LA NUTRITION EN GKNERAL
azotés et tirer d'eux des substances grasses ou sucrées. C'est gnVce à cette propriété qu'il peut t\ l'état normal conserver identique la constitution chimique et par suite histologiquc de ses cellules, en restant, jusqu'îi un certain point, indépendant de la variation des aliments qu'il ingère. Si au contraire, les propriétés nutritives de ses éléments anatomiques viennent ù être troublées, alors l'équilibre peut être rompu, et les composés ternaires seront fabriqués en quantité insuffisante ou exagérée, suivant certaines circonstances (émaciation, obésité, glycosurie).
Sur un quatrième point, la théorie générale de la nutrition a été bouleversée. Dans ses admirables études sur les fermentations, Pasteuh a montré que certains micro-organismes avaient besoin d'air pour se nourrir et pour vivre, mais que d'autres, au contraire, pouvaient parfaitement so passer de l'oxygène de l'air, et à la nutrition aérobie des uns il a opposé la nutrition anacrobie des autres. Cette double condition de vie se retrouve dans les éléments anatomij^ues des animaux et de ihomme. Lavoisier avait assimilé la respiration h une combustion; après lui, on avait compris que la combustion se faisait, non dans les poumons, mais dans tous les organes et les oxydations étaient restées le type unique de la nutrition intime des cellules. Un fait pourtant aurait dii frapper les physiologistes, c'est que la quantité d'oxygène trouvée dans les excrétions, dépasse d'un cinquième environ la quantité d'oxygène empruntée à l'air inspiré*. D'où peut donc venir l'excès d'oxygène des produits éliminés? 11 vient, par la nutrition anaérobie des protojilasmes, de la réduction de certains corps azotés, et les leucomaïnes, matières réduites, témoignent de la justesse de cette assertion. La chimie de la cellule vivante relève donc à la fois d'un double travail d'oxydation et de fermentation, et, s'il faut en croire l'éminent professeur de chimie : « La partie vraiment active et vivante de nos cellules, le noyau et le protoplasma, fonctionne, à l'abri de l'oxygène, ii la façon des microbes anaérobies, et ce n'est que secondairement, î\ l'extérieur pour ainsi
' A. Gautier, Gaz. hebcL, 1" juillet 1881.
(lire de la cellule et aux dépens de ses produits, que se passent les phénomènes de combustion qui fournissent î\ l'animal la majeure partie de sa chaleur et de son énergie » (loc. cit., p. 4.)
Enfin il est un dernier point sur lequel les travaux de Schiff, de Roger, de BorcHARD ont été de véritables révélations : la toxicité de certains organes à Fétat normal et le pouvoir antitoxique de certains aiitres. « L'intestin est un véritable Laboratoire des poisons »; son contenu injecté à très fnible dose dans les veines d'un animal détermine rapidement la mort, les extraits d'un grand nombre de glandes sont aussi des poisons très actifs. Comment se fait-il donc ([uc, chargés de poisons à un aussi haut degré, nous réussissions à vivre? C'est que, pour plusieurs, des barrières épithéliales efficaces s'opposent î\ leur entrée dans la circulation, et que, d'autres en traversant tel ou tel organe, y rencontrent des substances qui les neutralisent ou les détruisent. Le foie est antitoxique pour les poisons de l'intestin, lo corps thyroïde pour les substances mal connues qui infiltrent les nicmbros de myxcpdémateux, les capsules surrénales pour les décbf'ts (fui résultent du fonctionnement musculaire. Cette notion aussi précieuse ne doit jamais être perdue de vue, quand on veut essayer (pielque médicament d'origine animale (opothérapie, sérothérapie).
(irAce à ces nouvelles conquêtes de la chimie organique et de la physiologie, le problème de la nutrition est devenu singulièrement plus complexe. Les grandes fonctions des appareils digestif, circulatoire, respiratoire, sécrétoire, gardent toujours leur rôle préi)ondérant et conservateur; mais à côté d'elles prennent jdace des fonctions nouvelles (sécrétion interne des glaniles, travail fcrnicntatif aboutissant à la transformation des matériaux organi(ines), les unes, appartenant il certains organes spéciaux, les autres, jjouvant être considérées comme des propriétés communes à tous les éléments cellulaires; et enfin, dominant ce mécanisme compliqué, apparaît le système nerveux, véritable régulateur de la vie végétative, en même temps qu'il est lorgane essentiel de la vie de relation ; le système nerveux <(ui. dirigeant à lui seul les fonctions les jdus diverses, maintient l'unité et l'indépendanee de l'organisme à travers les vicissi-
LA NUTIUTIOX EN GENERAL ZÇ)
ludes chimieiues les plus difficiles et préside aux plus obscures comme aux plus brillantes manifestations de la vie.
