‹ Précis de tératologieChapitre 128 sur 211 · DIFFÉRENTES FORMES D'HERMAPHRODISME · texte numérisé non relu

DIFFÉRENTES FORMES D'HERMAPHRODISME

préalables. Ces conventions, entièrement spéculatives et basées sur des idées qui peuvent ne pas être celles de tout le monde, laissaient encore persister des causes de confusion. — Afin d'éviter ces inconvénients, nous avons préféré nous arrêter aux termes qu'a employés M. le professeur Lesbre, dans une classification très simple qu'il a proposée (Journal de l'Ecole vétérinaire de Lyon, mars 1892), et qui a un peu d'analogie avec celle que nous avions déjà adoptée.

Par conséquent, nous reconnaîtrons deux sortes d'hermaphrodisme vrai : l'hermaphrodisme des voies génitales; l'hermaphrodisme glandulaire.

En résumé, les anomalies graves des organes génitaux seront divisées et étudiées comme il suit :

1° Hermaphrodisme apparent;

2° Hermaphrodisme des voies génitales;

o° Hermaphrodisme glandulaire.

Nous verrons plus loin des subdivisions à établir dans chaque groupe.

Définition de l'hermaphrodisme apparent et division en hermaphrodisme apparent masculin et hermaphrodisme apparent féminin

— Caractères anatomiqu.es, physiques et moraux des sujets atteints d'hermaphrodisme apparent masculin. — Citation de quelques observations recueillies chez l'homme. — Observation de M. Polaillon. — Cas de Léonie B . . rapporté par le Brouardel.

— Observation de Giraldès. — Cas de Maria Arsano — Hermaphrodisme apparent asymétrique, étudié par Giné y Partagas.

— Observations d'hermaphrodisme apparent masculin chez les animaux. — Observation de Violet, chez le cheval. — Hermaphrodisme apparent chez un bœuf avec torsion et disposition sinueuse de la verge. — Description sommaire de l'hermaphrodisme apparent féminin. — Cas de Marie-Madeleine Lefort. — Cas de Joseph ou Joséphine Marzo. — Observation du professeur Debierre sur un fœtus. — Cas de Valmont. — Grossesse dans l'hermaphrodisme apparent féminin. — Hermaphrodisme apparent féminin chez les animaux.

Définition et division. — Dans le groupe des hermaphrodismes apparents, nous comprenons les vices de conformation portant sur les organes génitaux externes, plus ou moins compliqués par des déplacements des organes essentiels, qui eux sont toujours parfaitement masculins ou parfaitement féminins.

On peut présenter une série complète de cas dans lesquels, chez des individus à testicules, c'est-à-dire chez des mâles, on a trouvé des organes génitaux externes constitués sur un type variant depuis le type masculin jusqu'au type féminin parfaitement développé. C'est l'hermaphrodisme apparent masculin.

La disposition inverse existe aussi, c'est-à-dire que l'on a rencontré des individus à ovaires, présentant des organes génitaux- externes, constitués sur un type

variant depuis le type féminin jusqu'au type masculin parfaitement développé, en passant, comme dans le cas précédent, par une série d'intermédiaires montrant une confusion de l'un et l'autre sexe. C'est l'hermaphrodisme apparent féminin.

Hermaphrodisme apparent masculin. — Chez l'homme et chez les animaux, les sujets atteints d'hermaphrodisme apparent masculin sont généralement des hypospades très profonds et des cryptorchides . Si l'on ajoute à cela l'existence fréquente des caractères de la féminité, on comprend qu'il soit souvent possible de se méprendre sur le véritable sexe de ces individus.

Chez eux, le pénis est très imparfaitement développé; l'urètre et le scrotum sont fissurés et forment ainsi les lèvres d'une sorte de vulve qui aboutit à une dépression ou à un cul-de-sac, simulant un pseudovagin. — Dans tous ces cas, l'urètre s'ouvre au-dessous du pénis atrophié.

Les testicules descendent dans les canaux inguinaux, ou restent dans la cavité abdominale, ce qui est plus grave, car leur présence ne peut être reconnue qu'après la mort.

Une conséquence fréquente, mais non générale, de cette malformation des organes génitaux externes est la disparition de la plupart des caractères de la masculinité et l'apparition de certains attributs féminins.

Cette confusion se traduit, chez l'homme, par l'absence de barbe, la modification du timbre de la voix, le développement des mamelles, la largeur du bassin, les formes arrondies et potelées, etc. ; chez les animaux, par l'apparition des caractères propres à la femelle de l'espèce.

Les penchants moraux et les facultés affectives tendent aussi à donner le change.

Ainsi, dans notre espèce, on a vu souvent des individus incontestablement mâles par leurs organes internes, qui, pris et considérés comme femmes pendant toute leur existence, ont conservé naturellement le caractère, les habitudes et le genre de vie d'un sexe qui n'était pas le leur ; qui ont eu même des rapports sexuels avec des hommes et se sont efforcés, dans la mesure du possible, de remplir jusqu'au bout leur rôle de femme.

11 est bon d'ajouter, cependant, que dans la majorité des cas, les impressions sensuelles ne sont pas très développées chez les hermaphrodites ; beaucoup n'en éprouvent pas ; mais il en est qui, en revanche, ont évidemment recherché le commerce des hommes, et qui ont pu, comme un être bien constitué, éprouver toutes les satisfactions possibles.

Il est vrai de dire aussi que les penchants contraires ont été maintes fois constatés et ont fourni de précieux renseignements sur la détermination exacte d'un sexe douteux à l'extérieur.

Toutefois il y a lieu de tenir compte également de l'éducation et des habitudes acquises, dès l'enfance, par le sujet sur le sexe duquel on s'est mépris et qui mâle a été élevé comme femme.

Chez les animaux où pareille influence n'est pas à envisager, on possède des renseignements fort curieux sur le caractère et les penchants naturels des hermaphrodites dont nous parlons.

Violet a publié le cas d'un cheval atteint d'hermaphrodisme apparent masculin, qui mis alternativement en présence d'un étalon et d'une jument, prenait chaque

UliRMAPIIRODISMli APPARENT MASCULIN 283

fois des attitudes opposées, se montrant mâle avec la femelle, devenant femelle avec le mâle.

Quelques exemples, convenablement choisis, démontreront ce que nous venons de dire et feront connaître aussi certaines particularités dont il n'a pas encore été question .

Histoire de quelques hermaphrodites humains. — A. Observation de M. Polaillon. — Le 7 avril 1891 , M. Polaillon a communiqué à l'Académie de médecine une observation d'hermaphrodisme, complétée par l'autopsie et par l'examen histologique.

Il s'agissait d'une jeune femme de vingt-cinq ans, qui, en 1887, s'était présentée à M. Polaillon, afin que, par une opération chirurgicale, il put remédier à une absence de vagin. Les organes génitaux externes (mont de Vénus, vulve, clitoris) étaient bien conformés, mais en arrière de la fosse naviculaire, le vagin n'était représenté que par une petite dépression d'un centimètre environ, siégeant au-dessus de la fourchette. Pas d'utérus reconnaissable cliniquement, mais existence, dans chaque aine, d'une petite tumeur arrondie, formée d'un corps dur réductible, douloureux à la pression, dont le volume ne variait point à la fin de chaque mois. D'ailleurs il n'y avait jamais eu ni menstrues, ni poussées menstruelles.

D'autre part, la jeune personne présentait tous les caractères de la féminité : bassin large, hanches saillantes, reins bien développés; peau glabre, fine; tronc et membres grêles et arrondis, voix féminine, enfin penchants et goûts d'une femme.

M. Polaillon n'intervint pas. La malade ne s'en affecta nullement, sortit du service et s'adonna à une vie galante.

Elle eut le talent de dissimuler son vice de conformation à ses nombreux amants, qui tous., « en s'évertuant a chercher ce qui n'existait pas, firent aussi bien que la chirurgie aurait pu faire ».

Atteinte d'albuminurie grave, cette jeune femme revint dans le service de M. Polaillon, le 2 octobre 1890.

Par l'usage, son vagin avait acquis une longueur égale à celle de l'index, et la peau, refoulée en doigt de gant entre la vessie et le rectum, avait pris la teinte rosée et la finesse d'une muqueuse.

Deux mois après son entrée à la Pitié, la malade succomba, et à l'autopsie on constata une absence complète d'utérus et des annexes.

Quant aux grosseurs des aines, l'examen microscopique prouva qu'il s'agissait de testicules atrophiés. On trouva d'ailleurs deux cordons constitués par un canal analogue au canal déférent, mais pas de prostates.

