partie perméable
L'anémie compliquée d'hydropisie se produit lorsque les globules rouges, bien que se formant en abondance dans les îles de sang, ne peuvent pénétrer dans le cœur et dans l'appareil vasculaire de l'embryon.
Quant à l'asphyxie, M. Dareste a démontré qu elle est une conséquence de l'arrêt de développement de
rallantoïde,etquecetarrêtde développement de l'allantoïde a lui-même pour cause un arrêt de développement de l'amnios.
Viabilité des monstres composés. — En examinant attentivement l'organisation de la plupart des monstres doubles, on voit que, s'ils vivent exceptionnellement, ils naissent cependant viables.
D'après M. Dareste, une des conditions principales de la mort de certains monstres composés est l'impossibilité de l'établissement de la respiration pulmonaire.
Ainsi chez les monstres sternopàges, par exemple, l'union du cœur et la disposition particulière de l'appareil circulatoire sont un obstacle absolu à l'établissement d'une circulation pulmonaire indépendante et capable de produire l'oxygénation du sang; aussi ces monstres ne sont-ils pas viables. — Les ischiopages, au contraire, présentant un cœur et des vaisseaux qui reproduisent les conditions normales, ne sont pas fatalement destinés à mourir.
Cette cause n'est pas générale et nous devons noter, par exemple, que les monstres doubles appartenant à la famille des monosomîens, bien que paraissant avoir un appareil vasculaire permettant l'établissement d'une circulation pulmonaire, périssent au moment même de la naissance ou très peu de temps après.
Ainsi, I. Geoffroy- Saint-Hilaire raconte que tous les opodgm.es qu'il a examinés étaient des fœtus ou des individus morts presque aussitôt après la naissance ; toutefois il ajoute que l'opodymie est une cause fréquente, mais non pas nécessaire, de mort et il en donne pour preuve un enfant opodyme, âgé de sept mois, bien portant, qu'on exhibait en Espagne en 1775.
Nous tenons à faire remarquer que Geoffroy-Saint- Hilaire n'a pas vu le sujet dont il parle et le cite simplement d'après un autre auteur.
Nous avons donné, dans le cours de cet ouvrage, une description anatomique assez détaillée d'un petit chat opodyme qui avait vécu pendant cinq jours (chapitre IV, page 457).
Les conditions d'existence de ce petit animal étaient assez curieuses et assez exceptionnelles pour que nous nous permettions de rapporter en quelques mots les particularités qu'il a présentées pendant sa courte vie.
C'était le dernier né d'une portée de cinq petits, tous bien portants et, à part notre sujet, bien conformés. La parturition eut lieu sans encombre, et ce n'est pas sans un vif étonnement que les personnes de la maison trouvèrent, au milieu des nouveau-nés, un être à deux têtes qui se débattait sous le ventre de sa mère et poussait des cris lamentables, tout en cherchant à saisir une mamelle avec l'une ou l'autre de ses deux bouches, sans parvenir à se satisfaire. C'était le plus gros, le plus fort de toute la portée, et n'était la difficulté, l'impossibilité même de la succion, rien n'eût permis de douter de sa viabilité. En le sortant du panier dans lequel il nous fût apporté, dès le lendemain de sa naissance, nous le posâmes sur une table et nous le vîmes se promener, furetant à droite et à gauche, poussant des miaulements bien timbrés et naturels, ainsi que le font tous les petits chats séparés de leur mère. Pendant qu'il criait, les deux bouches s'ouvraient simultanément et, par moment les deux langues bougeaient ensemble tout en restant toujours pendantes. Nous nous sommes efforcés de l'alimenter artificiellement en lui injectant du lait
goutte à goutte, dans l'une ou l'autre de ses bouches, au moyen d'une petite poire en caoutchouc ; mais la déglutition se taisait très difficilement et une bonne partie du liquide revenait par les narines de la face gauche, en même temps que l'animal toussotait et agitait vivement la tète comme sous l'influence d'un accès de suffocation. Néanmoins nous sommes parvenus a le conserver pendant quatre jours, et jusqu'au dernier moment il a conservé sa vigueur et la normalité des grandes fonctions. Le cinquième jour il s'est affaibli très rapidement ; la respiration est devenue difficile; il a cesse peu à peu de se mouvoir et de miauler et il est mort au milieu du jour, des suites d'extravasation dans les voies respiratoires, ainsi que l'autopsie l'a démontré.
