‹ Précis de sociologieChapitre 88 sur 124 · Subdivisions dks groupes typiques · texte numérisé non relu

Subdivisions dks groupes typiques

Seigneur, citadin et paysan : tels seraient les trois types d*individus, si CÈtai ainsi constitué étaU désarmais invariable, si les éléments de cette stratification primitive de la société

ne devaient pas se différencier, comme nous le savons, et multiplier les types d'individus en compliquant l'ensemble.

Il est impossible d'épuiser scientifiquement ce sujet, car représenter ce qui est typique, c'est faire appel à [art; ici le sociologiste doit céder la prééminence à l'artiste, au peintre des situations sociales.

Nous nous bornerons à donner encore quelques indications.

La classe gouvernante, en confiant ses diverses fonctions à des organes différents, au fur et à mesure des progrès de la civilisation, au fur et à mesure de l'agrandissement de l'État, arrive à se diviser en fonctionnaires civils, en militaires et en grands propriétaires fonciers.

Chacun de ces trois petits cercles a ses intérêts particuliers, et la profession spéciale détermine la manière de vivre ainsi que la manière de voir.

Cette subdivision de la classe dirigeante îm|)lique des différences dans la manière de participer à l'autorité de

l*État. Qaelles dissemblances entre le générai^ qui reste « soldat » et qui met son honneur (de soldat) à exécuter, même contre sa propre conviction, les ordres de son souverain, — le ministre, qui met son honneur (politique) à envoyer sa démission à propos d'un incident désagréable ou d'un désaccord avec le monarque, — et enlin le « grand seigneur », qui accepte bien de son souverain une invitation à la chasse mais refuse très poliment un portefeuille de ministre pour ne pas diminuer sa liberté 1

Quelles divergences entre les opinions de ces hommes sur les devoirs et les principes de la vie 1 Et ces divergences, si accusées, se sont produites dans une même classe, par spécialisation de la fonction sociale!

De m«*'me dans la classe moyenne. Combien les sentiments et le tour des pensées ditlèrent chez l'artisan, chez le marchand, chez larmateur! Parmi les marchands eiix-m^mes, le genre ^esprit se différencie dans le commerce de détail, dans le commerce d'exportation et dans le commerce qui joue à la Bourse. H importe de noter que les manières d'être différentes auxquelles nous faisons allusion ne sont pas individnriles, mais sociales et fatales.

Quelles dissemblances doivent s'établir entre le caractère et les sentiments chez l'enfant du petit artisan, qui s'accoutume au travail ininterrompu dans la famille, aux petits gains et à la monotonie de la vie dans le métier familial, et chez l'enfant du boursier... vivant dans un milieu oi!i l'on passe brusquement de la richesse à la misère, où l'on est sans cesse surexcité par les variations de la cote, où les gains dépendent d'événements qui se passent dans le monde entier !

Et les hommes de la classe moyenne : médecins, avocats, juges, professeurs, fonctionnaires, techniciens, ingénieurs! Quelles nombreuses différenciations ! Chaque profession savante crée en quelque sorte son esprit. De chaque cercle émane une atmosphère morale de principes, de pensées, d'opinions, dans laquelle on vit, dans laquelle les enfiints naissent et sont élevés.

Comme je l'ai dit, — en présence de rinûnie variété des

L'INFLUEiNUb; DE LA POSITION ÉCONOMIQUE SUR L'INDIVIDU. 289

types qui s'accumulent ici| la science dépose la plume. C'est à l'art quil appartient de représenter ces types. Tout ce qvLe nous voulions indiquer, c'est que les pensées et les aspirations, les sentiments et les tendances de rhomme se produisent non pas en lui, mais dans son cercle social, — que l'individu n'est pas libre de les accepter ou de les refuser en décidant, en se déterminant par lui-même^ mais qu'ils s'imposent à lui sans qu'il s'en aperçoive.

Néanmoins, s'il est impossible à la sociologie d'épuiser l'infinie variété des types qu'dle conçoit comîne produits par les cercles sociaux avec lesquels ont coopéré les agents et les influences les plus divers, il lui incombe de signaler queli]ues faits essentiels dans ce processus d engendrement de l individu par le groupe,

Page 1