CHAPITRE PREMIER
TISSU CONJONCTIF
Le tissu conjonctif est un tissu très répandu dans l'organisme et parfaitement caractérisé. Il est constitué par des cellules plates ou étoilées anastomosées entre elles, et par des
libres.
TECHNIQUE APPLIQUEE
Il comprend lin certain nombre de variétés qui présentent d'ailleurs toujours les caractères fondamentaux du type, c’està-dire des cellules et des fibres, mais les rapports réciproques de ces éléments diffèrent dans chaque variété. Ces variétés se laissent grouper eu deux types : celui du tissu conjonctif lâche, et celui du tissu conjonctif modelé (Ranvier).
Le tissu conjonctif lâche joue un rôle très important dans l’économie. Ses cellules et ses libres, entremêlées sans aucun ordre, laissent entre elles des lacunes très étroites, presque virtuelles à l'état normal, et dans lesquelles le plasma épanché hors des vaisseaux sanguins circule avant d’être repris par les lymphatiques. Ces lacunes constituent donc une partie des voies que suivent les substances nutritives, et beaucoup d'éléments anatomiques ne reçoivent ces dernières que par leur intermédiaire. De la le nom de tissu connectif de la nutrition qui lui a été donné. De plus, comme il est répandu partout, sauf dans les épithéliums de revêtement où il ne pénètre jamais, et qu’il ne constitue pas des masses de forme déterminée, mais se moule sur la forme des espaces qui lui sont réservés, on peut aussi l’appeler, avec Ranvier, tissu conjonctif diffus, ou avec les Allemands « informe ».
Dans le tissu conjonctif modelé, dont les tendons et les aponévroses nous offrent deux types parfaits, les cellules et les libres sont rigoureusement ordonnées entre elles, d'une manière fixe pour chaque variété. De plus, ce tissu constitue en général des organes d une forme bien déterminée, tels qu un tendon, un ligament, une aponévrose, d’où le nom de tissu conjonctif « formé » que lui ont donné les Allemands et celui de tissu conjonctif modelé en organes que lui a donné Ranvier.
Nous étudierons le tissu conjonctif lâche, le tissu adipeux, le tissu muqueux, le tissu membraneux (membranes de Ranvier), le tissu réticulé, le tissu tendineux et enfin le tissu aponévrotique qui constituent un nombre suffisant d’exemples des diverses formes que peut revêtir le tissu conjonctif. Enfin nous indiquerons les préparations que comporte la recherche de certaines cellules du tissu conjontif (cellules pigmentaires, etc.)
TISSU CONJONCTIF
ou qui n'appartenant pas en réalité à ce tissu s'y trouvent habituellement (clasmatocytes).
§ 1. — Tissu conjonctif l.yche
Il y a plusieurs procédés pour étudier ce tissu; ce sont : 1° le procédé de la boule d'œdème (Ranvier); 2° le procédé des lames minces (Renaut); 3° le procédé des coupes.
lu Procédé de la boule d’œdème. — Ce procédé imaginé par Ranvier est fondé sur les considérations suivantes : lorsque par piqûre à l'aide d’une seringue de Pravaz on injecte un liquide dans du tissu conjonctif lâche, le liquide distend le tissu et y forme une boule plus ou moins volumineuse (boule d’œdème). La formation de celle boule est due à ce que le tissu conjonctif lâche est conslilué par un feutrage d'éléments qui laissent entre eux des espaces d'habitude à peu près virtuels, mais qui sont susceptibles d’être distendus par l'injection. Cette dernière, en écartant les éléments du feutrage, en refoule à la
périphérie un certain nombre qui s'unissent en une trame plus serrée et forment ainsi une sorte de paroi limitant la boule d’œdème. L’intérieur de celle-ci est cloisonné par une infinité de filaments tendus et entre-croisés dans tous les sens, entre lesquels se trouve le liquide injecté. Le tout a l'aspect et la consistance d’une petite masse gélatineuse.
La production artificielle d'une boule d’œdème reproduit en l’exagérant un peu un phénomène pathologique, l'œdème consécutif aux troubles circulatoires. On sait que ce dernier, s'il est de courte durée, n'apporte aucune modification notable dans la structure du tissu connectif ; on peut donc penser que l’œdème artificiel, pourvu qu’il soit produit avec ménagement, respectera aussi cette structure, et si le liquide injecté est un fixateur, il fixera les éléments du tissu d'une manière d’autant plus parfaite qu’il les aborde à la fois sur toute leur surface, en circulant dans les espaces circonscrits par eux et qui servent d’habitude de chemin à la lymphe. En réalité, en distendant un peu ces espaces, il écarte les éléments les uns
TECHNIQUE APPLIQUÉE
des autres sans changer au fond leurs rapports et rend ainsi les préparations plus faciles à étudier. Il agit comme un dissociateur, et le procédé de la boule d’œdème est le véritable procédé de dissociation du tissu connectif : c’est le mode de dissociation le plus parfait qui existe parce que c’est celui qui conserve le mieux les rapports des parties.