Ce sujet qui jusqu'à sa mort avait été pris pour une femme n'était qu'un homme atteint d'hermaphrodisme apparent.

B. Rapport du By Brouardel sur Lèonie B... — Souvent les caractères de la féminité ne sont pas aussi prononcés que dans l'observation précédente, et l'individu atteint d'une malformation des organes génitaux externes montre la plupart des attributs de son véritable sexe ; tel est le cas d'un individu qui, après avoir été pris pendant longtemps pour une femme, demanda la rectification de son état civil et l'obtint grâce à un rapport fourni parle D'' Brouardel :

« Le 19 juin 1885, Léonie B..., âgée de trente-sept ans, se présente au médecin sous le costume féminin qu'elle a toujours portés ; mais son aspect, son allure, ses

. gestes, sa façon de marcher et surtout sa voix, forte Haïssent soupçonner son vrai sexe, confirmé surtout par l'examen du corps et des organes génitaux.

« Les vices de conformation constatés, caractérisent i une malformation connue sous le nom à'hypôspadias \pêrinêo-scrotal, compliqué de cryptorchidie. Celte malformation a pu, au moment de la naissance et peni dant la première enfance, faire prendre Léonie B. . . pour une fille, mais le doute n'est plus permis, Léonie B... i est un individu du sexe masculin mal conformé.

« D'ailleurs, LéonieB...n'ajamaisété réglée etditavoir i éprouvé de temps à autre des érections de la verge i (longue de 5 centimètres à l'état de flaccidité), suivies d'un spasme voluptueux, accompagné d'une émission abondante d'un liquide blanchâtre. »

G. Observation de Giraldès. — Giraldès dit avoir vu un individu qui, extérieurement, avait tous les attributs d'une femme bien conformée ; pourvu d'une vulve avec grandes et petites lèvres, vestibules, méat urinaire, clitoris ; d'un vagin de 9 centimètres ; de mamelles bien développées ; ayant même une certaine ardeur dans ses rapports avec les hommes. Cet individu présenta, à l'autopsie, des testicules et l'organisation interne du sexe masculin.

D. Cas de Maria Arsano. — Maria Arsano, citée par Ricco, fut considérée comme femme pendant toute sa vie, et ce n'est qu'à sa mort, à quatre-vingts ans, qu'on s'aperçut que les organes internes étaient masculins.

E. Observation de Ginè y Partagas. — Dans le cas suivant, rapporté par le professeur Ginéy Partagas, de Barcelone, la malformation était asymétrique.

Sur un individu de vingt-huit ans, les organes étaient masculins à droite et paraissaient surtout féminins à gauche.

Du côté droit on trouvait un pénis de 4 à 5 centimètres, mesurant un peu plus pendant l'érection, un scrotum dépourvu de raphé et dans ce scrotum un testicule.

A gauche, au contraire, les organes semblaient surtout féminins et étaient représentés, en dehors, par une grande et une petite lèvre parfaites, sans clitoris, sans hymen ni caroncule. Du même côté, mais en dedans, la grande lèvre était remplacée par le scrotum dont la surface, était recouverte d'une peau excessivement âne.

Le vagin, long de 4 centimètres environ, se terminait en cul-de-sac, etle toucher rectal ne permettait pas de reconnaître la moindre trace d'utérus.

Observations d'hermaphrodisme apparent masculin chez les animaux. — Chez les animaux, les observations ne sont pas rares et personnellement nous en avons étudié plusieurs cas.

A. Observation sur un animal ciel 'espèce bovine. — Sur un animal de l'espèce bovine, sacrifié à l'abattoir de Dijon, ayant toutes les apparences extérieures d'une femelle et que le propriétaire avait acheté comme telle, nous avons observé : une fente vulvaire un peu plus longue qu'à l'état normal, ornée à sa commissure inférieure d'un bouquet de poils bien fourni, et aboutissant à une sorte de vagin étroit, terminé en cul-de-sac et profond de 7 à 8 centimètres environ. L'ouverture urétrale aboutissait au voisinage d'une petite saillie située près de la commissure supérieure.

Les organes sexuels internes étaient parfaitement mâles. Nous avons trouvé deux testicules atrophiés, gros

•comme des œufs de poule, avec canal déférent, vèsi- :cule séminale, etc.

B. Observation faite par Violet chez le cheval. — dJn sujet de l'espèce chevaline, dont l'aspect général «tait celui d'une jument, montrait des organes génitaux externes donnant absolument l'illusion d'une femelle. SMais en y regardant de plus près, on voyait que la fente iTulvaire était très étroite et avait peine à contenir un organe rouge grisâtre, pénis atrophié ou clitoris hypertrophié. Cette ouverture vulvaire communiquait avec .une sorte de vagin excessivement réduit. Enfin, détails xomplémentaires, l'animal était pourvu de mamelles id'un développement plus considérable que celles d'une ijument de son âge et urinait comme une femelle.

Dans l'abdomen on trouva des testicules atrophiés et des organes mâles parfaitement développés.

C. Hermaphrodisme apparent chez un bœuf, avec torsion et disposition sinueuse de la verge. — Pour terminer et afin de ne pas ome'tre la citation d'une disposition particulière, différente de celles dont mous avons parlé, nous décrirons rapidement un cas que mous avons pu étudier nous-mêmes, grâce à l'obligeance ide notre confrère Labully, de Saint -Etienne.

11 s'agissait d'un animal de l'espèce bovine, âgé de (trois ans environ, ayant une conformation extérieure 'fZe/eme^eetprésentant, particulièrement, unavant-main [peu développé, une tête légère, une encolure longue et ipeu musclée, un bassin large, en somme, une série de (.caractères qui auraient pu, au premier abord, faire ccroire qu'il s'agissait d'une vache, d'autant plus que lies organes génitaux externes étaient atteints d'un vice de conformation et que l'exploration de la région ingui-

nale n'indiquait rien relativement à l'existence des testicules.

A 14 centimètres de l'anus, on apercevait une sorte de fente, à commissure inférieure arrondie, mesurant 4 centimètres, dont les lèvres étaient garnies de poils longs et raides, formant à l'extrémité inférieure un bouquet terminé en pointe, analogue à celui qui se trouve sous le ventre du mâle, à l'entrée du fourreau. Quand on écartait les lèvres de cette sorte de vulve, on apercevait d'abord une muqueuse délicate, plissèe longitudinalement, et en haut, vers la commissure supérieure, une légère saillie conique P (fig. 142 et 143) surmontée d'un orifice U, permettant l'introduction d'une sonde à chien.

C'est par cet orifice, qui n'était autre que la terminaison du canal de l'urètre, que s'écoulait l'urine.

Quand on engageait le doigt dans la fente vulvaire, en suivant la paroi inférieure, on pénétrait dans une sorte de cavité terminée en cul-de-sac VA (fig. 143), n'ayant pas moins de 9 centimètres de profondeur, et pouvant facilement loger l'index et le médius.

La paroi supérieure de ce pseudo -vagin ou cub-de-sac périnéal présentait un cordon cylindrique, gros comme le petit doigt, qui se terminait, vers la commissure supérieure, parla saillie conique dont nous avons parlé.

En explorant les parties profondes, on percevait très bien, au niveau de l'arcade ischiale, une masse tortueuse ayant les dimensions d'un œuf de dinde; cette masse paraissait être le prolongement du cordon cylindrique ci-devant décrit.

Après l'abatage, l'autopsie a permis de noter les particularités anatomiques suivantes :

La masse tortueuse V (fig. 143) dont nousavons parlé,

Fig. 142. — Organes génitaux externes d'un bœuf atteint d'hermaphrodisme apparent.

O, Ouverture du pseudo-vagin; P, Saillie conique située au niveau de la commissure supérieure, représentant la pointe du pénis.

Fig. 143. — Disposition des organes génitaux après dissection.

La commissure inférieure est indiquée par le bouquet de poils qui la termine ; on voit très bien, sur la coupe, la cavité du pseudo-vagin se terminant en cul-de-sac sur le pénis replié.

P, pointe du pénis, surmontée de l'ouverture du canal de l'urètre U ■

C, canal de l'urètre, ouvert à partir de la région prostatique; I, bifurcation et prolongement en cul-de-sac du canal de l'urètre derrière un des replis de la masse pénienne V ; M, cordon suspenseur de la verge; T, testicule;

D, canal déférent , VS, vésicules séminales (L'aspect glandulaire de ces organes a ete beaucoup trop exagéré, leurs bosselures étaient normales et n'avaient pas la disposition indiquée sur la ligure) ; VE, vessie

était formée par le pénis tordu et replié sept fois sur

GuitUBD, Tératologie. j«

2Q0 ANOMALIES GKAYES DES ORGANES GENITAl'X

lui-même, de telle façon qu'il était ramassé en un paquet qui s'insérait sur l'arcade ischiale par deux racines que recouvraient, comme à l'état normal, deux muscles ischio-caverneux bien développés. L'extrémité de ce pénis, seule dégagée de la masse, était le cordon cylin-drique situé à la paroi supérieure du cul -de-sac périnéal dont il a été question plus haut.

