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PRÉFACE

Par M. Camille DARESTE

On a considéré, pendant longtemps, les anomalies de l'organisation et les monstruosités comme des faits étrangers à l'ordre naturel, et par conséquent à la science.

Ce n'est pas ici lelieu de rappeler les explications extra scientifiques, à l'aide desquelles on a cherché à rendre compte de leur origine, quel que soit d'ailleurs Tinté rêt qu'elles présentent à tous ceux qui se préoccupent de l'histoire de l'intelligence humaine, même dans ses aberrations. On en trouvera le récit dans un livre remarquable de mon ami, le Dr Ernest Martin1.

Ce fut seulement dans les premières années du siècle dernier que la science commença à s'occuper des monstres, en les soumettant à l'analyse anatomique, et en faisant connaître leur organisation. Mais la doctrine

1 R. Martin, Histoire des monstres depuis V antiquité jusqu'à nos jours, Paris, 1880.

YI PRÉFACE

de la préexistence des germes, qui dominait alors toute la biologie, empêchait absolument la conception de notions exactes sur les déviations du type spécifique. Cette doctrine, qui plaçait en dehors de la science l'origine des êtres vivants, ne pouvait évidemment conduire qu'à deux théories également fausses. Ou bien il existerait des germes originairement monstrueux ; et, par conséquent, la science n'avait pas à rechercher leur formation. Ou bien, des embryons, originairement normaux, auraient été, à une certaine époque plus ou moins profondément modifiés par des causes accidentelles, des compressions ou des affections pathologiques.

La notion de la véritable nature des anomalies de l'organisation ne pouvait résulter que de la connaissance des faits embryogéniques. Lorsque les travaux de Wolff, au siècle dernier, démontrèrent ce qu'Harvey avait entrevu au xvnc siècle, que les germes ne préexistent point, qu'ils se produisent dans les êtres vivants, et que les embryons se développent dans les germes par une série de formations successives d'organes, il devint évident que ces notions devaient s'appliquer aux monstres aussi bien qu'aux êtres normaux. Seulement, chez les premiers, l'évolution, plus ou moins profondément modifiée, ne suit pas exactement la même marche que chez les seconds, elle aboutit, par conséquent, à des organisations qui s'écartent, dans une certaine mesure, du tvpe spécifique. Telle est l'origine de toutes les anomalies .

On pourrait croire tout d'abord que ces modifications

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