THÉORIE DUALISTE
deux ébauches embryonnaires, encore constituées par des blastèmes cellulaires homogènes, soient très rapprochées . l'une de l'autre ; alors, au lieu d'être simplement en rap- I port par leurs annexes, elles se soudent par les lames ] latérales, ou même par les parties médianes, et de cette i union résulte un monstre double.
C'est donc une circonstance particulière de la géimellité univitelline qui est la cause delà production de lia monstruosité double.
Il suffit de se demander maintenant quelle est l'ori- .gine de ces deux corps embryonnaires, quand ils se - développent sur un même blastoderme, ce qui est le i cas le plus fréquent.
Proviennent -ils d'une division accidentelle de la ciicatricule ou bien de l'apparition de deux foyers de formation embryonnaire?
Ces deux questions renferment aujourd'hui les seuls [points sur lesquelles tératogénistes n'ont pas encore pu ■se mettre d'accord, les uns admettant la division, les autres la formation double et la fusion consécutive.
On pourra cependant constater qu'on n'est pas loin de -s'entendre, car poussées jusqu'à ces limites extrêmes, Iles causes de divergence ne sont pas très grandes.
Entre la théorie dualiste, telle que la comprend M. Dareste et celle de l'unité, telle qu'elle est admise aujourd'hui par un certain nombre d'embryogénistes, H'écart est réellement de minime importance.
En effet « la seule différence qui existe actuellement «■entre ces deux doctrines, c'est que, dans la doctrine de lia dualité, les deux centres de formation embryonnaire existeraient virtuellement dans la cicatricule, comme conséquence de la fécondation, tandis que, dans la doc
trine de l'unité, la cicatricule ne contiendrait pas virtuellement deux centres de formation embryonnaire, mais les produirait accidentellement dans des conditions qui n'ont pas encore été déterminées. Voilà où viennent aboutir ces deux théories qui paraissent à leur origine, absolument opposées. » (Dareste.)
La seule difficulté consiste donc à démontrer le pourquoi de l'apparition des deux corps embryonnaires sur un blastoderme unique.
M. Dareste dit justement, que la première idée qui se présente tout d'abord a l'esprit, est de rechercher dans l'acte physiologique de la fécondation, la cause de cette particularité.
Mais comment faire ces recherches ?
Chez les oiseaux, comme chez les mammifères, où la fécondation est intérieure, elles sont impossibles; peutêtre pourrait-on les entreprendre sur des œufs de poisson ou de batracien, mais on ne l'a pas encore fait. Les seuls renseignements que nous possédons sur cette question, sont dus aux. observations d'Hertwig, de Selenka et de Fol.
En étudiant la fécondation des œufs d'oursin et d'étoile de mer, au microscope, ces auteurs ont découvert les phases ultimes et essentielles de ce phénomène. Ils ont vu quun seul spermatozoïde, pénètre dans le vitellus, qu'il s'y transforme en un corps particulier que l'on désigne sous le nom de noyau mâle, et que ce noyau mâle s'unit au noyau femelle, qui occupe le centre de l'œuf et représente la vésicule germinative modifiée.
Par conséquent, contrairement à ce que l'on suppo sait autrefois, malgré le nombre considérable de sper-
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matozoïdes qui arrive jusqu'à la surface du vilellus, un seul y pénètre et suffît pour opérer la fécondation.
Si, au lieu d'un spermatozoïde, deux ou trois de ces éléments pénétrent dans le vitellus, et arrivent à s'unir avec le noyau femelle, 'il en résulte, comme Fol l'a observé en 1877, sur les œufs d'oursins, que la segmentation se produit d'une manière insolite et peut donner naissance à des larves monstrueuses.
De ces constatations de Fol, on peut conclure que la gémellité univitelline, d'abord, et la monstruosité double ensuite, peuvent être le produit de la superféi condation.
Dans l'état actuel, cette conclusion est assez vraisemblable mais elle aurait besoin d'être contrôlée chez des ; animaux vertébrés, car elle ne paraît devoir leur être ; appliquée qu'indirectement et par induction.
Cependant l'aptitude à engendrer des jumeaux est i dit-on héréditaire par les mâles, on connaît chez U'iioni me beaucoup d'observations qui tendent à le prouver, or, comment expliquer cette hérédité, si ce n'est paille mode de fécondation ?
Fol cite des faits absolument probants, d'où il résulte que la gémellité univitelline peut provenir soit de l'œuf [lui-même qui peut être à deux noyaux, soit de la fécondation d'un œuf normal par deux spermatozoïdes. — 'Nous ne voyons pour notre part aucune objection de [principe à faire contre cette influence de l'élément mâle, ccar enfin, il a la même valeur que l'élément femelle ■dans le phénomène de la génération.
Toutefois, il ne faudrait pas croire, ainsi que Fol a 'Cherché à l'établir, que ces modifications du phénomène de la fécondation dépendent seulement de conditions
extérieures; il faut tenir grand compte de l'influence des parents et de l'individualité.
Ainsi, en espèce humaine, Bertillon a constaté que l'aptitude à produire des jumeaux varie suivant les races , et que, suivant les races également, les gémellités sont bivitellines ou univitellines.
Ce sont naturellement celles dans lesquelles on constate le plus de gémellités univitellines qui doivent produire le plus de monstres doubles.
Chez les animaux on a constaté la même chose; il est des espèces produisant fréquemment des monstres doubles, d'autres chez lesquelles on en rencontre plus rarement; il en est même qui paraissent avoir une prédisposition spéciale pour la production de tel ou tel genre de monstre.
Quelle est maintenant la condition d'une gestation gémellaire chez une femelle normalement unipare? — C'est, soit la fécondation de deux œufs distincts qui ont été émis simultanément par l'ovaire, comme dans les femelles multipares, soit l'émission d'un œuf double.
Les œufs d'oiseaux à deux jaunes ne sont pas rares. Aristote les signale comme capables de donner éclosion à des monstres doubles; mais Harvey, Fabrice d'Aquapendente, Panum, Broca et surtout M. Dareste, n'ont jamais vu ces œufs donner autre chose que des jumeaux, et on le comprend sans peine, car, du moment où les jaunes ne sont pas confondus, on a véritablement affaire à deux œufs contenus dans la même coquille et enveloppés d'un même albumen.
Tout autre est le cas des œufs à un seul jaune mais à deux cicatricules, qui ont pour équivalent chez les mammifères les ovules à deux vésicules germinatives.