Quant aux différents replis de la verge, ils n'étaient pas seulement en contact, tassés les uns contre les autres, mais soudés et unis, dételle sorte qu'il était impossible de dégager et d'étendre l'organe. Nous avons pu, en suivant les contours avec un fil, nous assurer que ce pénis mesurait 48 centimètres de long. Ses dimensions, dans la partie moyenne, étaient égales à celles de l'index ; il était plein et imperforé, et on ne voyait mêmepas trace du canal qui, chez les ruminants, loge l'urètre.

Le canal de l'urètre allait, directement et sans contour, de la région prostatique au méat urinaire ; il suivait, par conséquent, sur une certaine longueur, la partie libre du pénis, mais n'était pas soudé avec elle.

11 existait encore un cordon suspenseur de la verge, M, dont le tendon s'insérait enlre la troisième et la quatrième courbure.

Quant aux autres organes, ils étaient absolument normaux et constitués sur le type masculin parfait. On trouvait clans l'abdomen, deux testicules, gros comme un petit œuf de poule, pesant avec l'épididyme, l'un 25, l'autre 35 grammes, formés d'un tissu ramolli, jaunâtre, ayant la couleur du tissu élastique. Les canaux déférents D, les vésicules séminales VS, le canal èjaculateur et les autres annexes de l'appareil génital ne présentaient rien d'anormal.

IIBR.M APHRODISME APPARENT l'KMININ 291

L'anomalie que nous venons de décrire est-elle le résultat d'une exagération de la tendance normale du pénis des ruminants à s'infléchir en S, ou provient-elle d'un obstacle apporté à son allongement sous le ventre? C'est ce que nous ne saurions préciser. ■ — Nous admettrions plutôt la première explication, car à notre connais sauce cette anomalie n'a pas encore été rencontrée chez les espèces où le pénis est droit.

Dans tous les cas, le diverticulum borgne qui complétait l'illusion d'une conformation féminine, en figurant un pseudo-vagin, n'avait rien de comparable avec ce même organe chez les femelles ; il ne représentait qu'un repli du fourreau imparfait, qui enveloppait la terminaison de la verçe.

Hermaphrodisme apparent féminin. — L'hermaphrodisme apparent féminin résulte de la réduction ou même de l'imperforation de la vulve et d'un développement excessif du clitoris, qui, exceptionnellement, peut aller jusqu'à représenter un pénis d'hypospade. Cette malformation étant le plus souvent compliquée d'une absence de vagin, d'un déplacement des ovaires et de leur descente dans les canaux inguinaux, on peut avoir l'illusion assez complète d'une conformation mâle, et les nombreux types observés prouvent que, dans de telles conditions, la détermination exacte du sexe est souvent très difficile.

D'ailleurs, nous devonsajouter que la distinction entre un hermaphrodite masculin et un hermaphrodite féminin est souvent impossible, car, dans l'un et l'autre de ces types, il y a toujours tendance d'organes masculins à revêtir des formes féminines, ou d'organes féminins à revêtir des formes masculines. Les deux

Fio. \ 45. — Hermaphrodisme apparent féminin. Fillette de treize uns (S. Woods).

sexes s' empruntant leurs conditions particulières et s'avançant l'un vers l'autre, finissent naturellement par se rencontrer et se confondre absolument ; c'est ce dont on peut se rendre compte en examinant les deux figures 144 et 145 qui représentent l'une, un petit garçon, l'autre une petite fille, atteints d'hermaphrodisme apparent.

L'hermaphrodisme féminin, comme l'hermaphrodisme masculin, réagit plus ou moins sur l'ensemble de l'organisation et même sur les penchants moraux de l'individu; nous verrons d'ailleurs toutes ces particularités et d'autres intéressantes, dans les exemples que nous reproduisons ci -dessous :

Quelques observations d'hermaphrodisme apparent féminin. — A. Cas de Marie-Madeleine Lefort. — Ce sujet, resté célèbre, fut examiné une première fois par Béclard, a l'âge de seize ans, et par Horteloup, à soixante-cinq ans.

Voici d'abord quelques renseignements extraits du rapport publié par Béclard :

« Marie -Madeleine Lefort est âgée de seize ans (fig. 146) ; sa taille est de lm,50. Le cou est grêle; le larynx et la voix sont comme ceux d'un adolescent. Les mamelles sont développées, d'un volume moyen, surmontées d'un mamelon érectile, dont l'aréole, d'une couleur brune, est garnie de quelques poils. La lèvre supérieure, le menton et la région parotidienne sont couverts de barbe brune naissante ; les membres inférieurs sont couverts depoils longs, nombreux, bruns et rudes. L'anus est bordé de poils abondants.

« Les organes génitaux, examinés à l'extérieur, présentent :

« I" Une èminence sus-pubienne arrondie, couverte de poils ; la symphyse du pubis qui la supporte est allongée comme dans l'homme.

« 2° Au-dessous, un corps conoïde, long de 7 centimètres dans l'état de flaccidité, susceptible de s'allonger un peu dans l'état d'érection. Ce corps est surmonté d'un gland imper foré, recouvert dans les trois quarts de sa circonférence par un prépuce mobile; il est inférieurement creusé d'un canal déprimé et ne présentant point le relief de la partie pubienne de l'urètre viril. Ce canal est percé inférieurement de cinq petits Irons, placés régulièrement sur la ligne médiane.

« Au-dessous et en arrière de ce corps est une fente ou vulve, bordée de deux lèvres étroites et courtes, garnies extérieurement de poils qui s'étendaient depuis le clitoris péniformejusqu'à neuf à dix lignes au-devant de l'anus.

« A la partie antérieure de l'intervalle des lèvres, ou à la racine du clitoris, est une ouverture arrondie qui reçoit facilement une sonde d'un calibre moyen.

« Marie Lefort est réglée depuis l'âge de huit ans. L'émission de l'urine a lieu par l'ouverture principale, placée à la racine du clitoris, et par les trous dont l'urètre est criblé dans sa portion clitoridienne.

« Cette personne persuadée, il est vrai, qu'elle est femme, éprouve du penchant pour le sexe masculin et ne paraît pas éloignée de l'idée de se soumettre à une légère opération, nécessaire pour ouvrir le vagin . »

Béclard concluait donc que Marie Lefort, n'ayant du sexe masculin que des caractères secondaires, devait être une femme.

Fia. 146. —

Marie-Madeleine Lefort, à l'âge de seize ans. (Debierre).

298 ANOMALIES GRAVES DES OKGANES GENITAUX

Malgré cela, la plupart des chirurgiens et médecins des hôpitaux qui l'ont examinée l'ont considérée comme un homme atteint d'un arrêt de développement du pénis avec hypospadias et cryptorchidie.

Fia. 148. — Marie -Madeleine Lefort — Organes génitaux externes.

Lorsque, en 1864, cette personne vint mourir dans le service de Horteloup, elle avait soixante-cinq ans (fîg. 147) ; sa tête était chauve et son visage orné d'une longue barbe grise. A la voir ainsi superficiellement on aurait cru se trouver en présence d'un vieillard.

L'autopsie a pleinement confirmé l'opinion émise par Béclard; Marie-Madeleine Lefort était bien une femme, mais une femme atteinte d'une occlusion du

Fig. 149. — Marie-Madeleine Lefort. Coupe du bassin pour montrer les organes génitaux.

J, Sonde introduite par l'ouverture principale au-dessous du clitoris ; U, vagin; 0, ovaire ; T, trompe de Fallope ; U, utérus; /, ligament rond ; V, vessie ; m, uretère ; c', orifice de l'urètre ; B, rectum ; g, grandes lèvres de la vulve.

vagin et offrant, en même temps, une série de caractères extérieurs qui rendaient difficile la détermination exacte de son sexe.

B. Observation de Joseph Marzo. — Le cas de Joseph, ou Joséphine, Marzo est un peu plus compliqué, car pendant toute la vie du sujet on s'est mépris complètement sur son véritable sexe. Les renseignements qui suivent sont empruntés à l'observation publiée parle Dr Luigi de Crecchio *.

Après avoir été déclaré fille, au moment de la naissance, par la sage-femme consultée, cet individu fut examiné à quatre ans par un chirurgien qui le considéra comme un garçon cryptorchide.

