Installation des recherches de contrôle
Il faut toujours curariser l'animal sur lequel se fait l'observation, sans quoi il est impossible
(1) Voy. CoHNHEiM, Virchow's Archiv, vol. XL, p. 1. Feltz , Journ. de l'anatomie et de la jjhysiologie de Ch.
Robin, 1870-71, p. 33 et 505.
Picot, Joiirn. de l'anatomie et de laphysiologie de Ch. Robin,
DuvAL ET Straus, RecTierches expérimentales sur l'inflammation
{Gazette médicale de Strasbourg^ 1870, et Arch. de Physiô'
logie. Mai 1872.
B.AY'EM.^Notesur la suppuration étudiée ^sur le mésentère,la langue
et le poumon de la grenouille (Gaz. 7néd. de Paris, 1870, p. 4). Heger (P.), Étude critique et expérimeîitale sur l'émigration
des globules du sang. Bruxelles, 1878.
d'observer longtemps le même point de la préparation, que l'animal tiraille et dérange sans cesse par ses mouvements : au contraire, avec une curarisation soutenue, on peut prolonger l'étude jusqu^à six et sept jours et retrouver chaque matin les mêmes points que l'on avait observés la veille. Il est difficile cependant de bien préciser la dose nécessaire de curare, car cette dose varie jusqu'à un certain point avec chaque animal, et surtout pour des animaux d'espèces différentes, quoique très-voisines. Ainsi, une dose qui, injectée sous la peau d'une grenouille, la faisait périr en moins d'un quart d'heure, produisait à peine un peu de torpeur dans les mouvements d'une salamandre. Nous dirons seulement qu'avec 2 milligrammes de curare dissous dans un centimètre cube d'eau, on peut procéder à la curarisation longtemps soutenue de quatre ou cinq grenouilles, en injectant sous la peau, par reprises successives, les quelques gouttes nécessaires pour amener l'immobilité au bout de deux heures environ. Avec ces précautions, et en ayant soin de choisir des grenouilles de forte taille, on peut, pendant plusieurs jours, étudier la circulation sur le mésentère étalé : il suffit pour cela
d'humecter la peau de l'animaJ (qu'on recouvre à cet effet de quelques fragments d'épongés mouillées), et de lui réinjecter chaque soir une goutte de solution de curare pour remplacer le poison éliminé par l'animal.
Quelques observateurs ont pensé devoir renoncer au curare pour éviter toute objection concernant l'action de cet agent sur la contraction des muscles desjparois vasculaires ; mais, en fixant l'animal avec des épingles, on multiplie les sources de douleur qui deviennent le point de départ de réflexes sur les vaso-moteurs mésentériques, et l'on obtient ainsi des effets de contraction et de paralysies vasculaires qui sont au moins aussi fâcheux que ce que pourrait produire le curare. De plus, l'animal ne survit pas à ce crucifiement un temps suffisant pour l'observation.
On peut encore immobiliser l'animal par une injection d'eau chloroformée. Cette pratique est parfois très-utile; elle rend en effet les contractions du cœur très-irrégulières ; à des systoles faibles en succèdent d'énergiques, et l'on voit alors dans les vaisseaux du mésentère des globules blancs, qui s'étaient d'abord arrêtés et réunis en groupes, abandonner tout à coup la
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paroi, sous riiillueuce de coilo plus l'orto impulsion, ci rentrer dans le torrent circulatoire. On a aussi employé renipoisonneinent avec le chlorure de sodium (1 gr. sur i à 5 gr. d'eau eu injection sous-cutanée); mais, en somme, le curare est l'agent le plus commode et doit d'autant plus être préféré, que c'est lui qui a été employé par Colinheim, et qu'il faut avant tout se mettre dans les mêmes conditions où ont été faites les obserYations que Ton veut contrôler. Pour cet examen du mésentère, le grossissement à employer doit être puissant, car il s'agit moins ici de prendre une vue générale que de pénétrer la nature même et la forme du phénomène observé. On peut employer à cet elïet l'objectif à immersion de Nachet {\Y' 0), combiné avec l'oculaire n'' 2. On obtient ainsi des grossissements de 500 à 800 fois (tube rentré, ou tiré) (1), et avec l'oculaire n" 3 on obtient, pour le dessin, au moyen de la chambre claire, des images projetées sur le papier, au niveau du pied du microscope, avec un gossissement qui peut aller jusqu'à 1,600. — La distance focale de cet objectif est assez considérable pour en
(1) Voy. pages 43, 8i et 3G.
