DANS LE TISSU CONJONCTIF
Nous décrirons ici les procédés spéciaux pour l'étude de certaines cellules particulières du tissu conjonctif (cellules pigmentaires^ ou de cellules qui, sans être des cellules con jonctives vraies, se trouvent dans ce tissu (cellules plasmatiques, clasmatocytes).
1° Cellules pigmentaires. — Les cellules pigmentaires peuvent être étudiées sans préparation aucune; si on les examine dans des membranes minces et transparentes, le pigment qui les imprègne dessine suffisamment leur forme. On peut en faire des préparations permanentes que Ton étudiera avec fruit sur les exemples suivants :
a. Cellules pigmentaires de la choroïde de l'homme.
— On lixe un œil humain entier dans la liqueur de Millier. Au bout de quelques jours on l’ouvre dans l’eau, la rétine se sépare aisément par simple agitation dans le liquide. On excise alors des lambeaux de la choroïde pris en arrière des procès ciliaires. On les lave soigneusement a 1 eau distillée et on les clive en lames aussi minces que possible que l'on déshydrate et que l’on monte au baume sans aucune coloration préalable, le pigment étant par lui-même le meilleur colorant. Le noyau de ces cellules forme une aire arrondie absolument transparente ef dépourvue de pigment.
Fig. 73.
Cellules pigmentaires de la choroïde de l’homme (photographie).
Les cellules pigmentaires se présentent dans la préparation avec toutes les formes que peuvent revêtir les cellules fixes du tissu connectif, c’est-à-dire la forme étoilée, à corps peu développé muni de nombreux prolongements filiformes, ou bien la forme aplatie membraneuse avec des prolongements lamellaires. Enlin les cellules plates de cette dernière catégorie peuvent se rapprocher les unes des autres jusqu’à se toucher et à former par places un véritable endothélium continu, comme Ranvier l’avait indiqué pour le tissu conjonctif en général. Dans ce cas le pigment manque au niveau du contact des cellules qui est indiqué par un mince trait incolore. Le corps des cellules présente en outre des traits incolores très tins entre-croisés dans différents sens, qui selon Ranvier résultent des empreintes faites sur les cellules parles Unes fibrilles du tissu.
h. Cellules pigmentaires de la queue des batraciens , ou c/iromoblastes , — On les observera aisément chez le triton dans les préparations faites comme il est dit page 231 (fixation au liquide de Kleinenberg, coloration au carmin boracique, montage au baume). Elles se présentent comme des corps noirs ou bruns, à prolongements filiformes lins, très longs et très touffus. Dans les cas où le pigment n'est pas trop abondant autour du noyau, on peut voir ce dernier faiblement coloré en rouge par le carmin.
C'est là la forme étalée des cellules pigmentaires. On peut les trouver rétractées et revenues sur elles-mêmes. Lorsqu’on fixe une larve vivante de triton par le liquide de Flemming, la plupart des chromoblastes sont ainsi rétractés. On colore alors au bleu polychrome, on monte au baume, les prolongements des cellules pigmentaires sont revenus sur eux-mêmes, et sont beaucoup plus larges.
2° Clasmatocytes. — Les clasmatocytes découverts par Ranvier sont des globules blancs fixés dans le tissu conjonctif où ils prennent un aspect spécial en même temps qu'ils s'adaptent à une fonction nouvelle. On les étudiera de préférence dans le mésentère des batraciens. La salamandre terrestre fournit
TISSU UONJONCTI F
Fig. 74.
Mésentère de la salamandre (fixation au liquide de Flemming, coloration au bleu polychrome).
ml, muscles lisses. — cl, clasmatocyte. — n, noyaux. Stiassnic, ocul. 1, object. t.
pour cela des préparations rnagnitiques. A son défaut le triton donnera aussi de bons résultats. Le mode de préparation est le même quel que soit l’animal choisi.
