LYMPHE
La lymphe est le liquide nourricier dans lequel baignent tous les éléments anatomiques; son importance deviendra manifeste si l’on se souvient que Ludwig évalue son poids au quart du poids total du corps. Comme le sang, la lymphe est un tissu
LYMPH F,
dont la substance fondamentale est représentée par le plasma liquide et les éléments cellulaires par les globules blancs.
L'étude de la lymphe se fait surtout à l'état vivant. On se préoccupe peu d’en faire des préparations permanentes, car on retrouve ses globules dans le sang et dans certains organes où il est plus facile de les étudier.
1° Etude de la lymphe vivante de la grenouille. — On se
procure de la lymphe chez cet animal en la puisant avec une pipette de verre effilée dans le sac sous-cutané dorsal. Tenant la grenouille verticalement par les pattes de derrière enveloppées dans un linge sec pour empêcher l'animal de glisser, on pince la peau dans la partie supérieure du dos (en arrière des yeux), puis on fait une très petite incision par laquelle on introduit la pipette que l’on conduit dans la partie déclive du sac dorsal, où s’est amassée la lymphe. D’habitude cette dernière monte par capillarité dans la pipette. Si elle ne le fait pas, on aspire légèrement et on en obtient ainsi quelques gouttes que l'on porte sur une lame bien propre. On recouvre d'une lamelle qu'on lute à la paraffine. 11 est bon de laisser quelques bulles d’air.
Si l’on désire poursuivre l’examen de la préparation pendant plus de vingt-quatre heures il sera prudent de stériliser avant de s’en servir la lame, la lamelle et la pipette pour éviter le développement des bactéries.
On observe avec un grossissement fort, et l’on voit des corps de forme variée mais le plus souvent sphériques, un peu plus réfringents que le milieu dans lequel ils sont plongés, très finement granuleux et pâles. Le noyau n’est pas visible. Ce sont les cellules lymphatiques parfaitement vivantes sur lesquelles on peut faire une série d’observations du plus grand intérêt. On portera son attention sur les points suivants :
a. Mouvements amiboïdes. — Les cellules lymphatiques, lorsqu’elles viennent d’être placées sur la lame de verre, sont généralement sphériques, elles sont en quelque sorte revenues sur elles-mêmes sous l’impression que leur a causée le changement de conditions qu’elles viennent de subir. Peu à peu elles
TECHNIQUE A P P L I Q U E E
s’habituent à ces conditions nouvelles et alors on voit leur forme changer. Des protubérances se forment sur certains points de leur contour, s’allongent et s’étirent ou rentrent de nouveau dans le corps du globule. Ces mouvements sont lents et pour bien s’en rendre compte il faut continuer l'observation longtemps, ou pour éviter la fatigue, dessiner la forme qu'on a sous les yeux, attendre une ou deux minutes, dessiner la forme nouvelle qu’a prise le globule et ainsi de suite. On recueille de cette manière une série de dessins de la même cellule qui retracent avec fidélité les changements que cette dernière a présentés pendant la durée de l’observation. Ces changements de forme s’accompagnent de mouvements de translation, les gros prolongements semblant attirer le corps cellulaire à leur suite.
Ces mouvements sont l’indice de la vitalité de la cellule, ils cessent lorsque celle-ci est compromise par l'absence d’oxygène. Si l’on introduit une bulle d’air sous la lamelle dans une préparation de lymphe dont les globules ont cessé d’avoir des mouvements amiboïdes, on voit reparaître ces derniers, pourvu (ju’on n’ait pas attendu trop longtemps. De même la chaleur active les mouvements amiboïdes qui deviennent très actifs vers 37-40° pour cesser à 48° d'une manière définitive, le protoplasma étant tué.
b. Capture de corps étrangers par les globules blancs. — Si dans une préparation de lymphe faite comme il vient d’être dit, on ajoute une gouttelette de vermillon broyé dans un peu d'eau salée (le vermillon contenu dans les boîtes de couleurs convient très bien), on voit certains globules blancs s’emparer des grains de matière colorante flottant dans le liquide de la préparation. Les globules se comportent de même vis-à-vis de toutes sortes d’autres corps ou de poussières.