ÉTUDE DU MÉSE.NTERU DE LA Gl'.ENOUILLE. 207
rendre l'application facile sur tous les points du péritoine. Il donne une image très-nette, de telle sorte que l'observateur est autorisé à se montrer très-exigeant, relativement à la clarté des phénomènes étudiés, qu'il ne doit plus lui suffire de voir des globules blancs contre la paroi interne du vaisseau et d'autres analogues contre la paroi externe, pour conclure que ces derniers proviennent du passage des premiers ; mais qu'il est au contraire en droit de n'admettre ce phénomène de diapédèse que s'il le voit se reproduire distinctement sous ses yeux, et s'il peut le suivre dans ses moindres détails. On peut examiner le péritoine à nu, en interposant la goutte d'eau entre lui et l'objectif; mais alors il arrive souvent que, dans les mouvements de changement de foyer, l'objectif s'approchanttrop près de la membrane, celle-ci est tout à coup relevée par un effet d'attraction moléculaire du genre des phénomènes capillaires et vient se coller contre l'objectif : il en résulte des troubles dans l'observation, des pertes de temps et des dérangements dans la préparation. Aussi vaut-il mieux adopter la règle générale de couvrir le péritoine avec une lamelle de verre très-mince : alors la face inférieure seule
du mésentère est exposée au conlact de 1 air. Cette lamelle doit être disposée d'une façon parfaitement horizontale : dans le cas contraire, la face inférieure de l'objectif à immersion étant très-large, ses bords toucheraient déjà en un de leurs points une lamelle obliquement disposée, ayant même que le centre de la lentille fût mis à la distance focale. Or, pour que la lamelle de Terre soit horizontale, il faut que le péritoine soit étalé dans un plan horizontal : si l'on étale cette membrane, comme on le fait d'ordinaire, immédiatement sur une fenêtre pratiquée à la plaque de liège sur laquelle repose la grenouille, on n'arrive pas à ce résultat : il faut placer sur le côté (gauche) de l'animal une seconde petite plaque de liège dont la face supérieure corresponde précisément au niveau de l'ouverture latérale de Tabdomen, et pratiquer, cela va sans dire, une fenêtre à travers l'épaisseur des deux lames. Nous insistons sur cette disposition parce que seule elle permet une étude facile et de longue durée avec l'objectif à immersion. La figure 42, pag. 270, représente en coupe cette disposition.
Nous nous arrêterons sur cette figure, qui nous donne de plus la disposition, en coupe, des sacs
lymphatiques de la grenouille : on a beaucoup expérimenté en faisant des injections colorées dans ces sacs lymphatiques (qu'il ne faut pas confondre avec les cœurs lymphatiques), et nous espérons pouvoir donner dans un prochain travail des résultats très-précis que nous ont fournis de semblables injections ; mais il n'est pas inutile de figurer la position et le nombre de ces vastes lacunes, puisque dans un travail récent sur l'inflammation nous lisons : « Pour faire exactement comme Cohnheim, nous aurions dû pratiquer nos injections dans les sacs lymphatiques des grenouilles, mais nous devons avouer que, malgré des tentatives répétées par nous-même et nos aides, il nous a été impossible de découvrir ces sacs (1). » On voit que ces sacs (fîg. 42), espèces de lacunes creusées entre la peau et les parois musculaires du tronc, sont au nombre de quatre, deux latéraux [b, b'), un ventral [a), un dorsal [a') : ils sont séparés par des cloisons fibreuses, parfois incomplètes, qui courent le long des quatre angles du tronc, et dont on voit la coupe sur la figure (c, c, c, c) ;
(1) Cependant ces sacs ont été dès longtemps décrits dans un ouvrage français. Voy. Dugès (Ant.), Recherches sur l'ostéologie et la myologie des Batraciens. Paris, 1834 (Voy. pL V, fig. 40 et 41).
on peut facilement injecter dans chacun de ces sacs le contenu de deux et même de trois seringues de Pj'avaz : normalement ces sacs sont remplis de lymphe, et, surtout chez les grenouilles en hibernation, ils sont énormément gonflés de ce liquide, contenant beaucoup de globules
FiG. 42. — Disposition du mésentère de la grenouille pour l'étude de la circulation et do la diapcdèse (*).
