CHAPITRE II LES ANTISEPTIQUES EN GÉNÉRAL
10 Déânition des antiseptiques. — Les médecins sont loin d'être d'accord sur la définition exacte qu'il convient de donner des antiseptiques. Bouchard ne comprend sous ce nom que les agents capables d'arrêter par eux-mêmes la vie ou la multiplication des germes pathogènes sans l'intervention de l'organisme. D'autres, plus larges dans leur compréhension, appliquent cette dénomination à tout remède propre à préserver l'organisme des microbes qui lui sont nuisibles et à en combattre les effets. Soulier réserve le terme de désinfectants pour les agents aptes à détruire les résultats fâcheux de l'action du microbe sur l'organisme. Il est inutile de discuter longtemps; chacun est libre d'adopter toute définition qui lui convient, à la condition de bien la préciser. A l'exemple de Manquât, nous nous en tiendrons à la première partie de la définition de Bouchard, et nous étudierons comme antiseptiques les substances capables de suspendre la vie, la reproduction ou les fonctions des germes pathogènes, sans exclure de ce cadre celles (ce sont les plus nombreuses), qui n'obtiennent leur plein effet que par les modifications qu'elles impriment à l'organisme.
2^ Points à préciser dans l'étude des antiseptiques. —
L'étude des antiseptiques est à peine ébauchée : ici, en effet, la généralisation n'est pas encore possible, et il faut, à moins de se payer de rêveries, essayer de connaître pour chaque substance: i^ son action antiseptique proprement dite, c'est-à-dire la manière dont elle influence chaque microbe en particulier in vitro ; 2° son action physiologique ; 3° son action sur la surface tégumentaire normale ou traumatisée et infectée des diverses
espèces microbiennes ; 4<^ son action à l'intérieur, quand l'organisme est déjà infecté par l'une ou l'autre de ces dernières. Ces quatre séries d'études sont loin d'être terminées ; elles sont cependant nécessaires pour chaque antisepticpie et pour chaque microbe. En effet, une substance donnée ne se comporte pas de la même façon à l'égard de tous les germes ; la dose toxique pour l'un ne l'est pas pour les autres. Le même microbe, suivant qu'il se présente à l'état de développement comptet ou à l'état de spores, offre au même agent une résistance tout à fait différente, les spores supportant, en général, sans en être altérées, des actions antifcrmentescibles auxquelles succombent les bactéries adultes. Aussi, le tableau ci-joint que nous empruntons à Jalan de la Croix, parce qu'il est tout à l'ait classique, ne peut-il donner une idée suffisante de la valeur médicale des substances considérées, puisqu'il ne donné que les résultats obtenus avec des espèces microbiennes indéterminées. On peut juger cependant de la somme énorme de travail qu'ont dû coûter de telles recherches.
3^ Action physiologique des antiseptiques. — L'action physiologique des antiseptiques n'est pas moins utile à bien connaître. L'organisme est toujours influencé par l'introduction dans son intimité ou même par l'application d sa surface de ces agents, dont quelques-uns sont de violents toxiques. Ou ne saurait donc ne pas rechercher minutieusement la dose maxima ([u'il peut tolérer sans dommages. D'autres, toxiques ou non, subissent au contact des liquides de l'économie des transformations ou des dédoublements qui en changent complètement la nature ; « c'est ainsi qu'après l'absorption des phénols simples (phénol, créosote, thymol) ainsi que de leurs homologues, il se forme des acides éthéro-sulfuriiiues inactifs de ces mêmes corps (Baumann et Herber) » *. Il n'est pas enfin jusqu'à la forme pharmaceutique où rantisepti([ue est offert à l'économie qui ne puisse influencer son action, et l'on sait que les solutions aqueuses d'acide phénique sont à doses égales beaucoup plus
* Nothnagel et Rosbagh, Loc. cil., p. 420.
l'UÉCIS DE THÉKAPEUTKiVE. I. \1
Action de quelques antiscj