A partir de ce jour, il fut élevé comme garçon et à douze ans s'initia au métier de valet de chambre, qui fut celui de toute sa vie.

A dix-huit ans, Joseph Marzo, qui avait une voix d'homme et voyait pousser sa barbe avec une certaine rapidité, commença à faire parler de ses aventures et de ses exploits. Ses allures de Lovelace achevèrent de rassurer son père qui avait, à plusieurs reprises, constaté l'absence de taches de sperme sur le linge de corps de son fils.

A dix-neuf ans, la famille de Marzo le fit changer de maître pour rompre des relations qu'il avait contractées avec une femme de service.

De vingt à vingt-cinq ans, il s'éprit d'un véritable amour pour une femme de chambre, jeune et gentille, qui lui rendait passion pour passion et avec laquelle il faillit se marier.

Joseph Marzo a été infecté deux fois de maladie vénérienne, sous la forme dechaudepisses, ce qui démontre

In. Annales d'hygiène el médecine légale, 2° série, t. XXV,

à 1 évidence ses relations sexuelles avec des femmes. Ses habitudes de cale, de tabac, étaient celles de nombre d'hommes de sa condition. Rien de féminin dans ses goûts, jusqu'à ses tendances libérales et anti-religieuses qui étaient bien différentes de celles des femmes de son pays.

Il mourut à quarante-cinq ans et l'examen anatomique de son cadavre démontra que Marzo était une femme et rien qu'une femme.

Si chez elle l'aspect extérieur, barbe, poils, étroitesse du bassin, absence de mamelles, étaient d'un homme, elle avait de la femme, les deux ovaires avec leurs trompes, l'utérus, un vagin long de 6 centimètres et de A centimètres de circonférence, s'ouvrant dans la partie prostatique de l'urètre. Pas de trace de testicule, d'épididyme ou de canal déférent. Il n'existait pas non plus de fente vulvaire, et, au lieu de scrotum ou de grandes lèvres, on trouvait un repli cutané.

Le clitoris, long de 6 centimètres à l'état de repos, en atteignait 10 pendant l'érection. Constitué par deux corps caverneux volumineux, terminé par un gland de 8 centimètres de circonférence, ce clitoris était parcouru par l'urètre dans la grande partie de sa longueur. Le méat urinaire était situé à la base du gland. C'était donc une véritable verge d'hypospade du premier degré, pouvant facilement accomplir l'acte du coït. La prostate était normale.

C. L'observation suivante est empruntée à M. Dsbierre1. Nous la reproduisons textuellement.

« Eu 1890, je reçus, à l'Institut auatomique de Lille.

1 Debierre, L' Hermaphrodisme, Paris, 1891.

302 ANOMALIES GRAVES DES OKGANES GENITAUX

un mort-né, provenant de l'hôpital de la Charité, qui, a prmièere vue, aurait été infailliblement déclaré du sexe masculin (fig. 150). Ses organes génitaux externes étaient en effet représentés par une verge de la grosseur de celle d'un nouveau-né ordinaire et des bourses assez bien détachées pour qu'on pût croire qu'elles contenaient les testicules. Une malformation de la verge aurait même achevé la confusion.

« Celle-ci, en effet, portait une ouverture à sa base (hypospadias).

« Or, à l'autopsie, je trouvais tous les organes génitaux internes propres à la femme, excepté le vagin qui faisait défaut (fig. 151). Chose plus curieuse encore, ce petit sujet, de par le reste tout à fait bien conformé, avait l'utérus situé en avant de la vessie, le col s'ouvrant dans le réservoir urinaire. »

D. Observation de Valmont. — Le cas de Valmont, publié par Bouillaud, est intéressant, car il s'agit d'un individu dont le véritable sexe n'a été connu qu'après la mort; pendant toute son existence on n'avait même pas soupçonné qu'il pût être autre chose qu'un homme. Les organes génitaux externes étaient assez parfaitement masculins, mais les organes internes étaient ceux d'une femme.

Cette observation nous a paru assez curieuse pour être rapportée avec quelques détails. Nous la reproduisons telle que nous l'avons trouvée dans la thèse du Dr G-uinard.

« Le nommé Valmont, chapelier, âgé de soixante-deux ans, veuf, de petite taille, entre à la Pitié, le 6 avril 1832 dans le service de M. le Dr Bouillaud. Il est atteint de choléra algide. Il succombe le lendemain.

Jl avait été placé dans une salle d'hommes. Aussi

Img. 150. — Aspect des organes génitaux externes d'un nouveau-né de sexe féminin simulant un enfant mâle.

T, Phallus avec large fente urétrale |simulant "un pénis hypospade : b, sacs (grandes lèvres) simulant les bourses (Debierre).

Fia. 151. — Coupe sagittale du bassin du même nouveau-né pour montrer la malformation des organes génitaux internes. U, Utérus ; V, vessie ; A, rectum (Debierre).

fûmes-nous fort étonnés de trouver à l'autopsie un

utérus bien conformé. Toutes les parties furent conservées dans l'alcool et M. Manec les ayant examinées, c'est d'après ces notes que M. rJouillaud en donne la description.

« Dansla région des organes génitaux externes, on voit une verge de grosseur moyenne, terminée par un gland bien conformé, ainsi que le prépuce dont il est recouvert. L'ouverture du méat urinaire, au lieu d'occuper le centre même du sommet du gland, existe vers le niveau inférieur de cette partie.

« Les bourses sont petites, mais d'ailleurs très reconnaissables ; les téguments qui en forment la partie essentielle offrent la couleur brune, le froncement qui existe à l'état normal, et sont ombragées de poils. Elles sont divisées en deux parties symétriques par un raphè qui s'étend du prépuce à l'anus et qui paraît un peu plus dur et plus saillant qu'on ne le rencontre ordinairement chez l'homme. Les bourses sont dépourvues de testicules, on n'y rencontre aucun vestige de ces organes; elles ne contiennent qu'un tissu cellulaire lamelleux, semblable à celui qu'on retrouve dans l'épaisseur des nymphes.

« Le pubis ou mont de Vénus, plus arrondi plus bombé qu'il ne l'est ordinairement chez l'homme, est hérissé de poils longs, mais médiocrement abondants, s'avançant sur la verge comme pour la cacher.

« Il existe, dans le bassin deux ovaires semblables par leur forme et leur structure à ceux d'une jeune fille de quinze à seize ans ; deux trompes utérines avec leur pavillon et leur petite extrémité s'ouvrant dans l'utérus, comme chez une femme bien constituée.

« Cet utérus, d'une conformation qui ne laisse rien à

désirer, occupe sa place accoutumée, entre le rectum et la vessie, et va s'ouvrir dans une espèce de vagin, ainsi qu'il sera dit plus bas. La cavité de l'utérus offre ces rides arborisées qu'on rencontre chez les femmes qui n'ont pas eu d'enfant.

« L'extrémité inférieure de cet utérus, ou le museau de tancbe, fait saillie dans le vagin ainsi que cela se voit à l'état normal.

« Le vagin, long de 2 pouces, d'une largeur moyenne, présente à sa face interne, d'une manière évidente, les rides nombreuses qu'on y rencontre chez les vierges.

« Parvenu vers le col de la vessie, ce canal se rétrécit assez brusquement et ne forme plus, vers la partie membraneuse du canal de l'urètre, qu'un petit conduit qui, se dirigeant de bas en haut, va s'ouvrir, par un orifice d'environ 3 millimètres de diamètre, dans l'urètre, à travers la paroi membraneuse indiquée plus haut ; de sorte que l'urètre n'est réellement que la continuation du vagin dont il vient d'être question.

« L'urètre se comporte d'ailleurs, au delà de ce point de jonction, absolument de la même manière que celui de l'homme ; il en offre tous les caractères et comme lui se trouve, entouré à son origine, par une prostate bien conformée. Ce corps glandiforme imprime au canal qui le traverse une configuration semblable à celle qu'il présente dans le sexe masculin, savoir : une saillie, verumontanum, à la paroi inférieure, et deux gouttières latérales, dans le fond desquelles on aperçoit les orifices des follicules prostatiques ; mais sur la crête urétrale on cherche vainement la trace de l'ouverture des canaux éjaculateurs. Au delà de la prostate, l'urètre est dépouillé, dans une longueur de S à 10 lignes, de tout tissu

extérieur. Plus loin, un tissu spongieux avec renflement bulbeux s'ajoute à ce canal, l'accompagne dans tout le reste de sa longueur et s'épanouit ensuite pour former la glande. Toute cette portion spongieuse est adossée à la face inférieure des corps caverneux, lesquels, forts et développés comme chez l'homme, sont munis à leur racine d'un appareil vasculaire aussi complet, et peut-être plus puissant qu'on ne le trouve ordinairement chez l'homme. Les muscles bulbo-caverneux, en particulier, sont très longs et très épais; les glandes de Cowper existent comme dans le sexe mâle.

a De même que les testicules, les vésicules séminales et les canaux déférents manquent complètement. Il ne sort, par l'anneau inguinal, qu'un tissu cellulaire dense, rudiment du ligament rond (le ligament large existait comme chez la femme la mieux conformée), un filet nerveux et une artère. La seule chose qui nous ait paru s'éloigner un peu de ce que l'on trouve ordinairement chez la femme, c'est le volume de cette artère; laquelle très forte de chaque côté va communiquer par de larges anastomoses avec l'artère superficielle du périnée et les branches des artères honteuses externes.

