RELATION DE LA TEMPÉRATURE AVEC L INNERVATION
CONSIDÉRATIONS SUR LE FRISSON ET QUELQUES AUTRES PHÉNOMÈNES DE LA FIÈVRE
Les oscillations de la température pathologique sont souvent accompagnées de perturbations nerveuses ; dons beau-
1 Jaccoud, Leçons de clinique médicale. — Paris;, 1867.
coup de cas on remarque un certain parallélisme entre les deux ordres d’altérations, dans d’autres le constraste, qui existe entr’eux, est évident.
Dans la fièvre il est de règle qu’il se manifeste un abattement général, des malaises, des douleurs vagues, une excitabilité cérébrale avec insomnie ou du moins un sommeil entrecoupé, exagération de Pimpressionabilité des sens et enfin sensation subjective de froid. Lorsque la fièvre est modérée, les accidents nerveux chez les adultes sc limitent à ceux que nous venons d'énumérer; chez les enfants ils peuvent non seulement acquérir une plus grande intensité, mais de nouveaux phénomènes peuvent aussi survenir en raison de ce que le cerveau prend une part plus active dans le drame morbide.
Lorsque la fièvre est intense ce sont des symptômes plus graves qui se produisent, tels que délire, convulsions, soubresauts des tendons et frissons véritables. Ces perturbations de l’innervation se produisent particulièrement chez les enfants et chez les sujets excessivement impressionables.
Lorsqu'on remarque un contraste entre l’étendne et l’intensité des accidents nerveux et l’élévation de la température, on doit apporter un soin particulier à rechercher les causes de ces accidents, parce que souvent alors ils peuvent dépendre d'une affection cérébrale.
Parmi les phénomènes que nous avons mentionnés, l’un d’eux, le frisson, a surtout attiré, dans ces derniers temps, l’attention des observateurs.
En quoi consiste le frisson? À quelle période du cycle thermique se manifeste et se dévoloppe-t-il? Quelle relation de priorité y a-t-il entre le frisson et l’élévation de la température, entre le degré de cette dernière et l’iutensité du premier? Quelle est la cause du frisson ? Telles sont les diverses questions, dont nous allons nous oecuper.
Le frisson consiste dans la convulsion subite des muscles de la vie végétative (fibres lisses) et en particulier des
libres vasculaires, et aussi dans la convulsion de même nature d’une partie ou de la totalité des muscles de la vie animale (fibres striées). Une observation attentive montre que les phénomènes capitaux du frisson sont au nombre de trois : resserrement des vaisseaux périphériques, saillie des bulbes pileux (chair de poule) et spasmes du système musculaire. Ces phénomènes varient en intensité et en extension. selon la violence du frisson, ou, pour mieux dire, ils donnent la mesure de son intensité, ür, ces phénomènes qui caractérisent le frisson, expriment tous une excitation anormale du système nerveux.
Les frissons commencent au début des accès fébriles ; c’est un fait sur lequel tous les observateurs sont d’accord. Mais le frisson est-il le phénomène initial de la scène morbide ? Est-il la première altération qui se produit dans une maladie fébrile, dans un accès de fièvre intermittente, par exemple ?
La répouse affirmative fut longtemps celle qui fut jugée hors de doute et au-dessus de toute contestation. Mais le thermomètre est venu démontrer combien cette supposition était erronée, car il a fait reconnaître que dès avant le frisson il existait déjà de l’élévation dans la température, que cette température continuait de monter encore pendant le frisson lui-même, et qu'elle atteignait son maximum vers la fin de celte période, ou dans le stade de la température. Avant l’apparition du frisson, quelquefois à la distance de quelques minutes seulement, d’autres fois à la distance d'une ou de plusieurs heures, la température commence à s’élever, lentement d’abord, de quelques dixièmes de degré, plus rapidement ensuite, et, quand elle est parvenue à un certain degré fébrile, alors se développe le frisson. Nous avons actuellement dans notre service d’hôpital un malade, atteint de fièvre intermittente quotidienne simple, sur lequel le thermomètre a marqué, une demi-heure avant le froid, 38°,7.
D’après le docteur Jaccoud c’est entre 39° et 406 que
le frisson se manifeste Notre observation personnelle ne confirme pas entièrement cette proposition, parce que nous avons noté l’apparition du frisson même avant que la température fût arrivée, à 38° , comme aussi au-dessus de ce degré.
Le docteur Sydney Ringer rapporte quelques observations qui montrent le cours que suit la température pendant les fièvres intermittentes. Nous reproduisons deux fie ces observations, la première qui traite d’une fièvre intermittente tierce et la seconde d’une fièvre intermittente quotidienne 2.