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IMPORTANCE ET RAPPORTS DE LA TERATOLOGIE

Les rapports de la tératologie avec la zoologie sont ividents; pour en avoir la preuve, il suffit de se rendre ïompte du rôle qu'elle a joué, dans l' éclaircissement de ta fameuse question de l'origine des espèces.

Puisque, par l'observation et l'étude des anomalies simples, nous arrivons à conclure que, souvent, des caractères nouveaux peuvent apparaître et se fixer lans une espèce, où ils constituent une variation, puisque, d'autre part, nous voyons certaines anomalies représenter, dans une espèce, un caractère normal dans une espèce voisine ou dans une espèce aujourd'hui disparue, nous ne pouvons plus admettre le principe, de la 'fixité de ces espèces, tel qu'il était accepté autrefois.

La variabilité spécifique et individuelle devient Idonc une vérité incontestable, fertile en déductions heureuses, directement applicable à l'anthropologie et à la zootechnie.

Voici d'ailleurs ce qu'a écrit M. Cornevin, à propos des relations de la tératologie et de la zootechnie :

« On s'aperçoit de plus en plus que l'observation des ^anomalies et des monstruosités aide à connaître les lois ,qui régissent la formation des organismes normaux. ^Si la Tératologie, marchant dans la voie où elle est engagée, arrive à débrouiller le déterminisme de la fori mation des monstres (qui, en réalité, ne paraissent tels ■ que parce qu'ils sont exceptionnels, mais qui, au fond, ne sont que des formes très déviées du type), elle éclaii rera l'apparition de formes nouvelles moins éloignées du type que les monstres, c'est-à-dire la création de 1 variétés et de races. »

M. Cornevin fait donc de la tératologie une des principales bases de le zootechnie et de la zoologie.

V obstétrique est également tributaire de la tératologie et il n'est pas, en médecine vétérinaire comme en médecine humaine, d'ouvrage traitant des accouchements qui ne soit pourvu d'un chapitre spécial, relatif aux monstruosités du fœtus et aux conséquences qu'elles peuvent avoir au moment de la parturition. Les monstres composés, surtout, sont des causes de dj-stocie et exigent certaines manœuvres et opérations souvent fort difficiles.

La pathologie et Y anatomie pathologique ont aussi des rapports nombreux avec la tératologie, mais c'est surtout la médecine légale qui, dans certaines circonstances, peut avoir à étudier des faits qui sont entièrement du ressort de la science des anomalies et des monstruosités.

Le médecin légiste peut être appelé à se prononcer sur la viabilité ou la non-viabilité d'un sujet monstrueux, lorsque celui-ci fait l'objet d'une accusation criminelle portée contre les parents ou la sage -femme. Dans certains cas d'accouchements prématurés de fœtus monstrueux, il peut aussi avoir à rechercher s'il y a eu ou non tentative d'avortement ; c'est du reste un fait de ce genre qu'a rapporté Garper, dans le Berliner Klinische.

Mais le plus souvent le médecin légiste est appelé à donner son avis sur le véritable sexe d'individus hermaphrodites, qui, enregistrés depuis leur naissance sous un nom masculin on féminin, se croient du sexe opposé et demandent la rectification de leur état

Il est enfin un certain nombre de questions sociales, psychologiques, morales et religieuses qu'il serait fort

irieux d'étudier dans un traité de tératologie, et, à •opos de l'état social des monstres doubles particulièiment, beaucoup de points fort intéressants pourraient re soulevés ; mais ceci nous amènerait fatalement à rtir du cadre que nous nous sommes imposé ; un châtre ne suffirait pas pour envisager toutes ces ques- Dns ; voilà pourquoi nous laissons à d'autres, plus mipétents, le soin de les traiter.

'Principales classifications proposées. — Classification de Davaine. Classification d'Is. Geoffroy Saint-Hilaire. — Divisions adoptées dans notre Précis.