Absence complète des parties qui constituent les organes génitaux externes féminins, tels que vulve, grandes, petites lèvres, etc. »

E. Grossesse dans V hermaphrodisme apparent féminin. — Dans certains cas, d'hermaphrodisme féminin la grossesse a pu s'observer. Ainsi on trouve rapportée l'histoire d'un soldat hongrois et d'un moine d'issoire qui devinrent gros, eurent une grossesse normale et accouchèrent, l'un en plein camp, l'autre dans sa cellule, d'un enfant parfaitement conformé (.Montaigne).

Jacques Duval, médecin du xvn° siècle \ rapporte le fait suivant : « En ladicte ville de Paris, il y a un jeune homme d'église, prostré, lequel est gros d'enfant, et recogneu pour tel ; il a été renfermé prisonnier aux prisons de la cour ecclésiastique, pour là attendre la fin de sa grossesse, et recevoir peu après, punition condisme à sa faute. »

G. Hermaphrodisme apparent féminin chez les animaux. — Chez les animaux l'hermaphrodisme féminin ne fait pas défaut.

Ruysch mentionne le cas d'une brebis dont le clitoris était volumineux et qui était surtout remarquable, par l'existence dans les lèvres vulvaires, de deux pelotes graisseuses, simulant assez exactement les testicules d'un sujet affecté d'hermaphrodisme masculin.

Zundel a publié une observation qui nous a semblé être un peu le pendant de celle de Valmont :

Sur un bœuf, sacrifié à l'abattoir, dont le pénis était parfaitement normal, à peine un peu moins gros que d'habitude, on a trouvé un utérus bicorne, présentant à chaque extrémité un ovaire bien constitué, retenu par un ligament large bien développé, où l'on voyait très bien les flexuosités de l'oviducte. Cet utérus partait du col de la vessie, avec lequel il communiquait par un petit canal capillaire ; sa muqueuse montrait des saillies arrondies, rappelant les cotylédons de la vache.

Ces observations nous paraissent suffisantes pour apprendre au lecteur quelles sont les variations que l'on peut rencontrer, particulièrement chez les sujets de l'espèce humaine, dans l'organisation, la conformation

1 Jacques Duval, Traité des hermaphrodites, Rouen, 1610.

extérieure, les aptitudes, las penchants et les goûts des êtres féminins atteints d'hermaphrodisme apparent et communément appelés hommasses .

Caractères de l'hermaphrodisme des voies génitales; sa division en hermaphrodisme simple et complexe. — Hermaphrodisme simple des voies génitales chez un sujet de l'espèce humaine et" chez un âne. — Hermaphrodisme complexe des voies génitales.

— Ohservations de Leuckart, de Petit, de Mayer, chez l'homme.

— Hermaphrodisme complexe chez les animaux. — Observation d'un cabri atteint de cette malformation. — Observation de Blanc sur un animal de la même espèce.

L'anomalie atteint les voies génitales. Les organes essentiels sont toujours des testicules ou des ovaires.

Les organes externes, rarement caractéristiques de l'un ou l'autre sexe, présentent, le plus souvent, une des conformations vicieuses que nous avons décrites dans l'hermaphrodisme apparent; d'autre part l'habitus extérieur et les goûts des sujets sont ou non en rapport avec le sexe qui paraît prédominer.

L'hermaphrodisme des voies génitales peut être simple ou complexe : simple, quand il n'y a pas excès dans le nombre des parties ; complexe, dans le cas contraire.

Hermaphrodisme simple des voies génitales. — Chez un individu à testicules, les voies génitales sont du type féminin, tandis que les organes génitaux externes, ainsi que les formes extérieures, présentent ordinairement un mélange des conditions de l'un et l'autre sexe. C'est la première forme.

La deuxième forme est caractérisée par ce fait que, chez un individu à ovaires, les voies génitales sont du type masculin et les apparences extérieures sont mixtes.

La première forme serait la plus fréquente, cependant nous devons reconnaître que, pour l'une comme pour l'autre les exemples authentiques ne sont pas nombreux. Il y a pourtant quelques cas de cités, et parmi eux voila, à mon avis, un exemple qui doit être reproduit.

Observation de Follin, sur un indi vidu de V espèce humaine. - En 1848, Follin1 a publié les résultats de l'autopsie d'un individu qu'Antoine Dubois avait considéré vingt ans auparavant, comme un hypospade maie.

L'examen anatomique révéla l'existence d'un utérus et d'un vagin rudimentaires, s'ouvrant dans l'urètre; mais de plus on trouvait, à droite, un ligament rond et une trompe sans ovaire, à gauche un ligament rond, une trompe et un testicule avec ses tubes sèminifères.

Les organes génitaux externes étaient représentés parune verge de 6 centimètres, avec ouverture urétrale à la racine, et par deux saillies latérales, différant autant des grandes lèvres que d'un scrotum. Pas de fente vulvaire. Il n'y avait jamais eu ni menstruation, ni tendance sexuelle d'aucune sorte.

Il est vrai que dans cette observation on n'a rencontré qu'un testicule, mais en revanche, il n'y avait pas trace d'ovaire et les voies génitales étaient du sexe féminin.

Observation chez une ànesse. — L'exemple suivant est plus démonstratif :

Une ànesse, dont la conformation générale participait de celle du mâle et de celle de la femelle, avait des organes génitaux externes quelque peu imparfaits mais surtout féminins.

1 Follin, Ga;ette des Hôpitaux.

A l'autopsie, on trouva un utérus et un vagin mal conformés; mais, chose plus curieuse, à part les ligaments larges, on voyait se porter, de chaque côté, vers la région inguinale, un cordon semblable au ligament rond, accompagné par un prolongement du péritoine analogue à la tunique vaginale commune, et renfermant en effet un testicule. Les trompes utérines faisaient défaut.

^ Malgré le petit nombre d'exemples authentiques, l'hermaphrodisme simple des voies génitales est parfaitement admissible et constitue une forme grave, d'ailleurs très réalisable.

Hermaphrodisme complexe des voies génitales. — Il diffère du précédent, en ce qu'il y a excès dans le nombre des parties ; les voies génitales sont doubles.

On trouve alors chez un même individu, mâle ou femelle, c'est-à-dire porteur de testicules ou d'ovaires, deux oviductes accompagnant deux spermiductes.

Les organes externes sont équivoques, rarement on les voit présenter une disposition franchement masculine ou féminine.

Le degré le plus simple de cette anomalie se trouverait dans l'observation de Leuckart, qui a vu un sujet présentant un simple agrandissement de l'utricule prostatique, ou vagin mâle, devenu par ce fait une grande vésicule à rides transversales s'ouvrant sur le vérumontanum.

Chez certaines espèces de ruminants, mais surtout chez les rongeurs, les cobayes en particulier, on trouve normalement une disposition rappelant la variété d'hermaphrodisme dont nous parlons.

Il est chez l'homme un exemple qui est parlout cité,

c'est celui de ce soldat, autopsié par Petit, de Namur, qui extérieurement ne présentait qu'une absence des testicules dans les bourses. Comme organes génitaux internes on vit chez lui : deux testicules avec épididyme, 'ccanaux déférents, prostates et vésicules séminales s'ouvrant dans le canal de l'urètre. Dans le même canal a aboutissait aussi un utérus, dont les angles se conti- : nuaientavec deux trompes deFallope complètes.

Frouqué, Boogard, Martin, Barth etRemy, Stonliam ont rapporté des laits plus ou moins analogues, observés aussi chez des individus de l'espèce humaine.

Mayer a étudié un fœtus humain de six mois, chez 1 lequel l'appareil mâle était complet, mais qui présentait, en outre, une matrice et un vagin qui allait s'ouivrir dans l'urètre, par un très petit orifice situé près du ( col de la vessie.

