MICROSCOPE COMPOSÉ
leurs diverses branches accessoires, le seul dont nous étudierons la construction et le maniement. Nous ne parlerons donc pas du microscope solaire, qui est construit sur le principe d'une lentille donnant sur un écran l'image agrandie et renversée d'un objet ; nous passerons également sous silence les microscopes catop triques, dans lesquels la lumière est réfléchie par des miroirs. Le microscope composé, qui fera l'objet spécial de cette étude, utilisant la lumière réfractée par des lentilles, représente un microscope dioptrique. On a combiné la réflexion et la réfraction de la lumière dans des microscopes dits catadioptriques, dont nous n'avons pas à nous occuper ici.
Après quelques rapides indications historiques sur l'invention du microscope et sur ses perfectionnements successifs, nous donnerons la description complète d'un des microscopes actuellement en usage ; en indiquant la manière de s'en servir, nous passerons successivement en revue les conditions qui doivent présider au choix d'un bon microscope, à l'installation et à l'éducation du micrographe ; nous nous occuperons alors des divers instruments et appareils annexés au microscope, tels que chambre claire,
appareils polarisateurs, microspectroscopes, micromètres, etc.
2. Coup d'œil bistoriqne : iuTention et perfectionnement du microscope.
11 est incontestable que les anciens connaissaient les propriétés des cristaux ou des pierres précieuses taillées en lentilles plus ou moins régulièrement biconyexes, mais ils n'ayaient pas songé à en faire une application pratique, scientifique. C'est seulement au milieu du treizième siècle que Bacon indiqua l'usage de la loupe ; enfin, vers la fin du seizième siècle, deux Hollandais, Hans et Zacharias Janssen, inventèrent le microscope composé, qui fut répandu en France, en Angleterre et en Italie par leur compatriote Drebbel (1590-1624). Le microscope Janssen-Drebbel, composé simplement de deux lentilles biconvexes (objective et oculaire), c'est-à-dire représentant la forme la plus schématique du microscope composé, était trop imparfait pour servir à autre chose qu'à la satisfaction de la curiosité excitée parla contemplation des infiniment petits.
En 1665, Hooke ajouta une lentille de champ
à la lentille oculaire (1) ; Arthur Chevalier (2) a publié des figures montrant la manière curieuse et souvent remarquable dont étaient installés les microscopes construits par Hooke, Divini(1668), Griendelius (1687), Bonani (1688).
Nous sortirions des bornes d'un manuel si, après avoir rappelé ces détails historiques si intéressants à connaître, nous nous étendions longuement sur les perfectionnements apportés successivement à la construction des microscopes ; rappelant les faits les plus importants et les noms les plus illustres, nous dirons seulement que Huyghens, puis Leeuwenhoeck montrèrent les avantages qu'il y a à se servir d'objectifs composés de plusieurs lentilles, c'està-dire doublets ; ({WQ Leeuwenhoeck, tant par le nombre et la perfection des microscopes qu'il construisit, que par les découvertes qu'il fit dans l'aaatomie des tissus, mérita ainsi le titre de fondateur des études microscopiques. Enfin, dans le courant du dix-huitième siècle, après les indications théoriques de Nev^ton et de Euler sur l'aberration chromatique, divers construc-
(1) Voy. p. 33 : Lentille de champ.
(2) Arth. Chevalier, l'Étudia7it micrographe, 1865, p. 71 et suivantes.
teurs parvinrent à corriger cette cause de diffusion des images observées au microscope et construisirent des objectifs où le crown-glass et le flint-glass étaient associés. Charles Chevalier, vers le commencement de notre siècle, conquit en France une légitime célébrité ea réalisant des lentilles achromatiques et exemptes d'aberration sensible.
On sait, en effet, que les corps transparents ont des pouvoirs dispersifs différents avec la même réfraction moyenne. On peut donc combiner des lentilles qui détruisent leurs effets dispersifs partiels et produisent en définitive une réfraction (convergence) de lumière blanche. En imaginant de réunir ces lentilles au moyen d'une substance diaphane (le baume du Canada), Charles Chevalier empêcha l'humidité de s'introduire entre les deux verres et évita la déperdition de lumière occasionnée par les réflexions des surfaces juxtaposées. Si nous ajoutons qu'en même temps on avait appris à fixer sur un pied mobile le tube qui contient les divers éléments optiques du microscope composé^ à placer les objets examinés sur une platine percée de trous et à s'éclairer à l'aide d'un miroir envoyant la lumière à travers l'objet,