Les anomalies et les monstruosités sont multiples ; .\ilimportait, en face d'un aussi grand nombre d'objets, 3 procéder à des rapprochements et à des classificaons. C'est ce que beaucoup d'auteurs ont tenté depuis mgtemps ; aussi de ce côté les matériaux ne font pas éfaut.

J'ai trouvé plus de vingt-cinq classifications diffé- 3ntes, proposées successivement par les savants qui ont "ailé des monstres, et je crois qu'il ne faut pas désesérer d'en voir surgir de nouvelles ; car, d'une part, le jjet s'y prête merveilleusement, et, d'autre part, il est eu d'auteurs qui résistent à la tentation de rechercher originalité, en modifiant complètement l'ordre adopté ar ceux qui ont déjà travaillé sur les mêmes questions, 'our la tératologie, ce système a de nombreux incon-

vénients, parmi lesquels la confusion n'est pas le moindre.

Les différentes classifications proposées diffèrent les unes des autres par leurs bases, mais surtout par leur plus ou moins de complication.

Buffon reconnaissait simplement, des monstrespar excès, des monstres par défaut et des monstres par fausses positions des parties.

Bonnet adopta une division en quatre genres.

Malacarne créa seize groupes, et il se servit, pour désigner chacun d'eux, d'un nom caractéristique tiré du grec.

C'est Voigtel qui, le premier, sépara, dans sa classification, les monstruosités doubles des monstruosités simples.

Vrolicka groupé les anomalies en prenant pour base l'embryogénie.

Avant de parler de la classification de Geoffroy - Saint-Hilaire, qui est la plus naturelle, nous citerons celle de Gurlt et celle de Davaine.

Gurlt adopta la division suivante : 1° Monstres simples à un seul corps: 2° Monstres triples; 3° Monstres doubles; 4° Irrégularités des 2ictrties isolées.

La classification de Davaine ayant un caractère d'originalité tout particulier, elle mérite de nous arrêter un peu plus.

Trouvant que les mots monstruosité et monstre manquent de précision scientifique, Davaine propose d'en faire le sacrifice et divise les déviations organiques en deux classes. — Dans la première, il place les déviations pures et simples du développement ; dans

la deuxième, les déviations consécutives à une lésion pathologique évidente.

Il désigne les premières par le nom d' anomalies , c'est-à-dire qui n'est pas suivant la règle ; les secondes sont qualifiées à'abnonnités, c'est-à-dire qui n'appartient pas à une règle, qui ne suit pas de système.

Voici d'ailleurs les définitions qu'il donne de l'une et l'autre forme ; a L'anomalie est toute modification de l'organisme, offrant des caractères différents de ceux du type spécifique ou naturel, et dont l'origine est antérieure à la métamorphose ou à l'évolution qui constitue l'individu ou bien l'organe. »

« L'abnormité est une anomalie qui survient plus tardivement dans l'évolution et qui porte le stigmate d'une lésion pathologique primordiale. »

Cette distinction, entièrement basée sur la tératogénie, n'est pas mauvaise, mais elle est accompagnée d'un essai de classification très compliqué, dans lequel se trouvent des rapprochements discordants et des répétitions multiples.

Dans cette classification, les anomalies et les abnormités sont divisées en ordre et groupées en sections ; sections qui elles-mêmes forment les éléments de deux grandes divisions, comprenant, d'une part, les déviations des organes de la vie individuelle, d'autre part, les déviations des organes de la vie de l'espèce.

Ce sont ces deux grandes divisions qui forment les premiers rameaux de la classification de Davaine. Nous n'en parlerons pas davantage, et reviendrons à la classification d'Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire.