On observera indirectement le même phénomène en injectant un peu de vermillon dans le sac dorsal d'une grenouille. Les globules blancs que l'on y recueillera un ou deux jours après seront remplis de granulations rouges.
c. Action de Veau sur les globules. — Si l’on ajoute de l'eau à une préparation de lymphe, le protoplasma des cellules se
gonfle et devient plus transparent, en même temps le noyau apparaît. La cellule est morte.
d. Action du picro-carmin. — Le picro-carmin fixe légèrement les globules blancs, qui à son contact reviennent sur eux-mêmes en boule. Le noyau se colore en rouge, le protoplasma se teint en jaune.
e. Action de l'acide osmiquc. — On dépose une goutte de lymphe sur une lame, on Létale un peu, et la mettant dans la chambre humide, on attend sans la recouvrir d’une lamelle que les globules aient repris leurs mouvements. On renverse alors la lame sur l’ouverture d’un tlacon à large goulot contenant de l’acide osmique. Les vapeurs osmiques fixent les globules assez rapidement pour que la plupart d’entre eux n’aient pas eu le temps de rentrer leurs pseudopodes, et restent avec la forme qu'ils avaient pendant la vie. On colore avec l’hématéine et l’éosine ou une couleur d’aniline, et on observe.
2° Etude de la lymphe vivante chez un mammifère.
— Pour recueillir la lymphe, Ranvier indique le procédé suivant : le thorax de l'animal (chien) étant largement ouvert, on découvre le canal thoracique à côté de l'aorte, on y pose une ligature, èn dessous de laquelle le canal se gontle. On met une seconde ligature un peu plus bas, puis on enlève le tronc du vaisseau compris entre les deux ligatures; avec une pipette effilée on perce la paroi du canal et on recueille la lymphe.
On peut encore procéder de la manière suivante. Chez un lapin, tué par section du bulbe, on ouvre le thorax, et arrivé sur le péricarde on fend ce dernier en évitant toute hémorragie. On y trouve un peu de lymphe (1 à 5 centimètres cubes) qui peut servir aux observations.
La lymphe recueillie par l’un ou l'autre procédé est déposée sur une lame, recouverte d’une lamelle lutée à la paraffine et on fait l’observation comme pour la grenouille. Pour maintenir la préparation dans des conditions de température aussi voisines que possible de la normale, il est bon d’employer la platine chauffante. Cependant celle-ci n’est pas indispensable,
T EC HNI Q U E A I' P E I Q U E E
et l’on voit bien les mouvements amiboïdes à la température du laboratoire pour peu que celle-ci atteigne lo à 18 degrés.
3° Pièges à globules blancs. — Une expérience déjà ancienne et rapportée dans plusieurs ouvrages de technique, permet de se procurer un grand nombre de globules blancs qui viennent en quelque sorte se prendre dans un piège.
On introduit dans le sac dorsal d’une grenouille un fragment
Fig. 82.
Piège à globules (fixation au sublimé, coloration par la hématéine
et l’éosine).
/. leucocytes. — f/r, globules rouges. — pm , paroi des cellules de la moelle de sureau.
Stiassnie, ocul. 2, object. 5.
de moelle de sureau pris au centre d'un cylindre de moelle et par conséquent bien propre. On suture soigneusement la plaie et on remet l’animal dans son aquarium. Au bout de quarantehuit heures on retire la moelle de sureau et on la fixe immédiatement à la liqueur de Flemming ou au sublimé. On la lave avec précaution pour ne pas entraîner trop de globules, puis sans durcissement aucun on en coupe des tranches minces que l’on colore de diverses manières par exemple au bleu polychrome ou à l’hématéine et l’éosine.
On voit que les cellules polygonales de la moelle de sureau