CHAPITRE PREMIER LA NUTRITION EN GÉNÉRAL
La nutrition * est l'acte essentiel de la vie végétative. Emprunter des substances au monde extériem*, les assimiler à sa propre substance après une élaboration plus ou moins compliquée, rejeter au dehors celles qui sont usées et devenues inutiles, tel est le rôle auquel sont immédiatement adaptées toutes les fonctions de notre organisme en dehors de celles qui doivent assurer la vie de relation et la perpétuité de l'espèce .
^ 1. — Idée ancienne de la xuthition
Ce mouvement de la nutrition ji été jusqu'à ces dernières années jugé plus simple qu'il ne l'est en réalité. Voici en effet comment on le comprenait dans ses grandes lignes. Le sang, liquide nom'ricier par excellence, distribue à tous les organes, grâce il la circulation, les matériaux dont ils ont besoin pour se renouveler peu à peu; chaque jour, dans l'appareil digestif chargé, avec ses annexes, de la transformation des aliments, il puise les éléments nécessaires à l'entretien de l'organisme; et, par la respiration ainsi que par la sécrétion urinaire il se débar-
* Gii chapitre reproduit en partie quehiues pages écrites par l'auteur au début du Traité de thérapeullque appliquée de M. A. Rouin.
PRÉCIS DE THÉnAPEUTIOL'E. I. V»
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rassc ivjrulièreiïient des décliets de la nutrition. Le mécanisme intime de l'assimilation reste inconnu, mais on sait bien ou on croit savoir que l'organisme animal n'est pas capable de fabri- (juer les principes immédiats ternaires ou quaternaires, qui lui sont indispensables: il doit les trouver tout faits où à peu près tout faits dans les aliments qu'il ingère et se borne à'ieur faire subir quelques modifications de second ordre. Liebig consacre cGi^ tbéories en établissant deux catégories d'aliments : les uns, azotés et plastiques, destinés à s'incorporer réellement à nos tissus, les autres, ternaires et respiratoires, destinés à assurer par leur combustion le maintien de la clialeur animale. Le pbénomène intime en effet au([uel aboutit, en dernière analyse, le mouvement nutritif est toujours uue coml)ustion : l'eau, l'acide carbonique et l'urée (pféliminent les iioumons et les reins, représentent le dernier terme de l'oxydation des substances bydrocarbonées et azotées : c'est sous cette forme que l'animal, qui n'est apte qu'à détruire, va restituer au monde luorgnuicpie les matériaux organisés qu'il a reçus.
§ :2. — La nltiutiox, d'aphès la médecine moderne
Cette conception de la nutrition, vraie dans ses faits principaux, renferme plusieurs erreurs et présoute plusieurs omissions: elle a (h*i être sur bi(Mi des points rcctiiiée, et, malboureusement aussi. (•()mj)liquée par des rcclierclies plus réceutes.
Le premier fait sur lequel on doive insister, c'est l'intervention toujours active du système nerveux, que l'on avait priniitiv(Mnent laissé de côté. Les cellules qui comi)oseut nos tissus ne sont pas eu effet do simples corpuscules inanimés, jiuisant dans le sang les éléments cpii leur conviennent au gré de leurs affinités cliimiques: elles trouvent dans le système nerveux un régulateur vigilant, ([ui non seulement fait varier la quantité de sang i\\n les baigne. grAce au mécanisme <le la coustriction et «le la dilatation vasculaires, mais encore «pii incite ou modère leurs activités nutritives. Cette inlliience, «liflicile à démontrer quand elle est normale, devient manifeste quand elle se pervertit ou s'exagère dans certaines maladies; mais comment
LA NL'TUITION EX tiKNEUAL 7:>
pourrait-il exister des lésions troplnqiics consécutives à ccrlîiines affections du système nerveux, s'il n'v avait pas des actions trophiques relevant absolument de la physiologie ?
L'école de la Salpétrière et tant d'autres travailleurs, en accumulant sur ces faits les documents les plus instructifs, ont commencé à enlever à la nutrition le caractère trop exclusivement diimique qui lui avait été assigné.