L’animal tué étant placé sur le dos et fixé sur une lame de liège, on ouvre le ventre et on tire au dehors une anse intes-
viS*
tinale en ayant soin de ne pas blesser le mésentère. A l’aide d'épingles plantées à travers l’intestin on étale le mésentère aussi régulièrement que possible. On plonge le tout dans du liquide de Flemming. Au bout de vingt-quatre heures le mésentère est détaché de ses insertions vertébrales et intestinales, il forme une lame rigide non rétractile, facile à manipuler. Ou
TECHNIQUE APPLIQUEE
Je lave longuement à l'eau, on le colore au bleu polychrome et on le monte au baume.
Les clasmatocytes se montrent sous la Forme de très grandes
cellules étoilées (fig. 74), présentant un noyau bleu et un corps protoplasmique violacé, d’où partent des prolongements très longs, colorés de la même manière, irréguliers, monili Formes, et dont les extrémités sont formées par une série de p , grains discontinus, indiquant un émiette-
ment en poussière de la substance des cellules (clasmatose, Ranvier).
Le mésentère du triton, comme celui ». de la salamandre, possède des libres mus-
culaires lisses colorées en vert par le réactif.
ne
Fi. t
iD.
3° Cellules plasmatiques. — Ce sont aussi des leucocytes fixés au sein du tissu conjonctif, mais de taille beaucoup plus petite que les clasmatocytes, et ne présentant pas de phénomènes de clasmatose.
On les rencontre dans le derme des muqueuses. Un fragment de la muqueuse linguale, par exemple, est fixé par le liquide de Flemming et inclus à la paraffine. Les préparations sont colorées au bleu polychrome. Les cellules plasmatiques se reconnaissent à leur couleur violacée semblable à celle des clasmatocytes. Elles sont un peu plus grandes que les cellules conjonctives, elles sont arrondies ou présentent des angles légèrement étirés, leur noyau est ovale, il se colore vivement en bleu.
Les cellules plasmatiques se rencontrent en grand nombre dans les muqueuses ayant subi une légère irritation chronique. On peut donc les rechercher avec avantage dans de telles
Clasmatocyte île la ligure précédente en vraies couleurs.
n , nojau. — />, prolongement entier. — pc , prolongement coupé .
Stiassnie, ocul. 2, objccl. 5.
TISSU CONJONCTIF
muqueuses, à condition de pouvoir recueillir et fixer ces dernières peu de temps après la mort.
§ 6. — Tissu réticulé
C'est une forme particulière du tissu connectif qui forme la charpente des ganglions lymphatiques. On le prépare de deux manières : par la méthode du pinceau, ou par injection de 1 i qui de pi cro-osm i o- argen I i que .
1° Méthode du pinceau. — Cette méthode a été employée depuis longtemps. Ranvier recommande de l’appliquer ainsi : Un ganglion de chien est placé pendant vingt-quatre heures dans de l’nlcool au tiers, de là il est porté dans une solution sirupeuse de gomme arabique où il séjourne vingt-quatre heures, puis dans l’alcool à 90°. Au bout d’un jour il est suffisamment dur pour que l’on y puisse faire des coupes minces. Celles-ci sont recueillies dans l’alcool ; les meilleures sont choisies, puis portées avec précaution dans un cristallisoir de verre bas, rempli d’eau. Les coupes surnagent d’abord; lorsqu'elles s'enfoncent, on applique doucement Tune d’entre elles sur le fond du cristallisoir à l’aide d’un pinceau en touchant délicatement toute sa surface de manière à la faire bien adhérer au verre. Lorsque l’adhérence est établie on passe doucement le pinceau sur la coupe qui devient de plus en plus claire, d’opaque qu’elle était. On la recueille sur une lame, on colore aupicro-carmin et on monte à la glycérine.
Les travées du réticulum se montrent plus ou moins débarrassées des cellules lymphatiques qui encombrent leurs intervalles à l’état ordinaire. Suivant que l’action du pinceau a été poussée plus ou moins loin, on peut voir la surface - de ces travées absolument nue ou bien pourvue de noyaux ovales aplatis placés sur elle.
2° Injection interstitielle de liquide picro-osmio-argen-
tique. — Par ce procédé on peut obtenir des coupes, qui sans avoirbesoin d’être traitées au pinceau montrent très suffi-