Luiag^e des préparations
Quand la préparation a été convenablement disposée entre les deux lames de verre, et après un examen plus ou moins prolongé, c'est souvent alors seulement que l'on fait agir un certain nombre des réactifs que nous avons précédemment passés en revue ; c'est surtout alors que Ton fait usage de l'acide acétique : une goutte de ce réactif plus ou moins dilué est placée sur le bord de la lamelle couvre-objet; elle se diffuse peu à
peu dans toute retendue de la préparation, et l'on peut étudier son action successive sur les divers éléments ; c'est ainsi que l'on voit les fibres connectives se gonfler, puis disparaître presque complètement, tandis que les fibres élastiques deviennent de plus en plus apparentes : c'est ainsi que Ton voit apparaître des noyaux dans les globules blancs, etc. 11 en est ainsi de plusieurs autres réactions que l'on a tout avantage à pratiquer sous le microscope lui-même tandis que la préparation est soumise à l'étude.
Quand une préparation est satisfaisante, quand elle présente des particularités que l'on a intérêt à revoir au bout d'un certain temps, il faut la mettre dans des conditions de conservation; si cette conservation doit être de peu de durée, de vingt-quatre à quarante-huit heures par exemple, il suffît de déposer tout autour de la lamelle couvre-objet une couche de solution de gomme qui soude les deux lames et s'oppose à l'évaporation du liquide interposé entre elles. Cette solution de gomme doit être légèrement sucrée : elle donne alors, après dessiccation, un enduit plus élastique et moins sujet à se fendiller. Ce procédé de soudure temporaire permet de plus un nettoyage facile des lames et lamelles
lorsque les préparations ont fait leur usage. On peut encore se servir à^j^cir affine : on chauffe une petite tige de fer, la lame d'un scalpel par exemple, dans la flamme d'une lampe à alcool; on la plonge dans la paraffine, et on l'en retire tenant en suspension une goutte de cette substance fondue ; on fait tomber cette goutte sur le bord de la préparation, et, en renouvelant plusieurs fois cette manœuvre, on a bien vite entouré la préparation (la lamelle couvre-objet) d'un cercle protecteur de paraffine. — Une conservation de plus longue durée demande des précautions plus compliquées : il faut un liquide conservateur et un mastic.
A. Le liquide conservateur peut être celui-là même qui a servi à Texamen de la préparation, lorsque celle-ci a été placée dans l'eau sucrée ou la glycérine ; en général, on se trouve bien d'un mélange de glycérine et d'eau sucrée; on évite ainsi la cristallisation du sucre, en même temps que la trop grande transparence donnée à la longue aux préparations par l'usage de la glycérine pure. De plus, la présence de la glycérine prévient la dessiccation de la préparation au cas où le mastic employé viendrait à se fendiller et à permettre l'évaporation du liquide.
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En somme, la glycérine est la base de tous les liquides conservateurs : mêlée à différentes proportions de chlorure de sodium et de sublimé, elle constitue les liquides de Pacini si renommés pour conserver les éléments les plus délicats, les globules du sang, les cellules cancéreuses, glandulaires, etc.; on y ajoute aussi de l'alun, de l'acide chromique, du carbonate de potasse en solutions très-faibles, etc. Nous ne parlerons pas de la solution de chlorure de chaux, liqueur conservatrice très-appréciée des botanistes, mais qui ne donne que de mauvais résultats pour les tissus animaux.
Si une préparation, faite simplement dans une goutte d'eau, ou d'un liqLiide dit indifférent (p. 153), paraît mériter d'être conservée, et que les éléments anatomiques qu'elle renferme soient assez bien fixés (p. 160) pour ne pas s^altérer par le contact de la glycérine, il est inutile de déplacer la lamelle couvre-objet, et de s'exposer ainsi à déranger la préparation, pour déposer sur elle une goutte de glycérine : il suffit de déposer cette goutte contre l'un des bords de la lamelle couvre-objet; la glycérine pénètre par capillarité entre les deux lames de verre, tandis que l'eau s'évapore du côté opposé : on
peut hâter le départ de l'eau ou de tout autre liquide à éliminer^ en plaçant uq petit morceau de papier filtre contre la lamelle, au bord opposé à celui où on a déposé la goutte de glycérine : ce papier, attirant l'eau par imbibition, fayorise l'arrivée de la glycérine.
