‹ Précis de tératologieChapitre 152 sur 211 · I. MONSTRES EUSOMPHALIENS · texte numérisé non relu

I. MONSTRES EUSOMPHALIENS

Caractères cles monstres eusomphaliens. — Genres reconnus dans cette famille. • — Genre pygopage. — Pygopages remarquables. — Hélène-Judith. — Rosa-Josepha. — Millie Christine. — Remarque à propos de la situation des pygopages dans la classification d'Is. Geoffroy-Saint-Hilaire. — Genre métopage. — Genre cèphalQpœge ; mode d'union de ces monstres.

Définition et caractères généraux. — On trouve dans pette première famille, des monstres qui offrent le degré Ole plus rapproché du type normal. Les deux sujets qui les pforment sont à peu près complets, ils ont chacun leur ombilic et peuvent accomplir indépendamment l'un de l'.'autre, la presque totalité des, fonctions vitales.

Le point d'union est variable et peut se trouver, soit aiu-dessous, soit au-dessus de la région ombilicale.

On distingue les genres -pygopage, métopage et céphalojmge.

1° Genre pygopage. — Dans le genre pygopage, kes deux sujets sont unis par la portion inférieure et postérieure du tronc, au niveau de la région fessière |(fig. 210 et 211),

Observation d'Hélène-Judith. — C'était le cas du

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monstre double bi-femelle, né en 1701, en Hongrie, et connu sous le nom a" 'Hélène- Judith.

Ce monstre a excité vivement la curiosité publique; il a été étudié par un grand nombre de physiologistes, de naturalistes, de médecins, et se trouve cité dans tous les ouvrages de tératologie :

Fia. 210. — Monstre eusomphalien. — Pygopage.

« Hélène et Judith, placées à peu près dos à dos, étaient réunies extérieurement par la région fessière et une partie des lombes.

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« Les organes sexuels externes offraient des traces - évidentes de duplicité, mais il n'existait qu'une seule \ vulve, cachée entre Iles quatre cuisses.

«Demême.ilexisttait deux intestins iréunis, seulement ivers leur orifice, en .un canal commun, : aboutissant à un anus placé entre la .cuisse droite d'Hé- '.lène et la gauche ide Judith.

« Les deux rachis, uinis à partir du saicrum, se terminaient ]par un coccyx uniique. Enfin, les deux : aortes et les deux 'veines caves inféirieures s'unissaient ipar leurs extrémités i et établissaient ainsi ides communications : multiples entre les deux cœurs.

« Les règles parurent chez toutes deux, vers seize ans, mais non en même temps.

Hélène et Judith éprouvaient simultanément le besoin (d'aller à la selle, mais séparément celui d'uriner. L'une

Fio.211.— Ce monstre double, figuré dans les œuvres d'Amb. Paré, devait être un eusomphalicn, pygopage. — Quoi que l'auteur prétende que ces sujets étaient joints dos à dos, la soudure n'était peutêtre pas aussi profonde que cela.

étant éveillée, on voyait quelquefois l'autre dormir ; ou bien l'une travaillait et l'autre se reposait.

« Judith mourut lapremière d'une maladie de l'encéphale et des poumons. Victime de la maladie de sa sœur Hélène fut également atteinte et succomba presque en même temps. Elles étaient âgées de vingt deux ans ». (Isidore Geoffroy- Saint- Hilaire).

Rosa-Josepha. — A. l'histoire abrégée d'Hélène- Judith, nous joindrons les quelques renseignements intéressants que nous avons trouvés, dans la Semaine médicale, sur les deux sœurs Rosa-Josepha Blazek, le pygopage qu'on exhibait à Paris, en 1891, au théâtre de la Gaîté et qui continue actuellement son tour du monde.

« Rosa et Josepha sont nées le 20 janvier 1878, à Skerychov, enBohême. Elles sont soudées parla partie postérieure du bassin ; réunies intimement par les régions sacrées et coccygiennes, au centre, et les quatre fesses, sur les parties latérales.