« Chez l'animal, chaque cellule jouit de sa vie autonome, mais contribue aussi à la vie d'ensemble, et se nourrit souvent des 2>T'oduits élabore» par des cellulos différentes, c'est ce qui fait la complication du problème de la vie animale. » (A. Gaitier, la Chimie de la cellule vivante, p. 32.) Ce point si remarquablement mis en lumière dans l'ouvrage que nous citons avait coniplètement échappé h nos prédécesseurs : le sang était i>our eux le seul intermédiaire entre les produits assimilables delà digestion et les éléments cellulaires, et le fait de ces organes, travaillant à préparer les matériaux pour d'autres organes ou teiumt en réserve des substances ultérieurement utilisables, leur était totalemenv inconnu. Cela venait en grande partie de ce qu'ils n'avaient pas étudié le rôle si important d(\s glandfvs vasculaires sanguines, et de ce (juils avaient cru que la fonction des glandes à canaux excréteurs se bornait h la sécrétion du liquide circulant dans leurs conduits. Les travaux de Claidk Bkhxaud sur la glycogénie hépatique, d'ÀDDisox sur la maladie bronzée, de Urown-Séquaro sur la sécrétion interne des glandes, la série des découvertes si intéressantes sur les propriétés du corps thyroïde et le myxœdème, sur le rôle du pancréas dans le diabète maigre, ont transformé celte partie de la physiologie.
Un grand nombre d'organes versent incessamment dans le sang veineux, en même temps (jue les résidus de leur nutrition, des substances encore mal connues, plutôt soup(;onTu''es (luelquefois que réellement démontrées, et dont le rôle est des plus complexes. Les unes sont destinées à être assimilées i>ar d'autres organes, d'autres à être brûlées, d'autres peut-être enfin à neutraliser ou à détruire des éléments devenus nuisibles ii l'aninuil.
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La solidarité de tous les organes apparaît ainsi plus intime et plus étroite ; des organes, réputés presque inutiles et dédaignés par les médecins, deviennent .'les agents les plus importants de la conservation de la santé et mémo de Tintelligence, et des maladies restées mystérieuses ou incurables commencent à être éclairées dans leur pathogénie et combattues avec succès.
Un troisième point où les idées anciennes ont dii être modifiées, c'est celui de la prétendue incapacité de l'organisme animal pour la transformation des principes immédiats de Taliinentation les uns dans les autres. Le fait était démontré et reconnu pour la transformation des matières amylacées en sucre (Dumas, Boussixgault, Liebig), et Flourens avait engraissé un ours du Jardin des Plantes en le nourrissant uniquement de pain. Mais on a cru longtemps que les substances quaternaires (juc nous absorbons devaient rester telles dans notre organisme, il semble (jue ce soit une erreur. « S'il est aujourd'hui reconnu comme certain qu'une partie des sucres et des graisses de l'économie, peut-être même des matières albuminoïdes, provient directement des matériaux de même espè(;e fournis par Talimentation, il est impossible de méconnaître aussi qu'une partie de ces substances : glycogène, glycosc, corps gras, etc., lorsqu'elles apparaissent dans nos cellules, concurremment avec l'm'ée, les <-omposés amidés et l'acide carbonique, ne provienne directement du dédoublement des albuminoïdes du protoplasma qui sécrète i)our ainsi dire ces substances au fur et à mesure qu'il fonctionne'. »
La célèbre expérience de Pettenkofeh et Voit, voyant des chiens nourris exclusivement de viande former cependant de la graisse, le fait si vulgaire des diabétiques continuant à fabricjuer dn sucre en abondance malgré une ulimentation exclusivement carnée, suffisent à démontrer le fait. Gomme tout organisme animal, l'homme est incapable de faire avec les éléments qui les composent la synthèse des albuminoïdes, nuiis il peut transformer les uns dans les autres les principes
' A. (JAUTiER, /oc. c//.,p. 80.