ORIGINE ET CONDITIONS DE FORMATION DE LA MONSTRUOSITÉ COMPOSÉE
Théories relatives à l'origine de la monstruosité composée.— Théorie de la fusion ou dualiste; théorie du dédoublement ou uniciste; théorie du bourgeonnement. — Exposé sommaire et discussion de la théorie dualiste. — Présentation des faits qui militent en sa faveur. Origine de l'apparition des deux corps embryonnaires sur un même blastoderme. — Expérience de Fol, tendant à démontrer l'influence de l'élément mâle. — Influence de l'élément femelle. — Mode d'union des deux embryons. — Théorie uniciste. — Expériences et faits sur lesquels elle est basée. — Conclusions. — Conditions du développement des différents genres de monstres composés.
Théories relatives à l'origine de la monstruosité composée. — Quand on examine des monstres comme les frères Siamois, Rosa-Josepha et autres types appartenant à la première tribu, on n'éprouve aucune difficulté à admettre que les deux sujets composants, primitivement isolés, se sont soudés l'un avec l'autre et proviennent en réalité de deux germes absolument distincts, qui se sont réunis par une de leurs parties.
Mais quand on étudie l'organisation d'un iniodyme, d'unopodyme ou d'un xipbodyme, comme Rita-Cristina, on est plus embarrassé, car dans les points où les deux
corps sont intimement confondus, on ne parvient pas à •distinguer la moindre trace de duplicité.
On se demande alors, et avec quelque raison, si les monstres doubles ne proviendraient pas de la division d'une seule ébauche embryonnaire, plutôt que de la fusion et de la coalescence de deux embryons primitiwement distincts.
On est encore plus embarrassé, quand au lieu de se [livrer à l'examen superficiel de quelques faits, on entreprend une étude anatomique complète et détaillée de Itous les cas de monstruosité par duplicité ; alors la généralisation et l'adoption d'une seule explication à toutes les formes, parait impossible et on est malgré *soi porté à émettre une opinion en quelque sorte éclectique.
En réalité, deux théories sont en présence, l'une faisant provenir les monstres doubles de la fusion de deux eîmbryons primitivement distincts (théorie dualiste), f'autre les faisant provenir de la division d'un embryon nrinritivement simple (théorie uniciste). —Mais, comme ions venons de le dire, plusieurs auteurs n'adoptent ni .'une ni l'autre de ces théories et pensent que chacune U'elles s'applique à un certain nombre de cas mais ne saurait les embrasser tous.
Lereboullet en étudiant la formation des monstres lloubles sur les œufs de brochet, s'est rattaché à la 'théorie du bourgeonnement. Pour lui, la monstruo iiité double provient, non d'un germe divisé, mais d'un -(«•nue qui bourgeonne par surabondance de matière embryonnaire.
Malgré les nombreuses attaques dont elle est actuel ornent l'objet, nous croyons que la seule théorie satis -
faisante de la monstruosité double est celle de la fusion.
Théorie dualiste. —Cette théorie, soutenue par M. Dareste, se trouve confirmée par les observations de cet auteur et celles d'un grand nombre de physiologistes, parmi lesquels Laurent, Baer, Allen Thomson, Panum, Edouard Dalton, Coste, Davaine, etc.
Nous la présenterons dès le début, en évitant, le plus possible, d'encombrer son exposé par une multiplicité de noms d'auteurs et de faits historiques. Voici les points essentiels, tels que M. Dareste nous les donne dans son beau livre sur la tèratogénie expérimentale. — La plupart des constatations ont été faites sur des œufs d'oiseaux, et, dansles développements qui vont suivre, nous supposons connues les premières phases de la fécondation et de l'évolution embryonnaire.
La monstruosité double provient dans la majorité des cas, sinon dans tous, de la formation de deux corps embryonnaires sur un seul blastoderme; mais elle peut provenir aussi de la soudure de deux embryons produits sur deux blastodermes distincts, développés sur un même vitellus.
Quand deux corps embryonnaires jumaux existent sur un même vitellus, ou mieux, sur un même blastoderme, ils sont unis entre eux d'une manière médiate dès le moment de leur apparition; ils affectent des rapports directs l'un avec l'autre par leurs annexes, mais peuvent cependant se développer isolément, bien que contenus dans un amnios commun et ayant un chorion et un placenta commun. C'est la gémellité univitelhne
Dans les mêmes conditions, il peut se faire que les