« Le bassin est unique, d'une ampleur exagérée, quoiqu'il soit formé par une double charpente osseuse, c'est-à-dire par quatre os iliaques, d'où partent quatre membres inférieurs bien conformés.

« Au-dessous de la jonction sacrée, entre les quatre fesses, dans l'espace quadrilatère et en forme de dôme, limité par l'origine des quatre cuisses, se trouve une région dont la description est capitale pour l'histoire des pygopages.

« Il n'y a là, à première vue, que des organes uniques : un seul urètre, une seule vulve, un seul anus;

« 11 n'y a qu'un seul orifice urétral, par où l'on a vu sortir l'urine. Personne, il est vrai, n'y a introduit de

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iconde, aussi n'a-t-on pu se rendre compte exactement Ide la constitution du reste de l'appareil urinaire.

« Il est certain, cependant, qu'il y a deux vessies, car e besoin d'uriner ne se fait pas sentir en même temps jour les deux sujets.

« Immédiatement en avant de l'urètre se trouve, nur la ligne médiane antéro-postérieure, un seul clitoris assez bien développé, d'où partent, de chaque :0ôté pour se diriger en arrière, des petites lèvres rudiiinentaires et peu étendues. Le tout est entouré par une grande collerette presque ovalaire, représentant deux grandes lèvres et limitant une vulve unique.

« Mais, dans cette vulve unique débouchent — point important — deux conduits vaginaux accolés l'un à ïautre comme les deux canons d'un fusil double, séparés nettement par une cloison complète et munis de eux hymens en croissant. Entre ces deux vagins et 'mnique orifice rectal, placé à une faible distance en rrrière, se trouve un périnée assez mince.

« Le rectum doit être simple jusqu'à une assez grande aauteur, car il n'y a qu'un seul besoin d'aller àla garde - .obe ; mais il y a indubitablement deux gros intestins.

« L'anus, l'urètre et le clitoris sont placés sur une nême ligne médiane, correspondant au diamètre antérouostérieur de la voûte qui constitue la partie inférieure ee la jonction sacro-fessière. Les deux vagins, au conraire, seraient placés l'un à côté de l'autre, sur le iiamètre transversal, c'est-à-dire sur celui qui est ( srpendiculaire au précédent,

« Les deux jeunes filles peuvent se livrer à toutes ortes d'occupations, indépendamment l'une de l'autre, ''une peut dormir, tandis que l'autre veille.

« Elles n'ont pas les mêmes goûts : ainsi l'une aime la bière, l'autre le vin ; l'une adore la salade, l'autre la déteste, etc., etc., quanpl'une a soif, l'autre peut ne pas éprouver ce besoin.

« Les deux cœurs ne battent pas à l'unisson, car les pouls radiaux ne sont pas synchrones.

« Les mouvements sont assez souples et à peine gênés, car à l'heure actuelle, lorsque l'une marche l'autre ne la suit pas à reculons. Ordinairement les deux pieds internes s'avancent ensemble, puis viennent les deux pieds externes.

« Il n'y aurait qu'une zone très restreinte pourvue d'une sensibilité susceptible d'être appréciée à la fois par les deux jeunes filles et cette zone correspondrait uniquement à la partie moyenne de la peau qui recouvre la masse transversale placée entre les deux bassins, au point où l'on devrait faire porter la tentative de séparation des deux sujets si elle devenait nécessaire par le décès de l'un.

« On peut inférer de ce fait que, si les canaux rachidiens communiquent entre eux au niveau du sacrum — ce qui est probable — les moelles ne sont peut-être pas soudées ou ne le sont que par un point fort restreint. »

(Extrait de l'article du Dr Marcel Baudoin, in Semaine médicale, 8 juillet 1891.)

Millie-Christine. — Nous rappellerons enfin qu'on exhibait à Paris, en 1874, un monstre double bi-femelle, âgé de vingt-deux ans, connu sous le nom de Millie- Christine.

