MOTENS, ALLIANCES
Un État qui s^est consolidé intérieurement... ne tend plus qu'à appliquer son pouvoir à l'extérieur. Cette tendance
est tellement nécessaire par nature, tellement puissante et tellement universelle qu'aucun État ne peut lui échapper, quels que soient les sentiments et le caractère de son chaf accidentel.
Seul, le mode de réalisation dépend des circonstances et des choses extérieures; mais la réalisation elle-même est si nécessaire et si inévitable que, quand les circonstances sont défavorables, l'État cherche toujours et trouve toujours de
nouveaux moyens de contourner ou de surmonter les obstacles s'opposant à ses actions extérieures.
Ln Étal puissant, consolidé intérieurement, se bornera simplement à continuer sa politique de conquêtes et d'annexions, jusqu'aux limites du possible, tant qu'il se trouvera au milieu d'États plus faibles. C'est ainsi que Rome agit autrefois en Italie ; c'est ainsi que la Russie opère vers l'Est, où elle confine à des États plus faibles et à des peuplades à peine organisées.
Mais, lorsqu'auiour d'un État se sont formés d'autres Étals, dont chacun en particulier l égale en puissance, de telle sorte qu'il ne puisse penser à subjuguer aucun d'entre eux, alors le premier s'efforcera inévitablement de créer de son côté une prépondérance en s'alliant soit avec un seul Etat, de même force que lui, soit avec plusieurs plus faibles, après
S6t âLÉMBNTS SOCIAUX ET LBORS COMBINAISONS.
quoi il se jettera sur la proie qu'il convoite. 11 n'y a pas de morale personnelle qui s oppose à ces manières d'agir; les hommes même les meilleurs sont, dans des circonstances données, obligés aux actions adéquates. La politique ne €onna!t aucun scrupule de sentiments et d'opinions individuelles, de même que, selon le moi de l'empereur d'Autriche, François P' : « l'État n'a pas de fille. » ^
Les situations politiques ont une force de contrainte; en elles règne la loi naturelle et non point la volonté des individus qui paraissent exécuter (* librement » les actions adéquates. Un État faible se trouve-t-il au milieu ou à la périphérie de plusieurs États puissants, — s'il ne s'est pas fortifié par des alliances, les États plus puissants que lui ne manqueront jamais de se liguer entre eux pour le morceler et se le partager.
Ce sont là simplement des événements naturels, résultant de la coopération de forces aveugles. Les personnes qui en pâtissent les appellent des « crimes ». On pourrait également appeler crime un tremblement de terre qui fait périr des ' milliers d'hommes. La seule différence est que, pour Tévénement politique, nous croyons voir ies véhicules du fait et que, pour le tremblement de terre, nous ne les apercevons pas.