Voici, à son sujet, ce qu'a écrit M. Dareste : « Après la détermination et la description des types tératologi-

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ques, commencées par E. Geoffroy-Sain t-Hilaire et terminées par son fils, venait naturellement la classification de ces types. Ce fut l'œuvre exclusive d'Isidore Geoffroy -Saint-Hilaire, œuvre achevéedans son ensemble et que les travaux ultérieurs des tératologistes ne modifieront que dans des détails de peu d'importance. »

Effectivement, la classification des monstres, telle qu'elle a été donnée par Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, est véritablement naturelle. Elle exprime exactement les ressemblances et les différences qui existent entre les types monstrueux connus, types dont le nombre est limité, par suite de la corrélation organique qui se trouve toujours, dans les organismes anormaux comme dans les organismes normaux.

Cependant, si les rapprochements et le cadre adoptés par le fondateur de la tératologie sont parfaits, il y a quelques modifications de détail à apporter, dans certains groupes, et des caractères nouveaux à indiquer, pour quelques autres ; mais ce ne sont que des modifications de peu d'importance.

Ainsi, dans la catégorie des monstres simples, nous n'aurons que des formes nouvelles à ajouter, formes que Geoffroy-Saint-Hilaire n'avait pas étudiées et qui s'intercalent parfaitement dans les groupes qu'il a établis, achevant l'édification de l'œuvre, servant parfois de transition entre deux genres, et montrant ainsi com bien les bases de sa classification étaient heureusement choisies.

Pour les monstres composés, c'est à peu près la même chose; cependant M. Dareste a signalé deux ou trois modifications dont nous tiendrons compte, dans la mesure du possible, quand viendra le moment.

Dans l'étude des monstruosités, nous suivrons donc i exactement la classification d'Isidore Geoffroy-Sain t-- IHilaire, en y introduisant les quelques modifications î nécessitées par les progrès récents de la tératogénie et I l'étude des types nouveaux.

Mais tandis que pour les monstruosités, dont les : formes sont limitées, il est toujours possible de faire des ( comparaisons et d'établir des groupements, pour les i anomalies simples, dont les variétés sont quelquefois : mal définies, nous ne pouvons songer à faire des rapprochements et encore moins à adopter une classification. Ce serait nous exposer d'abord à nous répéter souvent, ;puis à rapprocher l'une de l'autre des variations de i même nature, mais non déterminées par la même t cause ; nous risquerions aussi de séparer des malformattions qui vont ordinairement ensemble et se complè- I tent mutuellement.

Voilà pourquoi, relativement à la classification des ia anomalies simples, nous pensons, avec M. Dareste, que i tout ce que doivent faire la tératologie et la tératogénie, .c'est d'étudier successivement les différentes déviations ]que peut présenter chaque organe ou système, en -s'efforçant de déterminer, s'il est possible, les causes de cces déviations.

En conséquence, nous ne suivrons pas, pour les anomalies simples, la classification proposée par Geoffroy- ^Saint-PIilaire, nous prendrons successivement les grands appareils organiques et étudierons, à propos de chaque organe, les déviations ou anomalies qu'on peut rencontrer.

En somme nous suivrons exactement la division anatomique, en commençant par les appareils appartenant

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aux fonctions de relation et finissant par les appareils appartenant aux fonctions de reproduction.

Les anomalies simples des organes génitaux, qui termineront la série, nous conduiront insensiblementaux anomalies plus graves, portant sur les mêmes organes, anomalies qui constituent les différentes formes d'hermaphrodisme.

Après l'étude des hermaphrodismes, nous placerons celle de l'inversion viscérale ou hétérotaxie, qui, par sa gravité, au point de vue anatomique, ne doit pas être confondue avec les anomalies simples, bien que ne constituant pas une monstruosité.

Enfin viendront les monstruosités, que nous diviserons, comme Geoffroy-Saint- Hilaire, en classes, ordres, tribus, familles et genres,

(simples. . . . Hémitéiies.

Anomalies. / Hermaphrodismes.

f complexes. . TT,. , : .

Hétérotaxies.

I Simples.

Monstruosités.

Doubles.

Triples.

En définitive, nous adoptons à peu près exactement les grandes divisions de Geoffroy-Saint-Hilaire et ne modifions que le procédé d'étude des anomalies simples.

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