On peut employer pour faire la boule d’œdème une série de liquides divers, nous n’en citerons que quelques-uns en indiquant les détails de leur mode d’emploi.
a. Boule d'œdème au nitrate d'argent à 1 p. 1000. — Sur un animal (chien, lapin) qui vient d’être tué, on enlève la peau et le tissu cellulaire sous-cutané dans une région dépourvue de graisse, le pli de l’aine, par exemple, puis, avec une seringue de Pravaz chargée de la solution de nitrate d’argent à 1 p. 1000 dans l’eau distillée, on pique le tissu cellulaire. L'aiguille doit être tenue horizontalement, de façon à ne pas traverser le derme mais à rester dans le tissu sous-cutané, on peut du reste faciliter l’opération en faisant bomber la surface interne de la peau à l’aide d’un doigt placé au-dessous d’elle. On pousse doucement l’injection, de manière à former une boule plus ou moins volumineuse qui fait saillie sur la face profonde du derme.
La solution de nitrate d’argent à i p. 1000 agit comme fixateur, mais n’imprègne pas les éléments en noir. Au bout d’une ou deux minutes son action fixatrice est achevée. Avec des ciseaux courbes très fins (fig. 23) on enlève alors une calotte sur la boule d’œdème. Cette calotte, comprenant la paroi de la boule formée d’éléments très serrés les uns contre les autres, doit être rejetée parce qu elle donnerait une préparation trop épaisse, mais immédiatement après l’avoir enlevée, on coupe au-dessous d’elle une mince tranche de la boule d’œdème que l’on porte rapidement sur une lame tenue prêle. Sans perdre un instant on met sur elle quelques gouttes de picrocarmin et on recouvre le tout d’une lamelle que l’on fixe par quatre gouttes de paraffine placées sur ses angles. Il importe d’aller vite, et voici pourquoi : la tranche de laboule d’œdème est formée par les éléments du tissu et par une certaine quantité
TT S SU CONJONCTIF
du liquide injecté interposé entre eux. Les éléments connectifs, grâce à leur élasticité propre reviennent bien vite sur euxmêmes, chassent le liquide qui les écarte les uns des autres, et se réunissent en un amas compact dans lequel il est difficile de les distinguer nettement. Mais dès que la lamelle est placée sur le fragment excisé, elle le comprime par son propre poids, s’oppose à la rétractilité des parties et maintient tout en place.
La préparation ainsi faite est portée pendant quelques heures ou même une journée au besoin sous la chambre humide. Au bout de ce temps, on met sur le bord de la lamelle une goutte de glycérine qui pénètre lentement la préparation et se substitue au picro-carmin. En plaçant sur le bord opposé de la lamelle quelques carrés de papier filtre, on active la circulation de la glycérine sous le couvre-objet, et après que l’on a fait passer ainsi sous ce dernier une certaine quantité de glycérine, la préparation parfaitement lavée et d'une coloration très nette est prête pour l'observation.
Les préparations de cette nature sont forcément d’épaisseur inégale et ne sont pas bonnes dans toute leur étendue, mais on trouve le plus souvent sur chacune d’elles des points assez minces pour être examinés avec fruit.
On rend les préparations permanentes en les lutant à la paraffine et à la cire.
h. Boule d' œdème à l'acide osmique à 1 p. 100. — Commeliquide d’injection on peut employer avec avantage l’acide osmique en solution à 1 p. 100. On procède comme il a été dit dans le cas précédent. Au bout de quelques minutes on résèque des fragments de boule que l’on monte comme il a été dit dans le picro-carmin, et que l'on abandonne dans la chambre humide pendant vingt-quatre heures pour assurer leur coloration. On met ensuite de la glycérine et on lute.
c. Boule d'œdème au picro-carmin'. — Par l’acide picrique qu'il renferme le picro-carmin est un fixateur peu énergique sans doute, mais suffisant dans un cas où, comme ici, il est porté directement au contact des éléments eux-mêmes. Aussi on l'a employé avec succès à la production de boules
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T ECU X I q lT E A I» P L I Q U E E
d’œdème. On procède exactement comme dans les cas précédents. La boule d’œdème qui est alors rouge peut être excisée au bout de quelques minutes, les fragments recouverts de picro-carmin sont traités comme il est dit ci-dessus. Il peut être bon d’attendre un peu plus que dans les cas précédents avant d'exciser la boule d'œdème faite au picrocarmin, mais à la longue le liquide exsude à travers le tissu et la boule s'affaisse. On peut alors regonfler la boule par une nouvelle injection de picro-carmin.
