CHAPITRE PREMIER
L'examen du mésentère de la grenouille a été de tout temps une des études favorites des micrographes, car c'est ainsi seulement (ou par quelques modes analogues d'investigation) qu'il nous est donné de constater de visu le passage du sang des artérioles dans des veinules, à travers les capillaires, c'est-à-dire d'assister au phénomèae essentiel de la circulation. Mais cet examen, si intéressant au point de vue physiologique, a acquis une importance plus considérable encore, depuis qu'il est devenu, à la suite des recherches de Cohnheim, l'un des éléments expérimentaux d'une question de physiologie pathologique de premier ordre, la question de l'origine des globules du pus. Nous rappellerons donc en quelques mots les travaux de Cohnheim
à ce sujet, puis nous indiquerons les procédés à suivre pour instituer des recherches de contrôle.
1. Expériences de Cohnheim sur le mésentère de la grenouille.
Cohnheim curarise une forte grenouille mâle (pour éviter Fovaire^ dont la présence gênerait l'observation) ; seulement il ne détermine pas la quantité précise de curare introduite sous la peau, et se contente de dire qu'il n'en faut injecter qu'une dose minime, telle que la paralysie ne soit complète qu'au bout de deux heures. Alors on pratique une incision sur le flanc gauche (pour éviter le foie) ; on étanche les quelques gouttes de sang avec une éponge imbibée d'eau froide; on tire rapidement au dehors une anse intestinale, et on la fixe sur une plaque de liège percée d'une fenêtre à laquelle on fait correspondre le mésentère étalé.
Cohnheim regarde comme inutile de recouvrir cet organe d'une plaque de verre ; toutefois on peut le faire sans qu'il en résulte d'autre inconvénient que celui de retarder un peu le processus inflammatoire en diminuant l'action irritante de l'air. Mais une précaution importante, c'est d'humecter de temps à autre la
peau de l'animal, ce qui lui permet de vivre, grâce à larespirationcutanée, et dispense en mêmetemps demouiller directement le mésentère. Dans ces conditions, la première chose qu'on constate est la dilatation des petits vaisseaux, veines et artères, dont le diamètre est à peu près doublé au bout de deux heures ; en même temps, leur longueur augmente, d'oii un aspect flexueux. En dirigeant son attention sur le contenu, on voit que la rapidité du courant diminue et que, dans les veines notamment, la zone inerte se remplit de globules blancs au point que la paroi interne du vaisseau en paraît comme tapissée. C'est alors que débutent une série de phénomènes que l'auteur décrit d'une façon très-pittoresque et que nous nous bornons à esquisser. On voit apparaître, sur le contour extérieur du vaisseau, de petites saillies, qui proéminent de plus en plus, se pédiculisent et finissent par devenir libres sous la forme de globules blancs. Le même phénomène se produit dans les capillaires ; seulement ils donnent aussi passage à des globules rouges : c'est ainsi qu'au bout de douze à vingt-quatre heures les vaisseaux sont entourés d'une pléiade de globules blancs entremêlés de glo-
bules rouges et de débris de globules rouges. Ainsi, sous l'influence irritante de l'air, se développe une véritable péritonite purulente : les globules du pus proviennent uniquement des vaisseaux, et nullement des éléments propres du péritoine, car l'argentation prouve que ceux-ci demeurent intacts. Les choses se passent de même quand on introduit dans la cavité péritonéale de la grenouille une substance irritante, et que de temps à autre on retire une anse intestinale pour en examiner le mésentère au microscope. Ces faits se produisent également sur les animaux à sang chaud (cochon d'inde,rat) (1).