blancs. Or on voit qu'en ouvrant l'abdomen, on ouvre fatalement un de ces réservoirs {b', notamment en opérant du côté gauche), et que
(*). — A, A, lame de liège percée de l'ouverture 0 ; — B, morceau de liège placé sur le côté de cette ouverture opposé au corps de la grenouille, pour établir le niveau ; — p, épingle fixant dans ce liège l'anse intestinale sortie de l'abdomen de l'animal; — a, a', sacs lymphatiques (dorsal et ventral); — b, b', idem (latéraux) ; — c, c. c, cloisons incomplètes qui séparent ces sacs ; — 1 , colonne vertébrale et muscles ; 2, masse intestinale.
ce n'est pas tant de l'hémorrhagie des petits vaisseaux incisés qu'il faut se garder alors, que de la lymphe qui, vu les communications de ces sacs, Tient incessamment verser ses globules blancs sur les faces supérieure et inférieure du mésentère étalé, et peut ainsi donner lieu à des erreurs. L'objectif à immersion ne permet pas de confondre ces élémeats superficiellement déposés avec ceux qui apparaissent d'une manière quelconque dans l'épaisseur du mésentère, mais une étude avec un faible grossissement laisse parfaitement confondre tous ces éléments. Cet apport étranger au péritoine est plus considérable qu'on ne pourrait le croire à 'priori^ et on s'en convaincra en injectant dans ces sacs des solutions colorées qu'on voit alors venir se verser lentement et presque insensiblement sur la membrane péritonéale, en s'accumulant surtout vers les gouttières que forment les vaisseaux par leur juxtaposition. Cette lymphe versée peu à peu se coagule lentement, et finit par donner un caillot assez considérable, qu'on peut prendre pour une exsudation. On peut se demander, en lisant les travaux de M. Havem sur la diapédèse des globules blancs, si ce n'est pas ainsi qu'il faudrait peut-être interpréter son observa-
tion siiiYanle : « C'est en hiver que Von doit faire les expériences... on Toit alors que c'est pendant les premières Aingt-quatre heures de l'expérience que l'extravasation des globules blancs se fait avec le plus d'activité. Au bout de ce temps, la préparation est devenue habituellement trouble, et V on peut souvent ., à l'aide d'une pince, recueillir un petit coagulum fihrineux , imbibé d'un grand nombre de leucocytes et de quelques globules rouges. On voit ainsi qu'en même temps que les globules blancs s'extravasent, il se produit à la surface de la membrane l'exsudat fibrineux qui accompagne toute suppuration. » Il est fâcheux en tout cas que les expérimentateurs n'aient pas fixé leur attention sur ces sacslymphatiques, dont le contenu est du plus haut intérêt.
L'observation étant disposée avec les précautions que nous venons d'indiquer, on peut porter son attention sur divers ordres de vaisseaux. Nous allons rapidement indiquer ce que, pour notre part, il nous a été donné d'observer dans ces circonstances.
D'abord il est très-intéressant de porter son attention sur les petites veines : si l'on choisit un point où deux petites veines convergent pour venir former un vaisseau plus fort, on remarque
qu'après que les deux courants se sont accolés, la distinction entre eux se prolonge encore assez longtemps dans le vaisseau résultant : au niveau de l'éperon il y a en effet un triangle de liquide ne contenant pas de globules, ou seulement quelques globules blancs ; l'éperon luimême est très-clair et très-facile à étudier : il en est de même de la lamelle péritonéale comprise dans l'angle d'union des deux vaisseaux. Or, vers la sixième heure de l'observation,, alors que partout les vaisseaux commencent à être entourés de ce que nous appellerons indifféremment globules de pus ou globules blaiics, ces éléments apparaissent aussi dans cet espace triangulaire. S'ils sortaient du vaisseau, rien ne serait plus facile que de constater leur diapédèse, d'après la disposition des parties que nous avons indiquée : or il n'en est rien ; on voit ces éléments apparaître sur place^ au milieu du tissu légèrement fibrillaire dont se compose la portion triangulaire du péritoine comprise entre les deux veinules. De plus, l'étendue et la jD^rsistance de l'espèce de couche inerte qui double l'éperon permet d'y constater tous les faits et gestes des globules blancs du sang, et on ne les voit jamais s'engager dans la paroi ; cette paroi
elle-même étant très-épaisse en ce point, ils ne pourraient, en la traversant, se dérober complètement aux regards. Et cependant des globules de pus apparaissent même dans la partie la plus aiguë de l'angle péritonéal ainsi circonscrit : ils n'ont donc pas une origine hématique.
