‹ Précis de sociologieChapitre 74 sur 124 · I. — GoKmiioNS DE l'accroissement · texte numérisé non relu

I. — GoKmiioNS DE l'accroissement

Semper Augustus^ toujours au^menlateur de l'empire : ce titre honorifique des empereurs romains et des empereurs allemands était bien caractéristique. Il reflète une reconnaissaoce naïve et instinctive de la nature de TÉtat, car la tendance la plus naturelle de tout État (tendance qae Ton se représente comme transmise à son chef) est la tendance à )*augmentatton constante, incessante, de la puissance de cet Etat; c'est donc implicitemcut la tendance à l'agrandissement du domaine de l'État.

Cette tendance est héréditaire, elle a été léguée à l'État par la horde primitive. C'est la tendance la plus naturelle à toute communauté sociale, la tendance que la horde errante manîfaste en subjuguant les étrangers et en les emmenant avec elle (si cela est possible) comme esdaves et comme valets. Dès que Ton est établi à demeure et que rÉtat est fondé, elle ne peut plus prendre que deux sortes de formes : excursions, soit de pillage, soit de conquêtes, à la suite desquelles tantôt on impose contrihu tiens et tributs, tantôt on annexe un territoire étranger. Celte dernière forme» étant la réalisation la plus efficace de cette tendance^ est aussi la plus fréquente des formes sous lesquelles se manifestent Tagrandissement et le développementdee États. Elle est générale dans lliistoire. La plupart des grands États 'que nous connaissons n'ont pas pratiqué d'autre manière de s'agrandir. Les États, naturellement, continuent à agir selon cette tendance aussi longtemps qu'ils le peuvent ;

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aussi longtemps que leur force intérieure et les circonstances le permettent. Mais il doit y avoir, de nature, une certaiue limite pour laquelle la force int^ieure cesse, ou pour laquelle les circonstances, l'ambiance ne permettent

plus d'agrandissement, car sans cela toute la terre habitée devrait déjà être un seul État, ce qui n'a jamais eu lieu et ce qui, pour beaucoup de raisons, ne pourra jamais arriver.

La première condition pour que i'iiltat établi à demeure réalise cette tendance naturelle vers l'extérieur esl qu'à rintérieur règne une stabilité relative et que Tautorité soit sûre du lendemain. Tant que la domination n'est pas solidement organisée, tant qu'entre les gouvernants et les gouvernés n'exi'jlent ni liens solides constitués par des intérêts et une sympathie réciproques, ni intérêt commun porté à l'État, les gouvernants ne peuvent songer à agrandir cet État extérieurement, à entreprendre des campagnes de conquête, à augmenter leur territoire. S'ils sont assez légers pour se risquer dans des entreprises extérieures, amm que Vœu&re intérieure soit achevée^ ils risquent de voir leur domination dans l'État s*écrouler. L'histoire nous a transmis un grand nombre d'exemples de ce genre.

Un Etat ne peut donc espérer réussir à augmenter extérieurement sa puissance et son territoire que quand, par une organisation sage et puissante de l'autorité ou par un certain nombre d'iniérèls communs, il est parvenu à souder ses éléments hétérogènes assez solidement pour que ceux-ci, du moins vers l'extérieur, aient la nature homogène d'un élément social et se mettent à agir comme une unité sociale.

De là résulte une loi sociale s'appliquant toujours et partout : c'est que la faculté d action dtm État vers f extérieur augmente au fur et à tnesure que se déroule le processus d unification de ses éléments sociaux. Toutefois, chaque nouvelle conquête, chaque nouvelle annexion d'un territoire étranger ^porte dans l'essence de l'État un nouvel élément hétérogène qui entrave l'action vers l'extérieur, tant que l'élément en question n'a pas été assimilé. Certes, dans certains cas, de légers frottements intérieurs ccbsenl des que

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Ton prépare une action vers rextéricur, promcUant de grands avantages à tous les partis. Mais, en général, on ne pourra entreprendre et effectuer beureasement de nùhveUes conquêtes et annexions de territoire que dans la mesure selon laquelle les nations précédemment annexées se seront fondues avec TÉtal en une unité sociale. Cest en vertu de ces lois sociales que les hommes d'État... de tous les temps

et (le toutes les zones du irlobe... consiilèrent les discordes intestines dans les États voisins comme propres à les garantir des attaques de ces derniers.

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