‹ Précis de technique histologique et embryologiqueChapitre 64 sur 133 · M E T II 0 D E S GE N E R A L E S · texte numérisé non relu

M E T II 0 D E S GE N E R A L E S

cubes de la solution de bleu. On met les lames de gélatine dans l’eau distillée pendant une demi-heure ou une heure. Au bout de ce temps on retire la gélatine qui s'est fortement gonflée et on la porte dans un vase de verre cylindrique maintenu dans un bain-marie par un flotteur de liège (fîg. 64). La gélatine fond dans l’eau qu’elle a absorbée. Le bleu de Prusse

est alors versé dans un autre vase placé dans le même bain, lequel ne doit pas dépasser la température de 40u. Lorsque le bleu a atteint la même température que la gélatine, on le verse doucement dans cette dernière en remuant constamment avec un agitateur de verre. 11 se fait un précipité qui disparaît d'ailleurs en partie. On filtre alors la masse sur une ilanelle mouillée d’eau à la température du bain, et on reçoit le produit de la filtration dans un vase pareil aux autres et maintenu comme eux dans le bain-marie. La masse est alors prête à être employée.

2° Masse au carmin. — Cette masse est bien plus difficile à réussir que la précédente, nous en donnons le mode de préparation d’après la deuxième édition de la Technique de Ranvier, car il ne suffit pas d'avoir à sa disposition la seule masse au bleu, il peut être utile de posséder aussi celle au carmin, si l’on veut par exemple injecter les vaisseaux sanguins et les lymphatiques d’un même organe, à l'aide de deux masses de couleur différente.

On met un peu de carmin dans un flacon à large ouverture, et on l’humecte d'eau distillée jusqu’à ce qu'il fasse une boue épaisse. Le lendemain on ajoute de l’ammoniaque en quantité suffisante pour dissoudre le carmin. On place alors de la gélatine dans l’eau distillée, puis onia fait fondre au bain-marie, et l’on ajoute une quantité de la solution ammoniacale de carmin

Fig. 04.

Verre pour fondre les masses à la gélatine.

INJECTIONS

suffisante pour donner une coloration très forte. 11 se fait ainsi une masse fortement ammoniacale, et si on l'injectait Lelle quelle, le carmin diffuserait hors des vaisseaux et irait colorer les tissus, ce qui nuirait à la netteté de la préparation. Pour éviter cette diffusion il faut neutraliser l’excès de l’ammoniaque par l’acide acétique. Pour cela on fait un mélange de deux parties d’eau distillée et d'une partie d’acide acétique cristallisable, que l'on verse goutte à goutte dans la masse en remuant constamment. Il faut bien se garder de pousser la neutralisation jusqu’au bout, parce que le carmin précipiterait et donnerait une masse granuleuse et opaque inutilisable . Pour éviter cet inconvénient il importe de prendre les plus grandes précautions au moment où l’opération touche à sa fin, et de n’ajouter alors que très lentement l'acide, en cherchant de temps à autre soit par l’odorat, soit à l’aide de papier de tournesol sensibilisé s'il se dégage encore de l'ammoniaque. On cesse d'ajouter de l'acide avant que l'ammoniaque soit entièrement dégagée, d'ailleurs il n’y a pas d'inconvénient à ce qu'il en reste un peu dans la masse, si la proportion de gélatine est très forte (Ranvier), parce qu’alors la masse est très colloïde et ne diffuse pas. La masse est filtrée sur de la flanelle comme il été indiqué plus haut, et est prête à être injectée. Cette masse au carmin ne fond qu’à une température plus élevée que celle au bleu de Prusse.

3° Manière de faire l’injection. — Les masses à la gélatine n'étant liquides qu’à une température donnée doivent être employées à chaud, et injectées dans des organes ayant au moins la température de leur point de fusion. Il faut donc réchauffer dans l’eau jusqu'à la température voulue les animaux ou les organes à injecter, ou bien, surtout si l’on se sert de la masse au bleu qui est liquide à une température peu élevée, 25° environ, on peut l’injecter directement dans un animal à sang chaud qui vient d’être sacrifié et qui n'est pas encore refroidi. On fait des injections totales ou des injections partielles. Les injections totales ne peuvent être employées que sur des animaux de petite taille, tels que le rat, le cobaye, le lapin.