Le rhinodyme de Joly, monstre monosomien, dans lequel la fusion était encore plus complète, a vécu également pendant quelques jours.
En somme on peut voir que c'est aux deux extrémités de la classification des monstres doubles que les exemples de viabilité ont été rencontrés. Il n'en est pas moins vrai cependant que cette viabilité est toujours très limitée, car dans les monosomiens en particulier, on ne connaît pas d'exemple authentique de sujet ayant vécu bien longtemps après la naissance.
Quelle est donc la cause de la mort dans ces cas-là?
Le fondateur delà Tératologie pose en principe qu'un monstre double a d'autant plus de chance de viabilité que sa dualité est plus complète ; lorsque la duplicité est restreinte, « il y a, dit-il, trop peu pour deux vies, trop pour une seule ».
M. Dareste, non satisfait par cette explication, a émis l'hypothèse suivante : « La non-viabilité chez les monstres
doubles, lorsqu'ils ne sont pas affectés d'une anomalie ou d'une monstruosité simple incompatible avec la vie, serait toujours la conséquence d'un même fait général : la permanence d'un état embryonnaire de l'appareil vasculaire, qui serait un obstacle à l'établissement de l'hématose. »
Certains faits viendraient à l'appui de cette hypothèse: ainsi M. Dareste a disséqué un chevreau iniodyme qui présentait une persistance du trou de Botal et celle du canal artériel.
J'ai moi-même observé la même chose sur un agneau opodyme, né à terme et parfaitement conformé d'ailleurs, que j'ai autopsié l'an dernier.
D'autre part, tandis que les mammifères monosomiens meurent tous au moment delà naissance, circonstance que nous attribuons à une imperfection vasculaire, on cite des tortues, des lézards et des serpents atteints de monosomie qui ont parfaitement vécu et présentaient les mêmes conditions de vie que les êtres normaux de la même classe. Ce fait viendrait encore à l'appui de l'hypothèse de M. Dareste, car chez les reptiles la circulation pulmonaire ne se distingue jamais complètement de la circulation générale et l'hématose est toujours imparfaite.
La cause de non-viabilité invoquée par M. Dareste se remarque sans doute dans beaucoup de monstres doubles, particulièrement les monocêphaliens et les sycèphaliens, mais elle ne nous semble pas univoque chez les monosomiens. En effet, on ne comprend pas très bien et même on ne comprend pas du tout quel lien constant il peut y avoir entre la monosomie et la persistance du trou de Botal et du canal artériel. Ne serait-il pas rationnel
de chercher la cause de la mort de beaucoup de monstres doubles, notamment parmi les monosomiens, dans l'insuffisance de l'innervation, insuffisance que l'on comprend sans peine quand on voit une seule moelle faire suite à deux encéphales, lesquels sont en outre plus ou moins déformés et incomplets !
Gomment se pourrait-il que deux encéphales presque indépendants l'un de l'autre, ainsi que cela s'observe dans le chat opodyme que nous avons étudié avec M. Lesbre puissent solidariser leur action pour commander harmonieusement à un tronc unique? Par exemple, comment concevoir que les deux pneumogastriques, émanant de deux bulbes différents, puissent régler avec accord le jeu du cœur, du poumon, de l'estomac, etc.?
Aussi, malgré l'absence de malformation du côté du cœur et des gros vaisseaux, chez notre opodyme, il y a lieu d'être surpris qu'il ait pu vivre quelques jours et de se demander si, en l'absence de toute difficulté de déglutition, il eût pu vivre bien plus longtemps.
Enfin, nous ajouterons que la mort hâtive de la majorité des monstres doubles tient parfois aussi à leur naissance prématurée et aux circonstances particulières qui accompagnent l'accouchement.
Ces quelques considérations sur la viabilité des monstres terminent la série des points qui composaient le programme que nous nous étions imposé.
Dans le courant de cet ouvrage nous avons passé en revue tout ce qui nous paraissait intéressant et essentiel dans la série des faits anormaux et croyons avoir rempli le cadre que nous nous étions tracé. Nous nous sommes efforcé surtout de rassembler, dans les pages
précédentes, la plupart des renseignements dont peuvent avoir besoin ceux qui veulent apprendre la tératologie et ceux qui, fortuitement, en présence d'un phénomène de son ressort, tiennent à être rapidement fixés sur sa nature, sa gravité, sa fréquence, sa cause et sa formation.