‹ Precis de therapeutique v. 1Chapitre 43 sur 69 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

1° Historique. — L'application de l'eau froide ou plutôt des bains froids au traitement des fièvres n'est pas à coup sûr une nouveauté. Elle était connue des médecins grecs et romains, mais elle avait été oubliée au moyen âge, et condamnée comme con-

traire aux saines doctrines médicales par les plus grands médecins du xvii*^ et du xviii*' siècles. C'est certainement à Currie (1797), que revient l'honneur d'avoir établi sur des bases solides la valeur de la méthode réfrigérante. Rëcamier semble après lui l'avoir pratiquée, mais n'a rien écrit à ce sujet. Giannini en Italie, Jacquez en France la préconisaient par leur exemple et leurs travaux. Mais il faut arriver à Brand (Stettin, 1861) pour voir l'usage des bains dans la fièvre typhoïde présenté comme un traitement rationnel et comme le plus efficace des traitements. Les travaux successifs de Lierermeister vinrent à l'appui de sa doctrine ; et sa méthode était à peu près généralement appliquée en Allemagne, au moment de la guerre de 1870. Prisonnier à Stettin, le D^ Glenard constata les résultats excellents de cette thérapeutique, et, revenu à Lyon après la paix, se fit véritablement l'apôtre de cette médication. Grâce à lui, l'école lyonnaise l'adopta assez vite, et, en 1880, Bouveret et Tripier ont publié sur elle un ouvrage magistral. Plus difficilement acceptée à Paris et dans le reste de la France, la méthode des bains froids a fini par triompher à peu près partout ; il s'en faut de beaucoup qu'on l'appliciue dans toute son intégrité, mais ses bienfaits finissent par désarmer peu à peu les plus rebelles, et on commence à l'appliquer régulièrement au traitement de la fièvre typhoïde, et dans les cas compliqués à la plupart des autres fièvres infectieuses.

2<* Effets généraux du bain froid. — Quand un malade, atteint de fièvre, est brusquement plongé dans un bain dont la température est à 10°, 15°, 20*^ et même 25° au-dessous de la sienne, il éprouve, en même temps qu'une sensation de froid intense et bien explicable, une sorte d'angoisse et d'effroi qui ^^e traduit soit par un tremblement soudain, soit par des cris. Mais il s'acclimate bientôt ti ce milieu nouveau et les deux premières minutes ne sont pas encore écoulées, que le calme reparaît sur ses traits et, dans son attitude, et dans la plupart des cas, il déclare même être satisfait de ce bain. Cet état de bien-être on tout au moins de tolérance persiste de huit à dix ou quinze minutes, puis le malade se sent plus faible, son pouls s'accélère.

une sensation plus profonde de froid l'envahit, et un frisson avec claquements de dents commence : c'est l'indication que la température centrale qui s'était jusqu'à ce moment maintenue à son degré initial ou même un peu au-dessus commence à s'abaisser ; c'est le moment de retirer le malade du bain. Une fois remis dans son lit, et après avoir reçu les soins que nous indiquerons tout à l'heure, il est rare que le malade ne présente pas progressivement une amélioration subjective et objective des principaux symptômes dont il souffre; cet état persiste d'une heure à deux heures et demie ; puis, peu à peu, les phénomènes atténués reprennent leur intensité, et, trois heures environ après le bain, l'aspect du malade est à peu près identique à celui qu'il présentait auparavant.

Les effets de ce puissant moyen de réfrigération doivent étro étudiées dans les principaux appareils et dans les grandes fonctions de l'organisme.

3^ Modifications des températures centrale et périphérique. — Les modifications de la température du malade sous l'influence du bain froid ont tout naturellement attiré l'attention des observateurs. Les recherches de Brand, Aubert et SiGALAS sont du plus haut intérêt. Quand le bain est réellement froid (48 à 20° au maximum), le premier effet de l'immersion du fébricitant est une légère élévation de la température centrale qui peut persister toute la durée du bain. Mais si l'eau est plutôt fraîche que froide, cette élévation manque généralement. Les tracés comparatifs des températures rectales et des températures axillaires, relevées de cinq en cinq minutes par Sigalas et son élève Laffarelle * sont des plus instructifs. Au sortir du bain la température périphérique fortement abaissée commence aussitôt à remonter ; la centrale au contraire s'abaisse peu à peu jusqu'au moment où elle n'est plus supérieure à l'axillaire que de trois ou quatre dixièmes de degré. A partir de ce moment les deux températures remontent parallèlement jusqu'au degré

* Laffarelle, Thèse de Bordeaux, 1892-93. Les figures ci-dessous sont empruntées à cette thèse.

constaté avant le bain. Les choses semblent donc se passer

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