MÉTHODES GÉNÉRALES

Pour faire une injection totale on prépare d’abord la masse en quantité suffisante. Il faut environ 250 à 300 centimètres cubes pour injecter un lapin entier (Ranvier), il va sans dire que fou préparera une quantité de masse un peu plus considérable, et l’on choisira une seringue de capacité convenable pour permettre de faire l’injection en une seule fois, sans être obligé de recharger la seringue et de la remettre en place. On aura soin aussi de chauffer dans l’eau la seringue avant de la remplir de l'injection pour éviter le refroidissement et la prise de cette dernière.

Tout étant prêt, on fixe l’animal sur une planchette, on l'anesthésie au chloroforme, on découvre une de ses carotides, on l’isole bien et l’on passe sous elle un ou deux fils, en prévision des ligatures, puis on l’ouvre d’un coup de ciseau sans la couper entièrement. L’animal est saigné, et l’on place dans le bout central de l’artère une canule sur laquelle on lie l’artère à l’aide du fil préalablement placé. Après avoir lié le vaisseau sur la canule on ramène les deux bouts de fil le long de cette dernière et on les lie de nouveau sur sa gorge. De cette faron elle est bien fixée et l'artère ne peut glisser. La canule a été préalablement chauffée et remplie de masse à injection. On l’unit à la seringue à l’aide d’un ajutage en caoutchouc également rempli de la masse à injection, et l’on a grand soin d’éviter l'interposition de toute bulle d’air sur le trajet de l’injection, car l’air arrivé dans les vaisseaux constituerait un obstacle très grave à la marche de cette dernière. On pousse alors doucement sur le piston de la seringue en évitant les à-coups et en s’arrêtant si l'on sent une trop grande résistance. L’injection pénètre, comme le montre la coloration que prennent les muqueuses visibles, puis elle revient par les veines et bientôt on la voit couler par la veine jugulaire qui a été ouverte. On pose alors une ligature sur ce vaisseau. On maintient la pression pendant quelques secondes, puis on lie la carotide en dessus et en dessous de la canule et l’injection est achevée. On met l’animal à refroidir à l’air extérieur en hiver et l’été dans un endroit frais.

Les injections partielles sont limitées à un organe ou à un

PHOTOGRAPHIE DES PRÉPARATIONS MICROSCOPIQUES 200

membre. On pousse alors l’injection par l’artère principale, et lorsqu’elle ressort par les veines on lie celles-ci en continuant de pousser l’injection doucement, pour bien remplir le réseau vasculaire.

Traitement des pièces injectées. — Lorsque la masse à injection est solidifiée dans les vaisseaux, par suite du refroi- * dissement, on ouvre l’animal de façon à mettre ses viscères à nu, et on le plonge dans un liquide fixateur qui varie suivant que l'on a choisi la masse au bleu ou la masse au carmin. Dans ce dernier cas on emploiera l’alcool à 90°, si au contraire on } s’est servi de la masse au bleu on fixera les organes par le liquide de Millier. On laisse les pièces dans ces liquides jusqu’à ce qu’elles aient atteint une dureté suffisante, ce qui est facile, car il n'est pas besoin de faire des coupes très minces, il vaut mieux avoir des coupes un peu épaisses, dans lesquelles on peut suivre les différentes inflexions des vaisseaux.

Les sections déshydratées et éclaircies par l'essence de girofle sont montées dans le baume. Elles fournissent d’admirables objets d'étude : les vaisseaux seuls sont colorés, le fond est incolore si l'on s'est servi d’alcool, ou à peine teinté en brun clair ou en jaune si l’on a employé le liquide de Millier.

Les coupes ainsi préparées ne laissant voir que le mode de distribution des vaisseaux, si l'on veut étudier leurs rapports avec les autres éléments histologiques, on fera des coupes très minces que l'on colorera parle carmin aluné ou par l’hématéine et l'éosine et que l’on montera ensuite au baume.

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