INTRODUCTION
Parmi les choses les plus remarquablos de ces derniers temps se place le progrès qu’a fait le diagnostic médical. Ce résultat si avantageux est dû principalement au perfectionnement des moyens d’investigation et à leur application de plus en plus étendue et de mieux en mieux dirigée.
Entre les divers instruments, le sphygmographe et surtout le thermomètre méritent une mention spéciale.
Nous nous proposons de nous occuper de la connaissance de la température, physiologique et pathologique, et des précieux éléments que fournit la mensuration thermique pour le diagnostic, et surtout pour l’appréciation de la marche des maladies aiguës, pour le pronostic et pour les indications thérapeutiques.
Les faits recueillis dans les archives de la science forment déjà une collection des plus étendues, et de leur ensemble on a pu déduire des lois d’une haute importance pour la pratique.
Cependant le champ de la thermométrie n’est pas encore complètement fouillé ; il en reste encore beaucoup à défricher, et un grand nombre de points ont besoin d’être étudiés avec une minutieuse attention. C’est pourquoi nous nous décidons, nous aussi, à remuer ce terrain fécond et à faire connaître ce que nous avons pu y recueillir.
Nos premières observations datent de l’année 1856, époque à laquelle nous avons pu nous procurer un bon thermomètre, dont les degrés étaient divisés en cinquièmes et sur lequel on pouvait noter même les dixièmes. Ce ne furent alors de notre part que de simples essais.
Mais ayant reconnu, après quelque temps d’usage, l’importanco de la connaissance de la température animale pour
la détermination de la fièvre, dont elle est le critérium le plus exact, pour la distinction de certaines espèces ou variétés pathologiques, et surtout pour l’appréciation de la marche des maladies aiguës, nous avons établi dès lors nos registres, auxquels nous avons donné la dénomination de thermo-sphygmo-pnéomélriques, et nous avons institué des observations méthodiques, régulières, complètes, répétées au moins deux fois par jour pendant toute la durée de la maladie, et pendant la convalescence.
Il y a longtemps déjà que nous nous sommes imposé, comme règle, de noter la température de tous les malades qui entrent dans notre service de l’hôpital S. José ; dans la pratique privée nous nous servons très-fréquemment aussi du thermomètre, que nous regardons encore comme plus indispensable que le stéthoscope ou le plessimètre.
Ayant en notre possession un nombre considérable d’observations, recueillies avec soin, sur la température, le pouls et la respiration, nous croyons pouvoir offrir à nos confrères, sinon une œuvre complète et parfaitement achevée, du moins les modestes résultats de nos recherches, qui ayant été recueillis à Lisbonne pourront être comparés à ceux que la science possède ailleurs, et servir de stimulant pour quelqu’autre entreprise de plus longue haleine.
Dans l’écrit que nous allons livrer à ia publicité, nous exposons un ensemble de notions générales sur la thermométrie clinique, d’où lui vient la dénomination de Précis de thermométrie clinique générale. Nous y présentons une exposition, aussi claire et substantielle que possible, de ce que nous connaissons de plus positif et de plus utile en fait de thermométrie clinique. Les néophytes de la médecine trouveront dans notre Thermométrie clinique générale des enseignements qui les initieront à cette branche spéciale de notre science et qui leur permettront, en s’adonnant, eux aussi, à son étude pratique, de l’augmenter et de la perfectionner plus tard par les fruits de leurs propres explorations.
A la première édition de ce travail nous ajoutons une deuxième partie, que nous intitulons Thermosémiologie, ou de la température au point de vue de la sémiotique, et Thermacologie, ou de 1a température dans ses rapports avec la thérapeutique.
Dans la prim ière partie, après avoir fait l’histoire de la lher
mométrie clinique depuis ses commencements les plus éloignés jusqu’à nos jours, et avoir exposé ses vicissitudes et ses progrès dans les différents pays, nous subdivisons la matière en six chapitres.
Dans le premièr nous nous occupons de la température physiologique et de ses modifications sous l’influence de diverses circonstances, soit individuelles soit extérieures. Le deuxième est consacré à la description des thermomètres établis pour l’usage clinique, à l’indication des conditions qu’ils doivent remplir, à leur mode d’application, et enfin aux registres thermo-spbygmo-pnéométriques. Le chapitre troisième contient l’examen des modifications pathologiques de la température. Le quatrième est destiné à l’étude de la fièvre et des périodes de la température pathologique. Le cinquième traite de la marche générale de la température pathologique et de ses rapports avec les autres symptômes. Enfin, dans le chapitre sixième, que nous intitulons therrnopathogénie, nous faisons l’exposition et l’analyse critique des diverses théories proposées pour expliquer la température anormale.
La deuxième partie se compose de quatre chapitres. Dans le premier nous traitons de la thermosémiologie. Le second s’occupe de la loi thermo-différentielle et du cycle thermique de quelques maladies. Le troisième et le quatrième sont consacrés à la thermacologie, le troisième étant destiné aux moyens hypotherménisants et le quatrième aux moyens hypertherménisants généraux et locaux.
Dans chacun des chapitres non seulement nous faisons connaître ce que nous avons rencontré de plus important et de plus utile chez les auteurs français, anglais et allemands, mais nous présentons aussi tes résultats de nos propres investigations clinico-thermométriques.
Nous aurons atteint notre but si nous avons réussi à faciliter l’étude de la thermométrie clinique et à mettre en évidence son importance et son utilité.
Lisbonne, 'avril 1882.
Dr. P. F. da Costa Alvarenga.
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