PRÉFACE VII
de révolution se produisent en nombre illimité. L'observation prouve que cela n'est pas. Il n'y a qu'un certain nombre de modifications possibles de l'évolution d'un être vivant ; et par conséquent, il n'y a qu'un certain nombre de types monstrueux possibles.
La science des monstres devait donc se proposer un double objet : le dénombrement de tous les types monstrueux , et la découverte de leur mode de formation. Ces deux parties de la science des monstres ont reçu, la première, le nom de Tératologie, la seconde, celui de Tératogénie.
La tératologie, ébauchée par Meckel et par Et. Geoffroy-Saint -Hilaire, a été constituée par Is. Geoffroy- Saint -Hilaire. Dans un ouvrage publié il y a cinquante ans', et resté classique, il a défini, décrit et classé tous les types de la monstruosité, faisant à leur égard ce que font les naturalistes qui décrivent les espèces d'un groupe quelconque du règne animal ou du règne végétal. C'est une œuvre achevée, dans laquelle on introduira peut-être quelques modifications de détail, mais aucun changement essentiel.
Restait la question du mode de formation des diffé rents types monstrueux. Is. Geoffroy n'avait pu l'aborder, faute d'observations directes, et il avait dû se contenter de l'expliquer par des hypothèses plus ou moins vraisemblables, tirées des notions alors très incomplètes
1 Is. Geoffroy-Saint-Hilaire, Histoire naturelle générale et ■particulière des anomalies de l'organisation ou Traité de téra tolorjie, Paris, 1832-1837.
VIII PRÉKACI*
que l'on possédait sur l'embryogénie normale. J'ai comblé cette lacune de la science des monstres. La production artificielle des monstruosités, œuvre que j'ai poursuivie pendant quarante ans, m'a donné presque tous les éléments de la tératogénie expérimentale1. Cette branche, entièrement nouvelle, de la biologie est le complément de la tératologie, telle que l'avait établie Is. Geoffroy-Saint-Hilaire.
On pourrait tout d'abord se demander comment la tératogénie, uniquement étudiée par moi dans l'espèce de la poule, a réellement une portée beaucoup plus grande qu'on ne serait tenté de le croire. C'est que tous les embryons des animaux vertébrés ont, au début, une forme commune, qu'ils parcourent, pendant un temps plus ou moins long, une série de phases communes, avant de se différencier pour devenir mammifères, oiseaux, reptiles, batraciens ou poissons, et que, par conséquent, cette forme primitive qui leur appartient à tous, peut être modifiée de la même manière pour produire les diverses formes tératologiques qui se rencontrent dans tout l'embranchement. C'est ainsi que la tératogénie de la poule donne, en réalité, la tératogénie des mammifères et de l'homme lui-même, celle qui nous intéresse le plus.
Maintenant, il faut ajouter que ces notions ne s'appliquent pas, et ne peuvent s'appliquer aux autres
i Dareste, Recherches sur la production artificielle des monstruositcsou Essais de tératogénie expérimentale, Paris, Sédition, 1877 ; 2e édition, 1891.