Les autres points du parcours des petites veines ne sont pas avantageux pour l'étude : leur calibre, leurs parois complexes, leur contenu très-coloré, l'absence de la couche inerte rendent l'observation peu précise. On ne peut, avec l'objectif à immersion, fixer nettement son attention sur tel ou tel élément, et la limite interne de la paroi, dès que l'inflammation devient un peu intense, ne se dessine pas assez clairement à travers les autres couches pour permettre une observation de quelque valeur.
Dès lors il faut porter son attention sur les capillaires. C'est ici que l'avantage d'un fort grossissement se fait sentir d'une manière évidente. La paroi capillaire se dessine avec une grande netteté : elle présente un double contour. Les éléments qui y circulent apparaissent aussi distincts que s'ils étaient complètement à nu, et, en face d'une préparation aussi claire, l'observateur se sent pénétré de cette certitude
ÉTUDE DU MÉSENTÈRE DE LA GRENOUILLE. 27o
que si un phénomène de passage doit se produire, il y assistera et le suivra dans ses moindres détails.
Or, quelque patiente ^ quelque prolongée que soit l'observation, jamais on ne voit de globules blancs traverser les parois capillaires. Ce passage, décrit par Cohnheim, a été observé par lui surtout sur les petites veines : nous venons de Yoir pour quelles raisons il est plus prudent d'abandonner l'observation de ces vaisseaux, pour fixer son attention exclusivement sur les capillaires. Or le passage à travers les parois de ceux-ci a été également décrit avec complaisance par le physiologiste de Berlin : « Tout d'abord les globules blancs, jusqu'à ce moment sphériques, changent de forme et subissent des métamorphoses qui ont toujours le caractère des mouvements améboïdes : bosselures arrondies ou pointues^ qui finissent par s'étrangler et ne plus se rattacher à la paroi du capillaire que par un pédoncule allongé. Ces corpuscules détachés complètement prennent les apparences des globules de pus. Pendant ce processus, souvent très-long, on obtient fréquemment rimage d'un de ces glohides qui, par une partie de sa substance , est situé encore dans
rintérien?' du capillaire^ et par une autre en dehors, » Or, nous le répétons, jamais ce phénomène, qui devrait cependant être bien simple à constater, ne s'est montré dans les longues observations que nous avons faites à ce sujet. Mais voici ce qui nous paraît devoir rendre compte des aspects qui ont donné lieu à la théorie de la diapédèse.
A l'extérieur du capillaire et surtout contre sa paroi, apparaissent des éléments identiques aux globules blancs : ces éléments se montrent d'ordinaire déjà vers la troisième ou la cinquième heure de l'étalement, mais parfois d'une manière bien plus hâtive, et, quelque rapide qu'ait été la préparation du mésentère, au moment où l'on commence l'observation, le voisinage des capillaires se montre déjà émaillé de ces globules. A mesure qu'ils deviennent plus nombreux, ou même dès le début, il en est qui sont si rapprochés de la paroi vasculaire, qu'ils semblent en faire partie ou en provenir. Avec un grossissement de 200 à 300 diamètres on est tenté de croire que ces globules sont en rapport direct avec la paroi du vaisseau et qu'ils en 'proviennent ; mais^ dès que l'on applique l'objectif à immersion qui, malgré sa distance
