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Nous disions que la vie sociale produit les pensées et les opinions. Nous sommes à même de préciser un peu cette assertion. Cesi la position économique... qui détermine immédiatement les actions de l'individu, qui le force de vivre d'une certaine manière et qui éveille en lui les idées, les opinions connexes avec cette manière de vivre.
Nous avons vu que, malgré la variété considérable des différenciations secondaires, il y a, dans toutes les organisations politiques mûres, trois grands cercles sociaux qui se distinguent par leur position économique : la classe gouvernante on dirigeante, la classe moyenne, composée des marchands et des artisans, et la classe agricole. Dans chacun de ces cercles, on est élevé dNine Is^n à part, on se façonne à certaines opinions, h certaines mœurs, à certaines coutumes juridiques, à certains règlements; on a roccasion..., on est presque dans la nécessité d'exercer une certaine profession,.,, tant et si bien que l'intér^^t personnel vous contraint à entrer à votre tour dans les chemins déjà frayés par la collectivité.
On s'habitue donc, quand on fait partie de la classe des maîtres, à dominer et à commander, à se faire préparer par d'antres gens, selon l'usage traditionnel, le comfort de sa
vie ; on en arrive tout naturellement à avoir une haute idée de sa personnalité et à tenir celle des autres en médiocre estime, — d'oii l'assurance de la démarche et mille traits de caractère particuliers aux aristocrates de tous les temps,
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quels que soient leur pays, leur nationalité, leur religion, leur race et quelles que soient les différences individuelles.
A l'opposile de celle classe dominante, la classe des paysans et des esclaves, dans tous les pays et chez tous les peuples, nourrit une rancune profonde, transmise de générations en générations, contenue par la conscience de l'inférioiité intellectuelle et de la faiblesse économique, mais éclatant à Toccasion avec toute la sauvagerie que des hordes barbares montreraient dans leurs vengeances.
Qui no connaît, au moins par oui-dire, la grande méfiance que le paysan de tous les pays conserve toute sa vie à l'égard de son seigneur et que ne peuvent déraciner ni les essais de persuasion, ni la, bonté, ni les prévenances? Dans une sombre résignation, le paysan ferme son cercle social aux elasses supérieures, lesquelles de leur c6té ne lui ouvrent pas leurs cercles. Il écoute les consolations religieuses, mais c'est par habitude ; elles n'éveillent pas xtae pensée en lui. C'est aux seigneurs qu'il impute toute la misère de sa vie; mais l'accoutumance personnelle et l'accoutumance héréditaire, avec des sentiments de respect... également de double nature, lui font supporter son lourd fardeau. Tout cela cependant ne suffirait pas à maintenir l'ordre politique, s'il n'était protégé par le bras puissant de l'État.
Prenez l'enfant de la classe moyenne : on l'élève dans la tradition professionnelle. Le commerpe et l'industrie, avec les bénéfices qu'ils procurent : voilà son idéal. Il a sous les yenx... de nombreux exemples de richesses acquises. Faire fortune, pensée que le paysan ne connaît pas et qui séduit rarement le seigneur, c'est le grand but qui exerce son attraction sur les personnes de la classe moyenne. Elles ont constaté de bonne heure que le travail, l'habileté et l'entregent conduisent à ce but; toutes leurs pensées prennent cette direction.
Le paysan, lui, attaché k la glèbe parla force des choses
ne peut que rarement songer à quitter la profession héréditaire ; pareille pensée, en général, serait trop audacieuse pour lui, confiné dans sa position par l'ordre légal et la hiérarchie politique. Comment l'idée de se révolter germe-