOK DBS IDÉES OB DROIT · texte numérisé non relu

FORMATIOK DBS IDÉES OB DROIT

Si la lutte sociale ne peut être soutenue, comme nous Favons dit plus haut, qu'à l'aide de texercice du droit de léffisUuion^ quels moyens emploient donc les classes et les cercles sociaux qui ne possèdent pas ce droit dans l'État et qui ne peuvent légiférer? Ces classes seraient-elles condamnées à une perpétuelle passivité? Elles ne le sont point. Elles aussi entreprennent la lutte, et elles combattent avec succès. Il y a une expression qui rend parfaitement le caractère de la lutte de ces classes contre les classes qui exercent l'autorité ou qui y participent : c'est celle de iuUe pour l'émancipation.

Gomment est^il possible de soutenir une lutte sociale sans participer à l'autorité et sans posséder aucune puissance politique? Ceci exige une explication détaillée.

11 existe bien une phrase tout faite, renfermant une profonde vérité et donnant la solution de cette énigme apparente : ces classes ont pour elles la puissayice des idées. Mais c'est précisément cette phrase qui a besoin d'être expliquée, pour ne pas être soupçonnée d'être aussi vaine que sonore.

Quelles sont ces idées et où puisent-elles leur force sociale?

Nous avons vu que les classes en possession du pouvoir ne se contentèrent pas de ce pouvoir et de leur prépondérance.

La nécessité d'établir un ordre politique les poussait à transformer leur pouvoir en un droit. Ce n'est point sur la force qu'elles voulaient fonder leur autorité, mais sur le droit. La

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chose fut bien simple. Elles dirent : Que le droit soit! El le droit fut. Après coup, les complications survinrent. La médaille avait im revers. Le revers inévitable de tout droit, c'est le devoir. Le droit, quelque vaste qu'on le fasse, n'a jamais pu être l'arbitraire. Il faut qu'il ait une limite. C'est à cette limite que commence le devoir. Là aussi commence le droit des autres. Les autres étaient les gens asservis^ les sans-droits.

C'est ainsi qu'avec le droit des gouvernants se produisit toujours le droit des gouvernés; le germe existait, il devait forcément se développer.

liais cela n'était pas assez ! Le droit a toujours produit qiuelque chose de plus dangereux. L'esprit hunudn va au fond de toute chose; de toute chose il veut connaître la cause, le principe; des phénomènes il veut voir autre chose que Fécorce : — il veut en tirer l'essence; dans ce qui est muable, il veul trouver l'immuable. Or réterncl dans les phases muables du droit, c'est Vidée du droit. Que le droit à une certaine limite eût impliqué le devoir, cela ne suffisait point; tandis que le droit se développait, ïidée du droit se produisait.

Si le devoir était, pour ainsi dire, la conséquence du droit.. . dans l'espace, l'idée du droit en était la conséquence dans le temps. Si l'on voulait s'appuyer sur le droit, on ne pou-

vait échapper à ces conséquences. Celles-ci sont les éternels moyens de lutte des classes assujetties, des classes sans pouvoir; c'est avec les armes forgées par les détenteurs de l'autorité que l'on attaque et que l'on renverse cette autorité. C'est là l'accomplissement d'un processus naturel, au moyen duquel l'égoisme de c^ux qui dominent prépare l'avènement de ceux qui sont asservis.

Les idées de droit ne pourraient être appliquées comme facteurs de puissance, si elles étaient de simples créations du cerveau sans aucune puissance sur l'homme ; elles ne sont point cela, et la raison en est qu^ati bout d'un grand nombre d'années l'homme, à force d'avoir subi la domîjxation du droite s'est habitué à cette domination et l'accepte ; la longue pratique des formes juridiques, l'éducation dans unevier^léepar

des droits, les idées de droit inoculées, tout cela laisse en dépôt dans l'esprit humain tidêê de droit, qui dès lors lui

devient immanente, comme innée, et ijui finit par le dominer.

C'est grâce à cette condition préalable et à elle seulement que les idées de droit acquièrent leur puissance sociale et se transforment en armes pour les déshérités.

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