TYPES DE TEMPÉRATURE ; CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
La condition ou circonstance qui a le plus d’influence surla température de l’homme est l'état de maladie. Dans les affections fébriles la température monte, atteint un certain degré, se maintient à cette hauteur, avec de légères oscillations, décline ensuite jusqu’à revenir à l’état normal, ou même au-dessous, et dans ce dernier cas se relève de nouveau jusqu’au degré physiologique pendant le cours de la convalescence.
Nous avons vu combien sont étroites les limites des os. dilations physiologiques de la chaleur sous l'influence des diverses conditions individuelles et des agents externes; il n’en est pas ainsi dans 1er cas de maladie. Dans l’état pathologique les variations de la température se produisent entre des limites très-étendues.
Le maximum de température, dont nous ayons connaissance, pour l’homme malade, est de 44°, 75, et a été observé par le docteur Wunderlich sur un tétanique au moment de la mort, et le minimum, qui a été noté dans le sclérème, est de 22°, selon le docteur Hardy1, et de 23° dans la
1 Op. cit., pag. 17.
même maladie, selon le docteur Mignot1. Dans les observations relatées par ce dernier observateur dans sa thèse pour le doctorat, la chaleur ne descendit pas autant, et la plus basse température, constaté dans l’aisselle, fut de 25°, b sur un enfant de sept jours, chez lequel on comptait 22 inspirations par minute, et dont le pouls était imperceptible2. Nous n’avons jamais observé une température aussi basse dans Faisselle; nous avons eu déjà l’occasion de noter un abaissement à 22.°, 8, mais cela a eu lieu. pour la face dorsale de la main gauche, qui n’était pas abritée par les couvertures du lit, chez uu malade âgé de 59 ans et atteint de ramollissement cérébral; à l'aisselle de ce même sujet le thermomètre marquait 37°, 2; le nombre de ses pulsations était de 72 par minute, et celui de ses respirations de 30. Entre ces deux extrêmes on constate dans les différentes maladies des températures intermédiaires.
Le docteur A. Compton a établi, comme corollaires de ses observations thermométriques, les propositions suivantes: Ie., la température quotidienne de 99° Fah. (37°, 2 c.) et au-dessus, lorsqu’elle est continue, indique une condition pathologique, et elle a lieu dans les cas de maladies aiguës; 2°., une température relativement élevée, telle que celle de 105° Fah. (40°, 5 c.), quand elle se montre dans nn cas quelconque, même lorsque les symptômes généraux ne paraissent pas indiquer de gravité, doit attirer une sérieuse attention, surtout si le diagnostic n’est pas encore fixé, parce que ce degré de chaleur est propre aux formes graves des maladies.
Notre propre observation nous empêche d’accepter comme fondées les deux propositions du médecin anglais. En premier lieu la température de 37°, 2 c. ou 99° Fah. ne sort pas des limites normales, elle se rencontre chez des individus en parfaite santé. En. second lieu la. température de
40.5 c. ou 103* Fah. ne nous a pas paru exclusivement propre aux formes graves des maladies; nous l’avons note plusieurs fois dans des affections fébriles sans gravité;, et rien n’est plus ordinaire que de rencontrer ce niveau thermométrique dans le cours de fièvres palustres simples et bénignes.
Selon le docteur Wunderlich les oscillations de la température chez l’homme malade ne vont pas au delà de 12° à 13°; c’est-à-dire qu’elles ont lieu entre 44°, 75 et 32°, mais qu’il est rare que la chaleur s’élève au-dessus de 43e ou s’abaisse au-dessous de 33°, et que dans les maladies graves elle oscille entre 42°, 5 et 35e l. D’après notre observation personnelle ce n’est qu’en général que doit être admise la proposition de l’éminent clinicien; la température de 42° est déjà une chose rare; celle de 43° est plus rare encore, et nous n’avons jamais rencontré celle au-dessus de 44° c.
Les oscillations diurnes de la température pathologique, qui sont beaucoup plus prononcées que celles de la température normale, ont leur origine, comme nous en aurons la preuve dans l’étude de la thermométrie spéciale, dans le cours régulier de la maladie, ou elles se trouvent liées à certaines circonstances, telles que dispositions individuelles, écarts de régime, complications (constipation ou relâchement intestinal, diurèse et diaphorèse copieuses, hémorrhagies naturelles ou artificielles) et enfin l’usage de quelques médicaments.
Beaucoup des écarts qu’éprouve la calorification dans l’état morbide sont sujets à certaines lois. Cette partie de la thermométrie, qui porte le nom de thermonomie pathologique, méritera de notre part une attention toute particulière.
La température normale est tellement fixe qu’il y a lieu de soupçonner une perturbation dans la santé, même quand celle-ci est bonne en apparence, dès qu’il se manifeste de la mobilité dans la calorification sous l’influence des cir-
1 Op. cit., pag. 5. Il nous semble que ce doit être 43® et non 33‘-
constances extérieures et surtout pendant un temps assez prolongé. Les oscillations morbides de la chaleur se montrent souvent avant toute autre perturbation fonctionnelle.
Lorsque la température s’élève au-dessus du niveau normal, on dit qu’il y a fièvre; lorsqu’elle descend au-dessous de la limite physiologique, on dit qu’il y a algidité. De là vient que plusieurs cliniciens regardent comme synonimes les expressions de fièvre et de température animale exagérée l.