Des anomalies de même genre ont été constatées chez lie bouc et chez le chien. En voici un exemple assez i curieux.

Il s'agit d'un chien adulte, porteur de testicules, t encore contenus dans l'abdomen, et de canaux déférents i normalement développés, qui était pourvu en outre (d'un vagin, s'ouvrant dans l'urètre, et d'une petite i matrice divisée en deux cornes, le long desquelles ranimaient les canaux déférents. On a trouvé encore, chez ice même sujet, deux trompes inégales, dont la plus développée aboutissait même jusqu'au testicule du même (côté.

Voici maintenant une observation qui nous est person nelle et que nous croyons assez intéressante pour être i exposée avec détails.

Il s'agit d'un cabri de trois à quatre mois environ, que nous avions acheté à un cultivateur qui l'avait amené à la clinique de l'Ecole pour faire enlever une tumeur qu'il présentait vers la commissure inférieure de la vulve, tumeur qui nous parut être d'abord une simple hypertrophie du clitoris, car, pour tout le monde alors, ce cabri était une femelle.

Fig. 152. — Organes génitaux externes d'un cabri atteint d'hermaphrodisme des voies génitales.

A, Anus ; CS, commissure supérieure de la vulve ; O, orifice vaginal ; P, pointe du pénis représentant un clitoris hypertrophié ; CI, commissure inférieure.

Si nos lecteurs veulent bien examiner avec attention la figure 152, qui représente les organes génitaux externes de notre sujet, ils comprendront qu'à première vue on avait quelques raisons de ne pas songer à autre chose.

Notre surprise a donc été grande, lorsqu'après avoir employé cet animal aux recherches physiologiques auxquelles nous le destinions, nous nous sommes aperçus qu'il était atteint d'une anomalie sexuelle des plus remarquables.

Avant de le tuer et d'en faire l'autopsie, nous avions cependant examiné avec le plus grand soin ses organes génitaux externes, et en employant la palpation et le sondage, nous avions simplement relevé les particularités suivantes.

A 20m,7 de l'anus (A) se trouvait la commissure supé-

Fig. 153. — Organes internes du sujet précédent.

TT, Testicules ; EE, épididyme; DD, canaux déférents ; VS, VS, vésicules séminales; VT, vaisseaux testiculaires; CG, corne gauche; CD, corne droite ; J, utérus ; G, point correspondant au col utérin ; LR, ligament rond ; VA,' fagin ouvert (à partir de ce point la situation des organes a été un peu mo-

ilièe pour mieux faire voir la disposition du pénis) ; B, base du corps caverneux, qui après un très court trajet, s'infléchit en 3, formant la masse repliée ;ui se voit à droite de l'ouverture du vagin; P, extrémité du corps caver-

eux, taisant saillie à l'intérieur et simulant un clitoris; CI, commissure inférieure ; VE, vessie.

•ieure (CS) d'une vulve, dont la fente mesurait ellemême 2 centimètres de longueur. La commissure inférieure

Guinaud, Tératologie. jo

(CI) de cette vulve était arrondie et les deux lèvres, au lieu de se rejoindre, étaient écartées l'une de l'autre, laissant saillirau dehors un petit tubercule rouge (P), de la grosseur d'un pois, ressemblant absolument à un clitoris hypertrophié.

En pinçant la base de ce clitoris, entre les doigts on percevait, très bien, un petit cordon qui paraissait être simplement ses racines

En écartant davantage les lèvres de la vulve, on voyait un orifice vaginal très dilatable (0), ne mesurant pas moins de 0,009 de diamètre. Une sonde à chien pénétrait aisément dans le vagin et en suivant le plancher de cette cavité, il nous fut possible de la diriger sans aucune difficulté dans le canal de l'urètre et dans la vessie.

La région inguinale ne présentait pas trace de bourses, ni de testicules, et les mamelons qui s'y trouvaient ne différaient pas de ceux qu'on observe ordinairement chez les jeunes chevrettes.

Pour toutes ces raisons, nous n'avions pas cru indispensable de pousser plus loin nos investigations et n'aurions jamais songé à avoir des cloutes surla disposition anatomique des régions profondes.

La première chose, qui nous a frappé, k l'ouverture de l'abdomen, c'est le volume énorme de l'utérus (U, fig. 153), qui, normalement placé, présentait un corps piriforme, très large à sa base et se terminant en avant par une partie plus étroite qui aboutissait aux deux cornes (GG et CD).

A l'extrémité de ces dernières et exactement à la place qu'occupent habituellement les glandes génitales, nous avons trouvé, non pas des ovaires, mais des testicules (T) parfaitement conformés, ayant les dimensions d'une grosse noisette, et sur la structure desquels il n'était pas possible de se méprendre. Seul l'épididyme (E) était irrégulier et offrait des prolongements lobulaires anormaux.

Des testicules partait un paquet de vaisseaux (VI), formant un amas variqueux bien détaché de l'organe, d'où s'échap -

laient une artère et une veine, artères et veines testiculaires, Lesquelles aboutissaient à la région lombaire.

Nous parlerons plus loin des conduits spermatiqu.es, qui au I iremier abord n'étaient pas très visibles.

Quant aux cornes utérines, elles se terminaient toutes les leux par un cul -de-sac effilé, sans trompe, ni pavillon. Elles itaient d'inégale longueur ; l'une, celle de droite (CD), ■tait plus longue que celle du côté gauche (CG). L'utérus était fixé a la région sous-lombaire par un ligal.ment large, absolument normal, s'insérant sur la concavité des cornes et la face inférieure du corps, et présentant en dehors un ligament rond très distinct (LR), qui aboutissait là l'anneau inguinal supérieur.

Nous avons dit déjà que cet utérus était beaucoup plus s spacieux qu'il ne l'est habituellement chez les jeunes chebrrettes ; gonflé il mesurait 3 centimètres de diamètre et sa roapacité intérieure était de 22 centimètres cubes environ.

Le vagin (VA), long de 3 centimètres, était, lui aussi, t::rès large et se continuait, sans délimitation apparente, avec lia partie postérieure retrécie de la matrice dont le col (G) l'était indiqué que par un épaississement circulaire en forme nTanneau.

Les testicules, avons-nous dit, existaient aux lieux et flace des ovaires, à l'extrémité des cornes utérines, et ne sembblaient pas, à l'examen superficiel, être pourvus de canaux 5',ïpermatiques. Cependant, en les observant attentivement, on /oyait partir d'un des lobes de l'épididyme de chaque testicule, un petit cordon très étroit (D) qui se perdait dans 'épaisseur du ligament large à travers lequel on pouvait le suivre très bien, soit en regardant par transparence, soit en palpant. Ce petit cordon longeait de part et d'autre le bord concave des cornes utérines, gagnait le corps de la matrice ît, soudé intimement à sa face inférieure, se dirigeait, d'avant m arrière parallèlement avec son congénère de côté opposé, /ers le canal de l'urètre.

La soudure de chacun des petits cordons dont nous ve nons de parler, avec les parois de la matrice, était si intime qu'on ne pouvait les suivre qu'avec beaucoup d'attention ; mais ils représentaient évidemment des canaux déférents atrophiés. Ces canaux déférents avaient partout le même diamètre et ne présentaient pas de renflement pelvien.

Au voisinage du col de la vessie, on apercevait, très distinctement, deux vésicules séminales (VS), qui se montraient sous la forme de petites saillies, ayant 0m,025 de long sur 0m,007 de large. Gomme les canaux déférents, ces vésicules faisaient corps avec les parois utérines.

Du reste les vésicules séminales, pas plus que les conduits spermatiques, ne présentaient de cavité intérieure.

A partir de ce point, on suivait bien difficilement les canaux déférents, mais nous les avons vus, cependant, se terminer au niveau du vagin, au voisinage de l'insertion du col vésical.

La dissection des organes génitaux externes, n'a pas été moins curieuse.

Le tubercule en saillie (P), que nous prenions pour un clitoris hypertrophié, représentait la terminaison d'un corps caverneux qui était logé dans l'épaisseur des tissus, au niveau de la commissure inférieure delà vulve. Ce corps caverneux était réduit à l'état d'un petit cordon cylindrique, ayant 0,003 de diamètre, plein et dépourvu de gouttière inférieure; il partait de l'arcade ischiale, où il était. fixé par deux racines (B), que recouvraient, comme à l'état normal, les muscles ischio-caverneux.

De là, on voyait le corps caverneux se replier alternativement à gauche et à droite, formant ainsi sept courbures successives, tassées les unes contre les autres et se terminant au tubercule (P), qui en était la pointe.