On voit parfois partir de la boule d’œdème des traînées rougeâtres qui s'étendent plus ou moins loin : ce sont des lymphatiques qui ont été injectés. Nous reviendrons plus loin sur ce fait.
2° Résultats donnés par la boule d'œdème. — Sur les
points suffisamment minces des préparations, on voit les éléments du tissu plus ou moins écartés les uns des autres, et l’on peut ainsi distinguer les cellules, les fibres connectives, les ti lires élastiques, qui se présentent chacune avec les caractères suivants :
a. Cellules. — Il y a deux sortes de cellules : les cellules lixes ou cellules connectives proprement dites et les cellules migratrices ou globules blancs.
Les cellules fixes sont des cellules minces et plates, présentant l’aspect de plaques irrégulières, lorsqu'elles sont vues de face, ou d'une ligne à peine renflée en son centre lorsqu’elles se présentent de profil. Elles sont pourvues d’un noyau ovale, coloré en rouge par le picro-carmin et placé au milieu d'un protoplasma finement granuleux coloré en jaune-orangé par le même réactif. Le corps cellulaire vu de face est très irrégulier, à bords déchiquetés, souvent muni de prolongements ou de pointes assez développés. Lorsque les injections ont été faites sans ménagement ou avec des fixateurs insuffisants, le protoplasma est ramassé autour des noyaux et les cellules perdent absolument leur forme normale.
La plupart des cellules fixes sont libres dans le milieu con-
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servateur dans lequel elles flottent et les mouvements imprimés à la lamelle les déplacent. D’autres sont accolées aux libres connectives dont elles suivent exactement le contour en les embrassant étroitement. Enfin un certain nombre, accolées ou non aux faisceaux connectifs, sont reliées entre
Tissu connectif (boule d'œdème au nitrate d’argent; picro-carminate).
/c, fibres élastiques. — fcn , faisceaux connectifs. — c, cellule conjonctive.
Stiassnie, ocul. 2, objcct. 8.
elles par des prolongements anastomotiques plus ou moins nombreux et plus ou moins étendus. Celles-ci représentent l’état ordinaire des cellules dans le tissu. Les cellules isolées ont été mises en liberté par la rupture de leurs anastomoses, sous l’influence de l’injection qui a distendu brusquement les espaces connectifs. C’est pour éviter les dislocations qu’il importe de faire la boule d’œdème avec ménagement, et de ne pas pousser l’injection au delà de toute mesure.
Les leucocytes se distinguent des cellules fixes par leur (aille moindre et par leur noyau arrondi oumultilobé. Ils se colorent
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comme les cellules fixes, le noyau en rouge, le protoplasma en jaune-orangé.
b. Fibres connectives [faisceaux connectifs). — Les fibres sont de taille très variable : les unes, très fines, ont une épaisseur à peine mesurable, tandis que les autres, très volumineuses, forment des faisceaux cylindriques épais. Elles se croisent dans tous les sens comme les fils d’une trame, sans s’anastomoser. Dans les points où elles sont tendues, elles sont droites, mais le plus souvent elles sont régulièrement onduleuses, comme certaines mèches de cheveux. Elles présentent une légère striation longitudinale à peine marquée. Le picro-carmin les colore en rose vif.
Tels sont les caractères de ces fibres que l’on peut étudier sur les préparations faites après la boule d’œdème; nous indiquerons plus loin quelques méthodes qui donnent des renseignements plus circonstanciés sur leur structure.
c. Fibres élastiques. — Ce sont des fibres très fines et très réfringentes qui parcourent la préparation dans tous les sens, et qui s’anastomosent fréquemment entre elles en formant des réseaux à mailles très larges. Elles sont colorées en jaune vif par l’acide picrique du picro-carmin et cette coloration permet facilement de les reconnaître. Dans le tissu connectif lâche elles ne sont jamais très épaisses, et il faut les rechercher parmi les fibres les plus fines que présente la préparation. Elles sont soit continues, tendues et droites, soit rompues, et dans ce cas elles sont fortement contournées en S, leurs bouts libres sont enroulés sur eux -mêmes en crosse ou en spirale. (Pour les autres réactions voy.plus loin.)
3° Procédé des lames minces. — Chez les jeunes animaux, le tissu conjonctif lâche se laisse aisément cliver en lames assez minces pour permettre d’étudier convenablement ses éléments constituants. On incise la peau d’un lapin sur la ligne médiane de l’abdomen ; on l’écarte doucement et l’on voit de minces lames connectives se tendre entre elle et l’aponévrose des muscles abdominaux. On trouve aisément des lames assez étendues pour permettre de glisser en des-