C'est en raison de sa constance que la température a été prise pour base de la classification des maladies en divers groupes. Les uns dut établi trois classes, dont la première comprend toutes les affections dans lesquelles il y a élévation de la température, signe caractéristique de la fièvre; la seconde classe renferme les maladies qui sont accompagnées d’abaissement de la calorification, abaissement inférieur au niveau normal; dans la troisième classe, qui est formée par exclusion, entrent les états pathologiques qui ne sont point accompagnés de modification pathologique dans la température animale.
L’abaissement permanent de la température ne se rencontre que dans un petit nombre de formes morbides, ce qui fait que la seconde classe nosologique, dont nous venons de parler, n’est que très peu étendue, car elle se compose à peine du sclérème et du choléra-morbus. Mais l’abaissement passager de la température se trouve dans beaucoup d’étals morbides, qui ne sont ordinairement que transitoires, et qui peuvent être favorables on défavorables; lorsque l’écart thermique est grand, sa signification est mauvaise.
Le docteur Hardy adopte, dans sa thèse, la division des maladies en deux groupes," savoir : msladies avec élévation de température, et maladies avec abaissement do températme ou algides. Dans le premier groupe cet auteur étudie,
1 Nouv. dict. de méd. et de chirurg. prat. t. vi. — Paris, 1867.
sons le rapport de la fréquence du pouls et de la respiration et des variations de la chaleur, la rougeole, la scarlatine, l’infection purulente, la fièvre synoque, la fièvre typhoïde, le rhumatisme et la pneumonie, affections observées par lui chez 51 malades, sur lesquels avaient été faites 393 observations thermométriques l. Pour le second groupe le docteur Hardy ne mentionne aucune observation qui lui soit propre, et il se borne à rapporter quelques faits dus à d’autres observateurs, en faisant remarquer que, en sus du choléra-morbus et du sclèrème-, dans lesquels la température descend au-dessous du niveau normal, les phénomènes d'algidité peuvent avoir encore pour cause: 1°. les lésions du cœur et surtout les communications entre les cavités droites et gauches ; 2°. les affections du poumon (pneumonie, tuberculose, double épanchement); 3°. les perturbations de l’innervation; 4°. les altérations du sang; 5°. les lésions locales (ligature d’artère principale, gangrènn, section de nerf) 2,
Celte divisiou nosologique peut être admise pour l’étude des altérations de la température, mais elle se trouve exclure un grand nombre de maladies chroniques, dans lesquelles ordinairement la calorification n’éprouve pas de modifications, du moins pendant un certain temps, mais qui cependant ne doivent pas, pour cela, être omises dans l'exploration thermométrique, parce que dans certaines occasions ou dans quelques unes de leurs périodes elles offrent des particularités dignes d’attention.
L’augmentation subite de la température générale ou interne, coexistant avec la chaleur normale de la tète, des mains et des pieds, se produit ordinairement avec une violente sensation de tremblement et de froid, et constitue la fièvre algide ( Fieberfrost des allemands).
L’élévation de température qui atteint ou dépasse 38°, 5
1 Thèse cit., pag. 18.
2 Thèse cit., pag. 51.
se lie à une sensation subjective de chaleur, de débilité, de soif, de céphalalgie, quelquefois de fréquence et de vélocité du pouls, et quand cet état dure plus long temps, de diminution du poids du corps; c’est la fièvre ardente (Fieberfiitze des allemands).
Une grande diminution de la température des extrémités et de la face, avec augmentation ou diminution de la température générale, coïncide fréquemment avec la petitesse du pouls, rabattement, la dépression de la physionomie et les sueurs; c’est le collapsus1.
Considérées particulièrement dans chaque maladie, les oscillations de température sont ordinairement égales, se répètent de la même manière, et sont comprises dans certaines limites en général.
Sous le rapport des variations de température, les formes morbides se divisent en trois groupes. Dans l’un les formes pathologiques correspondent à des typés de température fixes et bien déterminés (typhus, fièvres eruptives, pneumonie, etc.) ; dans l’autre les formes morbides n’ont pas de type fixe et déterminé de température, bien que parfois elles s’en rapprochent (pyémie, septicémie, inflammations catarrhales aiguës, rhumatisme polyarticulaire aigu, méningite, pleurésie, tuberculose aiguë, etc.); le troisième groupe comprend les formes morbides dans lesquelles il n’y a pas d’accroissement de chaleur ou qui ne sont pas accompagnées de fièvre (syphilis, choléra, etc.).
Plusieurs formes morbides ont un type unique de température; elles sont monotypiques. D’autres suivent des types divers, et pour cette raison elles sont appelées poly typiques, ou pleotypiques comme les nomme le docteur Wunderlich.
11 est bon d’être averti cependant que les types morbides, de température ne suivent pas rigoureusement un ordre invariable, ne possèdent pas une fixité absolue. Dans des circonstances particulières une forme morbide quelconque,
1 Wunderlich, op. cit.
même parmi celles de type fixe, peut présenter des irrégularités, dues suit à des dispositions individuelles, soit à des influences fortuites. Mais même quand il en est ainsi, ces irrégularités se produisent dans certaines limites, et la thermométrie enseigne à distinguer les cas-