Ce monstre peut être rapproché des pygopages, mais il ne doit pas être confondu avec eux, car son mode d'union n'était pas absolument le même.

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Ea effet, d'après ce que Joly a pu constater, la soudure entre Millie et Christine se serait faite de la région ombaire à l'extrémité du coccyx (flg. 212) ; elle était donc à la fois sus- et sous-ombilicale. C'est même ce ;[ui a décidé cet auteur à proposer la création d'un Lçenre nouveau pour lequel il a indiqué le nomd'osfcjhuopage.

Fio. 212. — Organes génitaux externes de Millie-Christine

[Comme particularité différentielle, présentée par Vlillie-Christine, nous avons noté encore qu'une excitation portée sur les membres inférieurs de l'un des tujets était perçue par l'autre, d'où l'on a conclu justement que les queues de cheval étaient au moins réunies l'une à l'autre.

Cette sensibilité était d'ailleurs assez vague, car si Millie pouvait percevoir un contact, même léger, portant sur un pied de Christine, elle ne pouvait reconnaître liile siège ni la nature de l'excitation, et vice versa. Classification des pygopages. — Si on compare les

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pygopagesBMTL deux genres suivants de la même famille, on s'aperçoit aisément qu'ils proviennent d'une fusion assez profonde de deux embryons tandis que les autres résultent d'une union beaucoup plus superficielle. — . Il y a donc un rapprochement discordant qui donne à la famille des Eusomphaliens un caractère artificiel.

Il faudrait alors, comme le propose M. Dareste, ou bien rattacher les pygopages aux Sysomiens, ou, ce qui vaudrait mieux, en faire une famille à part.

Genre métopage. — Le genre mèlopage qui vient ensuite, diffère du précédent par le point de réunion qui ne se trouve plus au-dessous de l'ombilic, mais audessus. Les deux individus sont soudés par l'extrémité céphalique, front à front (fig. 213).

Cette monstruosité, plus rare que la pygopagie, a été rencontrée quelquefois chez l'homme et une fois chez le canard (Tiedmann).

Genre céphalopage. — Enfin nous trouvons le genre cèphalopage, qui est très rare chez l'homme et n'a pas été observé chez les animaux.

Dans la céphalopagie, les deux sujets sont réunis seulement parles sommets des deux tètes, mais les deux visages sont tournés en sens inverse, de telle sorte que, le front de l'un se joint à l'occiput de l'autre et réciproquement.

Dans un cas, observé par Villeneuve et Geoffroy- Saint-Hilaire, l'union se faisait par presque toute l'étendue du sommet du crâne, et les limites des têtes de l'un et l'autre individu ne se trouvaient indiquées à l'extérieur que par une légère dépression.

En enlevant la peau, on vit que les os du crâne, de chacun des sujets composants, étaient écartés et cor-

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respondaient, par leurs bords, aux os du crâne de l'autre sujet, les pariétaux aux pariétaux et les occipitaux aux frontaux; ils formaient ainsi un crâne double, renfermant, dans chaque cavité, un encéphale anormal, isolé du voisin par les dures-mères.

Fio. 213. — Monstre eusomphalien. Fia. 214. — Monstre eusom- Métopage. phalièn. — Céphalopage.

Cette forme, ainsi déûnie par Isidore Geoffroy-Sain t- Hilaire, paraît échapper à la loi d'union des parties similaires et c'est, en effet, ce que présentaient les sujets

connus de l'illustre fondateur de la tératologie, quand il établissait sa classification.

Mais, en 1865, Joly a fait connaître un type de céphalopage, dans lequel les deux individus soudés bout à bout par le sommet du crâne, avaient le visage tourné dans le même sens et regardaient du même côté (fig. 214). L'union s'était ainsi faite par des parties similaires, ce qui démontrait que l'exception à la loi indiquée par Geoffroy-Saint -Hilaire n'était pas constante.

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