focale considérable, présente une très-grande sensibilité de mise au point, on s'aperçoit que ces éléments n'ont que des rapports de juxtaposition avec la paroi vasculaire. ils peuvent être placés contre elle de façon à en voiler une faible partie, mais alors ils ne sont pas sur le même plan et ne se trouvent pas en même temps au foyer, car ils sont au-dessus ou au-dessous du capillaire ; ce sont ces nuances de mise au point, sensibles seulement avec un fort objectif, qui nous expliquent en partie les apparences illusoires que présentent, dans leurs rapports avec la paroi vasculaire, ces éléments essentiellement extra-vasculaires, du moins dans les premières vingt-quatre heures de l'observation. Ainsi , quand on commence à étudier l'ensemble de la circulation mésentérique avec un grossissement de 50 diamètres, puis de 150 diamètres, on croit de la meilleure foi du monde apercevoir des globules blancs encore à demi enchâssés dans la paroi du capillaire (l'illusion est encore plus complète pour les veinules), mais l'on reconnaît immédiatement la véritable disposition des parties dès que l'on applique sur le même point l'objectif à immersion. Mais il se présente toujours en quelques
DuYAL. Technique. 16
points du mésentère un fait qui prouve jusqu'à révidence l'indépendance des gloJoules extérieurs d'avec les intérieurs : on trouve, en effet, en parcourant le vaste champ de la préparation, de petits capillaires oi^i les éléments globulaires du sang ne passent qu'à de rares intervalles : c'est surtout le sérum du sang qui les parcourt avec quelques rares globules rouges ; il peut se faire que, pendant l'espace de douze heures, il n'y arrive pas un seul globule blanc, et en tout cas on peut pendant des heures entières observer des points où l'on ne voit ni s'arrêter ni même circuler un seul de ces éléments : ce fait s'observe sans doute de préférence chez les grenouilles en hibernation, car dans cet état la quantité des globules blancs a évidemment diminué. Et cependant, ici comme ailleurs, on constate Tapparition d'éléments globulaires contre la paroi externe du capillaire, éléments donnant lieu aux mêmes illusions et aux mêmes rectifications que précédemment.
En même temps que se passent ces phénomènes contre la paroi externe des vaisseaux, on constate dans l'intérieur de la plupart d'entre eux le fait bien connu et longuement décrit de l'arrêt et de l'accumulation des globules blancs
du sang contre Ja limite interne de cette paroi. Cet arrêt se fait par suite d'une certaine viscosité que présente sans doute le globule blanc sur toute sa superficie, de telle sorte qu'aussitôt que les hasards de la circulation l'ont amené contre la paroi, il tend à y adhérer, et, s'il est obligé d'obéir au courant circulatoire, il ne le fait plus qu'en roulant contre la paroi, comme le fait une boule sur un plan incliné; puis, dès qu'il arrive en un point oh le courant est moins énergique , soit que le vaisseau légèrement dilaté forme comme un petit golfe où le liquide stagne, soit que des globules déjà arrêtés constituent un obstacle difficile à franchir, alors on le voit s'arrêter et se tenir fixé à la paroi. Il devient alors lui-même la cause d'arrêt d'autres globules et l'on voit ainsi se former de petits amas de globules blancs dans des points où, par suite , la dilatation ansiforme du capillaire s'exagère de plus en plus. Us y restent plus ou moins longtemps, mais d'ordinaire ils finissent par en être subitement déplacés par un choc plus brusque de la circulation : en effet, des arrêts semblables se faisant dans d'autres vaisseaux, les circulations capillaires en réseaux sont soumises à des changements incessants
d'intensité, qui bouleyersent la disposition de leur contenu, pour obéir aux lois de la circulation collatérale. On voit dans ces circonstances le sens même de la circulation changer complètement^ et Ton conçoit qu'alors les globules arrêtés, pris pour ainsi dire à rebrousse-poil, sont forcés de se remettre en marche, et même d'abandonner complètement la paroi, pour se mêler à ceux qui circulent dans l'axe du vaisseau. L'on peut assister ainsi aux changements d'aspects les plus instructifs, et si l'on interrompt l'observation, il arrive qu'on retrouve ensuite libre et perméable un canalicule qui, quelques instants auparavant^ était entièrement rempli de globules arrêtés.