B. La question des ciments à employer pour sceller les préparations a été très-étudiée, et l'importance attachée à ces moyens de conservation se conçoit facilement lorsque l'on se rend compte de l'intérêt qu'il y a à disposer de séries de préparations sur un sujet donné, séries dont les éléments ne peuvent parfois se rencontrer qu'à des époques plus ou moins éloignées les unes des autres. C'est ainsi que l'évolution des poils, des dents, et en général toutes les études de développement ne peuvent être entreprises que grâce à des collections laborieusement acquises et soigneusement conservées. Enfin la conservation n'est pas seulement indispensable pour les pièces que l'on aura à comparer les unes aux autres : elle est encore infiniment utile pour une préparation isolée, qu'elle contribue à faire mieux connaître: tel élément, telle particularité de structure peu visible à un moment donné, deviendra
très-facile à distinguer lorsqu'un certain temps de conservation aura fait acquérir à la préparation un plus grand degré de transparence. A ce point de vue, la conservation est parfois aussi utile que l'usage des réactifs. Aussi chaque préparateur s'est-il attaché à chercher un ciment qui mette parfaitement à l'abri du contact de l'air et prévienne l'évaporation du liquide conservateur, lorsque la glycérine n'entre pas dans ce dernier en proportions suffisantes pour prévenir la dessiccation. Ch. Robin (1) et Frey (2) ont donné Fénumération et la composition des divers ciments dont on a proposé l'usage ; nous ne parlerons ici que de deux d'entre eux, les plus faciles à se procurer et les plus maniables, le bitume de Judée et la cire à cacheter.
Le bitume de Judée est employé dissous dans la benzine, le sulfure de carbone, ou la térébenthine : les deux premiers liquides donnent un mastic qui se sèche rapidement, mais qui est très-sujet à se fendiller. La dissolution dans la térébenthine ne présente pas ce dernier inconvénient, mais il faut deux ou trois jours pour
(1) Robin, Traité du Microscope. 2^ édition. Paris, 1877.
(2) Le Microscope.
que le mastic sèche. Comme l'on doit rechercher avant tout la solidité de préférence à la rapidité de la préparation^ on fera bien de préparer une dissolution en plaçant le bitume de Judée concassé ou en poudre dans un flacon cà large ouverture renfermant de l'essence de térébenthine ; une légère élévation de température hâte la dissolution, que l'on favorise en remuant de temps en temps avec une baguette ; il faut quelques jours pour que la dissolution soit complète ; elle se présente alors sous la forme d'un sirop plus ou moins épais. On rend ce mastic encore plus élastique, c'est-à-dire moins sujet à se fendiller, en y ajoutant une petite quantité de la composition connue dans le commerce sous le nom de mixture des doreurs (huile de lin cuite sur du minium).
La cire à cacheter nous a fourni un excellent mastic ; elle est employée en dissolution dans Falcool ; il faut à cet effet choisir une cire qui ne soit ni trop fine ni trop grossière : les cires grossières donnent un mastic trop cassant, les fines se ramollissent parfois dans les fortes chaleurs de l'été. On prépare la dissolution en plaçant la cire réduite en fragments ou en poussière dans un petit ballon avec de l'alcool très-
fort que l'on porte jusqu'à l'ébullition : la dissolution estbientôt complète. On yerse le liquide ainsi obtenu dans un flacon à large ouverture et on laisse reposer. Au bout de vingt-quatre heures on Yoit surnager une couche plus ou moins épaisse d'un liquide huileux et incolore^ dont il faut se débarrasser ; le reste constitue un excellent mastic, qui sèche en deux, ou trois jours au plus, et qui ne se fendille jamais. L'addition d'un peu de vernis à Falcool rend ce mastic encore plus élastique.
En faisant Ja dissolution de cire dans de l'alcool absolu, on n'a pas besoin d'avoir recours à la chaleur, ni de rejeter aucune partie de la dissolution obtenue. Après avoir longtemps employé parallèlement le bitume de Judée et la cire à cacheter, nous donnons aujourd'hui la préférence à cette dernière (solution dans alcool absolu) : d'abord parce qu'il est assez difficile de se procurer d'excellent bitume, tandis qu'on trouve partout de la bonne cire ; ensuite, parce que, même avec les meilleurs bitumes, on voit des préparations se desceller au bout d'un certain temps de conservation, tandis que des accidents semblables n'arrivent jamais avec le mastic, surtout pour le collage des petits car-
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tons indicateurs et protecteurs dont nous parlerons dans un instant.
Avant d'appliquer l'un ou l'autre des mastics précédents, on a soin de comprimer très-légèrement la préparation pour que l'excès de liquide interposé entre les deux lames de verre sorte en bavant sur les bords de la lamelle mince, où on l'enlève avec un pinceau. On prend alors le mastic avec un pinceau ou une petite baguette d'où on le laisse couler au pourtour de la plaque à couvrir. Lorsque la préparation est renfermée dans une cellule (voy. plus haut p. 2H8) faite avec le même mastic qui sert à sceller, l'adhérence des deux lames de verre en est d'autant plus complète et la préparation d'autant mieux à l'abri de l'évaporation ; dans le cas contraire il est bon, après une première application de mastic, et lorsque cette première couche est sèche, d'en appliquer une seconde, un peu plus large, pour bien assurer l'adhérence qui pourrait être incomplète, le mastic ayant été appliqué pour la première fois sur des verres toujours plus ou moins mouillés.