§ 3. — Les médicaments et les agents qui modifient la nutrition
Les phénomèmes primordiaux de la nutrition étant ainsi établis, on comprend que toute substance alimentaire ou médicamenteuse introduite dans l'organisme peut et doit faire sentir son influence sur elle; qu'il en est de même de toute action pbysique ou mécanique, impressionnant le système nerveux et excitant ses fonctions sensitives ou motrices. La nutrition ne peut pas ne pas ressentir le contre-coup immédiat ou éloijrné de tout ce qui aune influence sur unw point même limité de l'or^'anisme. Mais pour ne pas s'égarer dans des spéculations troj) liasardeuses. il convient de réserver à l'étude des médicaments ncrvins celle; de tous les agents qui ne modifient la nutrition que par l'intermédiaire du système nerveux et de limiter l'étude des médicaments proprement dits de la nutrition aux trois catégories suivantes : 1^ les régimes alimentaires ; 2*^ les médicaments dont la substance composante existe normalement dans léconomie ou peut tout au moins se comI)iner d'une façon durable avec les protoplasmas cellulaires; 3" les sucs organicpies.
1*^ Par les régimes, le médecin introduit dans le corps du malade, les aliments qui conviennent, il écarte ceux qui nuisent à une maladie déterminée. H préside, par sa prescription, au renouvellement cellulaire, et il lui appartient, par un régime bien fait, de modifier profondément la trame de nos tissus. Si, comme on le croyait naguère, l'aninuil n'avait pas le pouvoir de transformer les uns dans les autres, les principes immédiats de l'alimentation, s'il ne pouvait pas faire de la graisse et du sucre avec des album inoïdes, le pouvoir du thérapeute serait certainement plus absolu ; il deviendrait le maitre de la chimie de nos organes. Mais l'animal a, en ces matières, plus de puissance qu'on ne l'avait pensé ; et ce privilège, malheureux en quelques circonstances, déjoue les régimes les mieux comlûnés; c'est ainsi (|u'on a beau priver un sujet de graisse ou de sucre, il pourra
n'en pas moins rester obèse ou diabétique. De pareils faits montrent, que l'influence des régimes est quelquefois limitée» nous verrons que, dans bien d'autres cas, elle est des plus heureuses, et que les prescriptions alimentaires sont par leur importance au premier rang de celles que doit formuler le praticien.
2" Parmi ies médicaments les plus anciennement connus, figurent le fer, le soufre, les alcalins, les cblorures, plus récemment on a employé le phosphore, l'oxygène, l'iode. Or, la chimie a démontré que ces cor[)s simples sont des éléments normaux dans la composition de nos tissus : le fer, dans l'hémoglobine, le soufre, dans les téguments et les viscères, l'iode, dans le corps thyroïde, etc. Dans les maladies, il peut arriver (]ue ces éléments soient en excès ou en défaut, que l'alimentation n'en introduise pas une quantité suffisante, que l'absorption en soit incomplète, qu'une médication intempestive en introduise trop ; il peut arriver surtout, que par suite d'un vice intime et profond de la nutrition, ou sous l'influence d'agents t liera pcuticiucs, nos cellules perdent avec excès ces matériaux iu(lis})cnsal)les à leur fonctionnement normal. Connus depuis longtemps pour le fer, i)lus récemment pour le phosphore, ces troubles commencent à être bien étudiés, pour la plupart des corps simples qui entrent dans la constitution de nos tissus, grâce aux puissantes études de M. A. Uobix sur les uiédicaments déminéralisateurs. Ces corps simples forment une classe toute naturelle de remèdes de la nutrition ; on les a souvent divisés en accélérateurs ou en ralentissants de la nutrition, on a considéré quelques-uns d'eutre eux comme des altérants. Ces dénominations sui»posent ((ue le mouvement normal de la nutrition est mieux connu qu'il no l'est en réalité, ils entraînent avec eux l'acceptation de doctrines et de faits (jui ne sont pas très démontrés ; il est plus sage de s'en abstenir dîins un traité aussi élémentaire ([ue celui-ci.
A ces médicaments, nous joindrons l'arsenic, qui n'a pas été jusqu'à présent rencontré dans les analyses de nos organes, mais (|ui contracte avec plusieurs de nos élénienls des combinaisons stables, «pie l'on i)eut comi>arer avec juste raison à celles du jibospliore ou de rio<le.
l^cs eaux minérales, dont les puissantes actions thérapeutiques ont été utilisées depuis des siècles, doivent leur vertu justement à la présence dans leur constitution de ces mêmes corps simples : fer, soufre, arsenic, chlorures, alcalins, etc. Leur étude suivra logiquement, celle de ces médicaments.
3^ Enfin on a vu que nos organes se nourrissent et s'entretiennent aux dépens de substances formées dans d'autres organes, en particulier dans les glandes et surtout dans les glandes vasculaires sanguines. Lorsque ces substances font défaut, il appartient à la thérapeutique de les restituer à l'organisme en les empruntant k des glandes d'animaux sains : Tétude de ces médications ov^amqnes {opothérapie deLandouzy) formera le dernier chapitre des médicaments de la nutrition.