Pendant leurs temps d'arrêt , les globules blancs sont soumis à des changements de forme singuliers, mais dans lesquels on ne peut rien reconnaître de ce qui caractérise les mouvements améboïdes ; il y a longtemjjs qu'on a dit que les globules blancs ne présentent pas de mouvements améboïdes tant qu'ils sont contenus dans le réservoir circulatoire. Le fait est parfaitement confirmé par l'étude de la circulation du mésentère enflammé. Le globule blanc présente ici des déformations qui sont purement
passives ; ou bien il est aplati contre d'autres globules déjà arrêtés, et il se moule dans les interstices que ceux-ci lui présentent : ou bien un de ses points adhère plus particulièrement à la paroi ; on le voit sous l'influence du courant sanguin se déformer et s'allonger en restant attaché à la paroi par un pédicule plus ou moins simple, de sorte qu'il figure comme une bourse appendue à la paroi. Quand les vicissitudes de la circulation l'arrachent pour le remettre en mouvement, les prolongements qui résultent de ces déformations persistent encore un peu et tendent à disparaître en se modifiant, mais on peut toujours y reconnaître les traces des changements de forme antérieurs et purement passifs. Tel est sans doute l'aspect qui a donné lieu à la description des mouvements améboïdes des globules blancs dans rintérieur des vaisseaux. Nous voyons que MM. Cornil et Ranvier (1) ont interprété les faits de la même manière : « En répétant ces expériences, nous avons été frappés de voir les prolongements améboïdes se produire d'un seul côté des globules, de telle sorte que ceux-ci ressemblaient à des grenades. Le mécanisme de
(1) Cornil et Ranvier, Histologie pathologique. Paris, 1869.
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cette singulière déformation peut être facilement observé : lorsque les globules blancs séjournent dans la couche adhésiye, ils se fixent sur la paroi du vaisseau, tandis que le sang en mouvement les incline et les étire : si alors, sous l'influence du mouvement circulatoire, ils viennent à être détachés, on voit la portion qui était adhérente se présenter sous la forme d'un mamelon hérissé de pointes. »
Telle est aussi sans doute l'origine du prétendu trait d'union entre les globules intra- et extra-vasculaires : qu'un de ces prolongements se trouve précisément vers un point de la paroi correspondante au lieu d'apparition d'un élément extra-vasculaire, que celui-ci soit placé en partie au-dessus du vaisseau, et alors, avec un grossissement ordinaire, on sera tenté de réunir les deux éléments et de voir en eux un globule blanc qui traverse la paroi. Une observation consciencieuse donne à chaque instant naissance à cette illusion, mais la rectifie aussitôt par une mise au point bien exacte, avec un fort grossissement.
Cette cause d'erreur est d'autant plus fréquente que les globules blancs du sang s'arrêtent toujours de préférence contrôles points de
la paroi correspondant à des lieux de formation de globules extra -vasculaires. Il est impossible d'examiner le péritoine vers la huitième heure de l'étalement sans être frappé de cette coïncidence entre les points d'arrêt en dedans du vaisseau, et les points de développement au dehors. Mais il est plus difficile de décider auquel des deux phénomènes appartient la priorité. On serait tenté de croire que c'est l'arrêt des globules blancs qui commence la scène et que c'est après, et peut-être par suite de la présence de ces globules, que les éléments extra-vasculaires se développent dans un point correspondant précisément à celui de l'arrêt. Mais si l'attention se porte avec persistance sur ces deux faits, on voit que c'est toujours le développement extravasculaire qui se montre le premier, et que c'est alors vers des points de la paroi correspondant aux néoformations extérieures que viennent s'arrêter les globules blancs du sang.
Ceci est un fait, qu'il est facile de constater par une observation prolongée du mésentère. Quant à son explication, nous ne saurions la donner ici en détail, puisque nous devons nous borner à l'indication des procédés techniques d'étude du mésentère enflammé, et àla relation
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pure et simple de ce qu'il est possible d'observer dans les conditions que nous avons précisées. Nous dirons seulement qu'une étude plus approfondie des phénomènes dont la membrane mésentérique est alors le siège, nous a montré que la paroi vasculaire prend ime part importante dans la formation des éléments nouveaux (globules de pus). Dès lors nous avons l'explication complète du phénomène et de sa succession : la paroi s'altère en certains points ; elle devient irrégulière, et il n'est pas étonnant que les globules blancs, déjà si visqueux, roulant contre la paroi, s'arrêtent dès qu'ils passent sur un point où la paroi elle-même est devenue irrégulière et visqueuse, comme tout protoplasma en voie de développement (1).
De ces observations sur le péritoine simplement étalé et abandouné à l'inflammation, nous pouvons encore une fois conclure que les globules blancs ne sortent pas des vaisseaux ; surtout qu'ils ne sortent pas des capillaires, car ce sont ces vaisseaux seuls qui peuvent permettre une observation de quelque valeur.
(1) Voir pour plus de détails notre mémoire Recherches expérimcjitales sur des rapports d'origine entre les globules du pus et les globules blancs du sang dans V inflammation {Archiv. de Phijsiologie, mai I87"2i.