En somme, à part les testicules qui lui donnaient son véritable sexe et qui en faisaient un mâle, notre sujet, par les autres organes sexuels dont il était pourvu et dont le degré d'imperfection semblait équivalent, était à la fois mâle et

femelle. Il possédait en effet, utérus, vagin et vulve, canaux déférents, vésicules séminales et pénis.

Mais extérieurement, hors le petit tubercule en saillie qui constituait la seule malformation apparente, c'était une véritable femelle.

Nous avons fait quelques recherches bibliographiques, relativement à cette variété d'hermaphrodisme et nous n'avons pas trouvé de cas dans lequel le mélange des caractères organiques des deux sexes se soit fait d'une façon aussi curieuse. Dans la majorité des types connus, il y a presque toujours un appareil complet, assez bien constitué, sur lequel viennent simplement se greffer des voies génitales de l'autre sexe.

Il y a peu de temps, notre collègue Blanc a publié une observation remarquable faite également sur un jeune bouc, chez lequel tous les organes génitaux mâles existaient à l'état normal, à l'exception toutefois des glandes de Cowper.

Outre l'appareil mâle, ce bouc possédait un appareil femelle, constitué par un utérus bicorne et un vagin clos se terminant en cul-de-sac au niveau delà partie moyenne de la portion membraneuse de l'urètre.

Les testicules étaient parfaitement descendus dans les bourses, et avaient même entraîné avec eux, dans le trajet inguinal, l'extrémité des trompes utérines qui étaient ainsi accolées aux canaux déférents (fig. 154).

Le pénis, disposé en S, se terminait, en arrière du scro lum, par un gland qui cachait l'orifice externe du canal de l'urètre, lui-même indépendant du corps caverneux. Cette forme moins compliquée que celle que nous avons étudiée, a toutefois un réel intérêt, et nous paraît assez rare.

Fig. 151. — Organes génitaux d'un bouc hermaphrodite (Blanc).

a, Testicule; b, queue de l'épididyme; c, canal défèrent; il, renflement pelvien ;"c vésicule séminale; f, orifices des canaux èjaculatcurs ; A, vessie

Les observations précédentes nous montraient que chez les individus à testicules les canaux de Mùller peuvent prendre un développement anormal ; il est d'autres faits qui montrent, au contraire, un développement insolite des canaux de Wolf, chez des individus à ovaires.

D'ailleurs la persistance même de ces canaux est un fait régulier chez plusieurs espèces de mammifères, particulièrement chez la vache, la truie, la chatte où ils constituent les canaux de Gartner.

Dans les espèces où les canaux de Wolff se réduisent normalement aux corps de Rosenmùller, leur persistance devient une anomalie. C'est ce que Colombier a constaté chez un individu de l'espèce humaine, qui montrait, à partir des ovaires, deux canaux parcourant le ligament large, parallèlement aux trompes, et aboutissant à la racine du clitoris.

i, portion membraneuse de l'urètre ouverte sur la ligne médiane ; k, racines du corps caverneux ; /, corps caverneux, recouvrant le canal de l'urètre ; m, sa terminaison; n, lambeau de peau supportant la terminaison du pénis ; o, ligaments rétracteurs du pénis (écartés); p, muscle protracteur du fourreau ; 7, trompe de Fallope ; r, corne de l'utérus; s, étranglement représentant le col utérin ; I, cul-de-sac du vagin.

La pièce a été étalée sur un plan, de telle sorte que le coude formé par le canal de l'urètre au niveau de la symphyse pelvienne n'existe plus. La partie de la figure située au-dessus du point h représente la face ventrale des organes profonds, et la partie inférieure, la face dorsale du pénis.

Caractères de l'hermaphrodisme glandulaire. — Division en deux groupes. —Hermaphrodisme glandulaire latéral. — Observations de Morand et de Klotz. — Hermaphrodisme glandulaire complet; caractères de ce type. — L'Hermaphrodisme des glandes, hermaphrodisme analomique complet, doit être reconnu chez les mammifères. — Observation d'Heppner. — Observations d'un cas analogue chez un animal de l'espèce caprine. — A propos de la classification des différentes formes d'hermaphrodisme.

Testicules et ovaires, tels sont surtout les organes qui donnent la marque et différencient les sexes ; voilà pourquoi, dès qu'il y a coexistence, chez le même individu, de l'une et de l'autre glande, la confusion des sexes est complète.

Chez les êtres vraiment mixtes qui entrent dans cette catégorie, l'étude des organes génitaux externes est intéressante, car elle montre que ces organes se rapprochent du type sexuel auquel se rapportent l'habitus extérieur et les goûts du sujet..

Les deux types principaux que nous reconnaîtrons dans ce groupe sont: i°V hermaphrodisme glandulaire latéral; 2° l'hermaphrodisme glandulaire complet.

Hermaphrodisme glandulaire latéral. — Le corps étant supposé partagé en deux moitiés par un plan vertical, antéro-postérieur, il y a hermaphrodisme glandulaire latéral, quand un des côtés du plan contient des organes mâles et l'autre des organes femelles.

Morand cite le cas d'un sujet de quatorze ans, dont les organes génitaux externes étaient ceux d'un hypospade mâle, et qui présenta, à la nécropsie : à droite, un ovaire, une trompe, un utérus et un vagin ; à gauche, dansjle

canal inguinal, un testicule, avec épididyme et canal déférent. — Pendant sa vie ce sujet fut considéré comme étant du sexe masculin.

Jean -Pierre Hubert et Louis Hainault, étudiés par Maret, avaient des organes mâles, à gauche, des organes femelles à droite.

Rudolphi, Mayer, Barkow, Banon, Cramer, Gruber, Odin, Klotz, Obolonskyont observé et publié des anomalies de même nature.

Les observations de Klotz et d'Obolonsky sont assez remarquables.

Les détails suivants sont contenus dans le procèsverbal d'autopsie du sujet de Klotz :

Type corporel mixte. Seins développés comme chez une femme. Pénis hypospadique, de chaque côté duquel sont situés deux sacs (grandes lèvres) ; celui du côté gauche renferme un testicule avec épididyme, tunique vaginale; celui du côté droit, un ovaire, aj^ant subi la dégénérescence kystique, avec trompe, utérus unicorne, étranglé en forme de clepsydre par le canal inguinal, le tout enveloppé dans une tunique propre.

La cavité utérine débouchait dans une sorte de canal cervical, qui communiquait avec un vagin pourvu d'un hymen, le vagin lui-même débouchant dans l'urètre. Le canal déférent, qui s'étendait du testicule jusque dans le bassin, se fondait, dans la paroi postérieure de la vessie, avec la portion de l'utérus qui adhérait au col vésical, et débouchait, dans l'urètre, à côté du canal cervical. Par suite, l'urètre, l'utérus et le canal déférent débouchaient dans un canal commun (sinus uro-génital) .

Les organes génitaux internes de l'hermaphrodite d'Obolonsky montraient, à gauche, dans le ligament

large, un corps ovoïde ayant la structure d'un ovaire et du même côté, une trompe utérine s'unissant à la corne unique d'un utérus infantilis et se terminant par un pavillon. A droite, on trouvait un testicule bien conformé pourvu de son épididyme et de son canal déférent ; de ce côté il y avait aussi un rudiment de trompe de Fallope.

Les organes externes étaient équivoques.

Tels sont les faits qui, à notre avis, peuvent faire comprendre la malformation que nous qualifions d'hermaphrodisme glandulaire latéral.

Hermaphrodisme glandulaire complet. — C'estle plus complet et le plus intéressant de tous les types d'hermaphrodisme que nous avons étudiés jusqu'à présent.

Caractérisé par la coexistence sur le même individu, d'un double appareil sexuel, il montre deux testicules, deux ovaires, des voies génitales mâles et des voies génitales femelles, avec conformation équivoque des organes de copulation.

Nié par quelques physiologistes et encore aujourd'hui par certains embryologistes, c'est, malgré toutes les contestations, un type que nous devons admettre, car les cas qui ont été étudiés, bien que rares à la vérité, ont pour nous plus de valeur que toutes les considérations embryologiques les plus profondes.

Il est d'abord un certain nombre d'observations rapportées par Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, observations que ce savant considérait comme authentiques, parce qu'elles ont été recueillies en des temps et en des lieux différents, par des hommes dont le nom suffirait pour en garantir l'exactitude.

Telles sont les observations de Schrell, sur un homme ;

de Harlan, sur un jeune gibbon ; deHunteret Mascagni, sur des animaux bovins ; de Délia Chiaie sur une chèvre.

Bien qu'acceptés et présentés par un savant comme Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, ces cas ne sont pas pris en considération et sont mis au nombre des fables. IL est vrai qu'ils renferment certains détails mal vus et probablement erronés, mais ceci n'implique pas que tout soit faux et que les auteurs n'aient pas rencontré, chez un même sujet, deux ovaires et deux testicules, ce qu'il importe surtout de savoir dans le cas présent.

Depuis, des faits plus récents ont été signalés et étudiés avec le plus grand soin, et parmi ceux qui nous semblent offrir toutes les garanties désirables nous citerons l'observation d'Heppner1, sur l'homme, de Reuter, sur un porc, de Schnopfhagen 2, sur une chè vre et enfin celle que nous avons faite nous-mêmes3, sur un animal de l'espèce caprine.

Observation d' Heppener, sur un sujet présentant un cas d'hermaphrodisme glandulaire complet. — Voici d'abord un résumé de l'observation d'Heppner:

Le 19 janvier 1858, fut admis, à l'hôpital des Enfants trouvés de Saint-Pétersbourg, un enfant nommé Paul Bogdanoff. Cet enfant, né avant terme, vécut seulement sept semaines et mourut le 8 mars. L'autopsie en fut faite par le Dr Rauchfuss, qui plaça les organes du bassin dans l'alcool.

1 Heppner, Archio. f. Anal, une! Plujs., 1870, n° G, p. 679.

2 Schnopfhagen, Med. Jahrb. herausgegeben von der K. K. Geselhchaft der Artîle zu Wien, 1877, II, p. 341.

3 Guinard, Journal de médecine vétérinaire publié à l'École de Lyon, juillet 1800.

Ce sont ces organes qui ont été étudiés, en 1872, par Heppner, qui en a donné une description minutieuse.

Les parties génitales externes présentaient complètement l'aspect du type masculin, mais de forme anormale.

Le pénis, affecté d'hypospadias, était entouré par les muscles périnéaux, au niveau des pédoncules des corps caverneux ; il offrait, en ce point, un canal urétral ayant tous les caractères de la portion membraneuse du canal de l'urètre chez l'homme, moins les glandes de Cowper qui n'existaient pas (flg. 155). Dans celte même région le canal se divisait en deux conduits séparés : le canal de l'urètre proprement dit (f) et l'entrée du vagin, représentée par une fente longitudinale située sur la face postérieure du canal uro-génital.

On trouvait aussi une prostate (h), constituée par un corps glanduleux compacte, en forme de selle, qui entourait l'urètre et l'extrémité inférieure du vagin en avant et sur les côtés.

Le vagin (l) partait de la fente qui existait sur la paroi postérieure du canal de l'urètre ; étroit dans sa partie inférieure, il s'élargissait en remontant vers un utérus (m) normal sous tous les rapports. Les deux trompes utérines (o) étaient bien développées ; elles présentaient plusieurs eourbures sur leur trajet, et possédaient des ouvertures abdominales normalement conformées et garnies de franges (p).

De chaque côté on voyait également les ovaires (g), très régulièrement conformés et ayant l'aspect que ces organes présentent chez de très jeunes enfants.

Au-dessous de la pointe extrême de chaque ovaire,

on trouvait un corps glanduleux, situé sur le bord libre de l'aileron moyen et sur le feuillet antérieur du liga-

Fio. 155. — Hermaphrodisme vrai (d'après Heppner).

a, Glani du phallus; e, orifice urétral; 6, corps caverneux ; c, urètre; rf, bulbe de l'urètre ; f, portion membraneuse de ce canal; h, prostate; 1, vessie; I, vagin; m, utérus; a-, ligament rond; k, uretère; j-, s, testicule; it, hydatide; o, oviducte, q\ ligament utèro-ovarien ; 7, ovaire, I, êpididyme; p, pavillon de la trompe; testicule; m', fond r!e l'utérus; rc, ligament utérorectal.

ment large de la matrice; c'étaient les testicules (r s).

Nous ne donnerons pas d'autres détails, mais compléterons cette observation en disant que l'examen microscopique des glandes sexuelles a été fait avec tout le soin voulu et qu'il a permis d'établir d'?<»<? manière

Gui.nakd, Tératologie. jo,

incontestable les caractères spécifiques de chacune d'elles, en montrant : des vésicules de Graaf, dans l'ovaire, des canaux sèminifères dans le testicule.

Les glandes sexuelles caractéristiques de l'un et l'autre sexe existaient donc bien.

Hermaphrodisme glandulaire complet citez un animal de l'espèce caprine. — A l'observation d'Heppner, nous joindrons celle que nous avons faite, à l'abattoir de Dijon, et que nous avons publiée déjà dans les termes suivants 1 :

« Le 26 octobre 1887, on me présenta les organes sexuels d'un jeune animal de l'espèce caprine, qui, d'après les termes mêmes du propriétaire, était mâle et femelle, mais qui, vivant, avait toutes les apparences extérieures d'une femelle.

« A l'examen de ces organes, je fus tout d'abord surpris de trouver quatre glandes génitales.

« Deux decesglandes.représentantlesovaires, avaient un développement normal ; elles adhéraient au bord antérieur d'un ligament large qui lui-même supportait un utérus également bien conformé. Les deux autres glandes avaient les dimensions d'une grosse noisette, elles étaient molles, fiasques et sans consistance.

« Ayant demandé à voir le cadavre de l'animal, j'examinai avec soin tous les organes pelviens, les organes génitaux externes et les parties voisines qui n'avaient pas été touchées. Je pus ainsi me rendre un compte exact de la disposition anatomique particulière que présentait cette malformation et relever les faits suivants :

« La vulve, très irrégulière, était surtout largement

1 Guinard, loc. cit.

fendue ; sa commissure inférieure, au lieu de se terminer en pointe, était arrondie, se prolongeait entre les cuisses et laissait voir un clitoris faisant une saillie de S milimètres et demi environ. — Cette vulve servait d'orifice à un vagin normal, lequel aboutissait à l'utérus bicorne dont nous avons parlé, utérus pourvu de trompes et de deux ovaires.

« Je dois signaler aussi un grand développement en avant du ligament large, dont le bord antérieur était beaucoup plus étendu que normalement.

« Mais le véritable intérêt de cette observation se : trouve clans la coexistence de deux glandes génitales supplémentaires .

« Ces deux glandes étaient situées dans la région inguinale et avaient des moyens de fixation sur le ligament large, par l'intermédiaire d'une sorte de frein : séreux qui partait de la surface de l'organe. Un examen : minutieux macroscopique et microscopique ne m'a 1 laissé aucun doute sur la nature de ces glandes ; j'avais I bien affaire à des testicules atrophiés.

« L'épididyme n'existait pas, mais, dans le prolonge îment de l'insertion, du frein séreux qui supportait la ; glande, j'ai parfaitement observé de chaque côté, une : sorte de cordon plein qui avait les dimensions d'un ] petit chalumeau de paille et se dirigeait, d'avant en ; arrière, vers la cavité pelvienne, en suivant le bord -supéro-externe de l'utérus, dans l'épaisseur même du I ligament large.

« Ces cordons semblaient aboutir et se terminer sur 1 le canal de l'urètre, très près du colvésical, mais comme il n'y avait pas d'orifice en ce point de la face interne du canal, je n'ai pas eu de renseignements bien précis

à cet égard. Toutefois, je pense qu'ils représentaient d'une façon évidente la trace de canaux déférents in complètement développés. »

Nous avons conclu de tous ces faits que, dans le cas précédent, nous avons eu affaire à un hermaphrodisme complet bisexuel, chez un individu où le type féminin dominait.

Nous regrettons vivement que les circonstances dans lesquelles nous avons fait cette observation ne nous aient pas permis de prendre un dessin exact de la pièce que nous avons étudiée; une figure aurait très heureusement complété notre description, d'autant plus que deux ou trois de nos préparations microscopiques étaient absolument démonstratives.

Après cela, peut- on douter de Y hermaphrodisme anatomiquevrai, complet, chez les mammifères et chez l'homme ? Ce n'est pas notre avis.

Dans les quelques considérations préliminaires que nous avons présentées au commencement de ce chapitre, sur le développement des organes génitaux, nous nous sommes efforcé de bien faire comprendre que l'homme, comme tous les vertébrés, possède dès le début de l'évolution des organes mâles et des organes femelles, nous comprenons maintenant que pour ce qui est des glandes génitales, en particulier, le développement histogènique que nous avons admis n'est pas en désaccord avec la formation simultanée et bilatérale, d'un ovaire et d'un testicule.

M. le professeur Debierre soutient d"ailleurs le même fait et dit très justement que le testicule et l'ovaire sont des organes trop différenciés, pour qu'on puisse se résoudre d'emblée à les regarder comme sortis d'une ébauche

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